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Pakistan : le petit peuple se plaint de la flambée des prix
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Pakistan : le petit peuple se plaint de la flambée des prix
Enveloppé dans un épais châle de laine pour lutter contre le froid piquant, Rafic attend l?ouverture d?un magasin gouvernemental de Rawalpindi, banlieue située à une quinzaine de kilomètres de la capitale, Islamabad. Il compte bien y acheter un sac de farine à bas prix.
Une cinquantaine de personnes sont massées à ses côtés. Journalier, il multiplie les emplois. Gardien la nuit, jardinier et promeneur de chiens le jour, Rafic a de plus en plus de mal à nourrir sa famille. «Les prix augmentent tous les jours et il y a des manques partout, se plaint-il. Il y a six mois, vingt kilos de farine valaient ici 200 roupies (environ 105 roupies mauriciennes). Maintenant, le prix est monté à 260 roupies et la qualité est très mauvaise. Le ghee (beurre clarifié) est passé de 400 roupies pour cinq kilos à 560 !»
Le coût du roti, galette plate de pain qui constitue la nourriture de base de l?immense majorité des Pakistanais, a quasiment doublé en quelques mois. Le prix des produits alimentaires a augmenté de 14,7 % pour le mois de janvier, après une augmentation de 12,7 % en décembre 2007. Une telle inflation pèse lourdement sur une population (160 millions), dont 65 millions vivent sous le seuil de pauvreté absolu.
Bhutto aurait gagné
L?augmentation du coût de la vie n?est pas la seule préoccupation de Rafic. Originaire du Cachemire, il est installé avec sa famille dans un deux-pièces, à Rawalpindi. Un froid très intense et inhabituel règne au Pakistan. «La pression de gaz est tellement faible que nous ne pouvons ni chauffer ni cuire convenablement la nourriture», dit-il. Le gaz manque cruellement depuis le début de l?hiver et les plus démunis passent une bonne partie de leur temps à couper du bois, y compris au coeur de la capitale. Le prix de la bouteille de gaz a doublé, passant de 550 à 1 100 roupies, une somme extravagante pour des salaires qui oscillent entre 4 000 et 6 000 roupies.
L?électricité fait aussi défaut. Si dans les quartiers huppés d?Islamabad les coupures n?excèdent pas quatre à cinq heures par jour, à Rawalpindi, où vivent 3 millions d?habitants, elles peuvent dépasser douze heures. «Quelquefois, nous n'avons quasiment pas d'électricité de la journée. D?autres fois, nous avons seulement une dizaine d?heures de coupure», explique Rafic.
Les prouesses économiques des huit ans de règne du président Pervez Musharraf, avec une croissance comprise entre 6 % et 7 %, n?ont visiblement pas bénéficié aux pauvres. Pour eux, les élections législatives du 18 février pourraient marquer un changement, mais très peu avouent s?y intéresser. «Si Benazir Bhutto (ex-Premier ministre et chef de l?opposition assassinée le 27 décembre 2007) était là, elle aurait gagné. Maintenant, Nawaz Sharif (autre ex-Premier ministre dont la candidature a été rejetée par la commission électorale) devrait être le vainqueur», affirme Indreas, un balayeur municipal. «Personne ne veut de ce gouvernement. Tout augmente, il n?y a pas d?électricité et les affaires ne marchent pas», confirme Abad, un petit commerçant.
L?insécurité grandissante joue aussi contre le gouvernement. «On n?a pas besoin de Musharraf. Trop de gens sont morts à cause de lui», affirme Naeem, un étudiant de Rawalpindi. «Il y a trop de bombes, trop de fusillades, trop de gens meurent», renchérit Ayaz, employé dans un magasin.
En 2007, près de 800 personnes sont mortes dans des violences politiques au Pakistan. «La seule bonne chose qu?a faite Musharraf, concède-t-il toutefois, est de ne pas avoir livré Abdel Qadir Khan (le père de la bombe atomique pakistanaise) aux Américains.»
Françoise CHIPAUX
© Le Monde 2008 Distribue par The New York Times Syndicate
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