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Pakistan : la révolte de la société civile

15 décembre 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Malgré la présence d?un président en civil, la promesse d?une levée, aujourd?hui, de l?état d?urgence et du rétablissement de la Constitution, une date pour les élections législatives - le 8 janvier -, la crise profonde que traverse le Pakistan reste entière. Emmené par les avocats, le mouvement politique, qui draine chaque jour dans les rues des différentes villes du pays des centaines de manifestants réclamant le respect de la Constitution et la réinstallation des juges écartés après l?état d?urgence, reste une épine sérieuse pour le président Pervez Musharraf.

Faibles en nombre, les manifestants apparaissent forts de l?influence qu?ils ont dans la société et du message qu?ils véhiculent. Aux avocats se sont joints les journalistes, directement affectés par les mesures de censure, les étudiants, en majorité issus des écoles de l?élite, et des membres des professions libérales.

Toutes ces professions qui expriment l?opposition ont bénéficié de l?explosion des médias et se sont développées grâce aux mesures de libéralisation économique de l?ère Musharraf. Elles affirment clairement aujourd?hui leur volonté de rompre avec le passé et exigent que le pays soit gouverné dans le respect des lois. La réaction extrêmement brutale des autorités à ces manifestations n?a fait que renforcer la détermination de ces opposants qui refusent de perpétuer les erreurs du passé et de jouer le jeu d?une démocratie factice.

Depuis un mois, les slogans des manifestations reviennent tous aux fondamentaux d?une démocratie. Issus des classes aisées, «les opposants représentent toutefois le sentiment majoritaire de la population», relève le Dr Ijaz Shafi Gilani, président de l?institut de sondage Gallup Pakistan. Les manifestants opèrent jusqu?à maintenant en dehors des partis politiques mais ont forcé ceux-ci à les entendre. «Les gens veulent la démocratie, le respect des lois, la suprématie de la Constitution et leur sentiment est si fort que les partis politiques sont obligés maintenant de parler de la restauration de l?institution judiciaire», affirme Athar Minallah, avocat à la Cour suprême.

D?abord absente du discours des leaders politiques, cette question est aujourd?hui la pierre d?achoppement à un accord entre les deux ex-premiers ministres, Benazir Bhutto et Nawaz Sharif, pour l?élaboration d?une «charte de demandes» que l?opposition veut soumettre au gouvernement avant toute décision sur un éventuel boycottage des élections législatives.

Ce mouvement fragilise toutefois le président Musharraf, qui a besoin d?un Parlement docile pour pouvoir faire avaliser les mesures d?urgence qu?il a prises pour s?assurer un deuxième mandat présidentiel. Tous les analystes s?accordent pour estimer que, sans manipulation des législatives, il lui sera impossible d?obtenir la majorité des deux tiers dont il a besoin. Patronné par les Etats-Unis, l?accord de partage de pouvoir avec Benazir Bhutto semble mal parti, et celle-ci ne peut ignorer totalement le sentiment populaire.

«Il sera difficile au président Musharraf de gouverner le pays si une large partie de la classe dirigeante ne veut pas de lui», affirme M. Gilani.

<B>Deux Pakistanais sur trois souhaitent le départ de Musharraf </B>

Deux tiers des Pakistanais souhaitent que le président Pervez Musharraf démissionne, et ses alliés devraient recueillir moins d?un quart des suffrages lors des élections législatives du 8 janvier. Ce sont là les résultats du premier grand sondage rendu public depuis la proclamation de l?état d?urgence le 3 novembre. A la question de savoir qui serait le mieux à même de résoudre les problèmes du Pakistan, 31% désignent l?ex-PM Benazir Bhutto, chef du principal parti de l?opposition, 25% l?ex-Premier ministre Nawaz Sharif, récemment rentré d?exil, comme Bhutto, et 23%, ensuite, citent le nom de Musharraf. Pour ce qui est des législatives, le Parti populaire pakistanais de Bhutto est crédité de 30% des intentions de vote, la formation de Sharif de 25% et celle de Musharraf de 23%.

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