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Paradigme de développement

9 décembre 2003, 20:00

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La table ronde organisée jeudi dernier par la Banque mondiale et par le National Economic and Social Council (NESC) a passé en revue l?expérience mauricienne en matière de planification du développement.

Indépendamment des préférences idéologiques des gouvernants en place, les plans de développement sont l?expression même du dirigisme que l?Etat souhaite exercer sur un certain nombre de variables qu?il pense pouvoir contrôler ou tout au moins influencer. Les stratégies varient en ambition : d?une simple énonciation de vision à un plan d?action très détaillé.

Les plans sont nécessaires, mais les décideurs ne devront pas en faire une obsession. Un choix stratégique n?émane pas nécessairement d?une réflexion délibérée et orientée. Il peut découler d?un concours de circonstance. Le deal Illovo en est, à ce titre, l?exemple le plus parlant. Le fameux deal a libéré bien des ressources (foncières et autres) qui auront permis au gouvernement de mener ses nombreuses réformes avec plus de sérénité, voire avec plus d?audace.

L?on imaginerait mal, par exemple, une réforme agraire de l?envergure que l?on connaît actuellement s?il n?y avait pas cette transaction. Celle-ci a, d?autre part, eu un impact collatéral massif sur les efforts du gouvernement en vue de promouvoir les activités de TIC (technologies de l?information et des communications), car c?est bien sur les terres d?Illovo que la cybercité est érigée.

La planification du développement se fera désormais dans un contexte de marge de man?uvre réduite avec l?Etat qui souhaite se donner davantage un rôle de régulateur que celui de facilitateur ou d?acteur dans le marché. Les interférences au mécanisme du marché seront de moins en moins tolérées.

Il y a aussi le danger que les décideurs choisissent les objectifs sur la base des aspirations au lieu des ressources disponibles. Cela a pour conséquence que les objectifs ne sont jamais réalisés. Il est donc vital que les contraintes soient clairement identifiées et évaluées de manière honnête afin d?éviter toute illusion.

La table ronde du NESC avait aussi touché au problème d?indisponibilité de ressources nécessaires pour réaliser nos ambitions. Plus d?un participant ont évoqué la nécessité d?atteindre les conditions de ?high skilled economy? le plus vite possible. Le passage vers une ?high skilled economy? est une étape critique pour réussir la transformation économique tant souhaitée. Il nous faut des cadres suffisamment formés pour répondre aux exigences des nouveaux pôles de croissance identifiés, les TIC en particulier, mais aussi aux besoins des industries de la ?vieille économie? qui se mettent de plus en plus à l?heure des techniques nouvelles.

Nos gouvernants et nos ?business leaders? ne cessent de rappeler avec raison que le temps presse et que nous courons dangereusement le risque de laisser passer le train de la nouvelle économie.

Si notre ?low skilled economy? est perçue comme étant responsable du gros retard à accéder à un nouveau seuil d?efficience, de productivité et de croissance économique, toujours est-il que ce constat n?est pas tout à fait juste. Il y a aussi le fait qu?un nombre croissant de jeunes universitaires n?arrivent pas à trouver le job qui correspond à leur formation et à leurs attentes. Découragés, beaucoup se laissent aller sans conviction aucune vers l?enseignement ou vers des fonctions administratives dans le service civil ou dans le privé, en attendant des débouchés meilleurs.

Très souvent les compétences sont là mais ne parviennent pas à trouver les créneaux pour lesquels elles étaient destinées. Les investissements massifs dans les nouvelles industries se font toujours attendre. Les nouveaux jobs tant promis n?ont toujours pas été créés.

Le Human Resources Council, institution nouvellement créée, se doit de se mettre immédiatement au travail. Il y a un urgent exercice de synchronisation à entreprendre sur le marché de l?emploi. Mais la transition continuera à provoquer des tensions et des déséquilibres dans le ?supply-side? de l?économie. Dommage que les plans de développement précédents n?y aient pas songé plus sérieusement.

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