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Pacte historique

8 avril 2007, 00:00

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Le bras de fer autour de la demande de l?État auprès du « Corporate Sugar Sector » de 2 000 arpents de terre pour des projets d?intégration sociale montre clairement que le pays reste encore profondément marqué par son histoire. Une histoire qui a modelé les structures de propriété et les moyens de production, dont la terre, dans le sens de la concentration. Aujourd?hui, la population aspire à un modèle socioéconomique juste, équitable et solidaire.

Personne, à commencer par les grands possédants, n?a intérêt à ce que se développe le profond ressentiment d?une grande partie de la population à l?égard de ceux qui sont perçus comme les éternels bénéficiaires du développement. Ce ressentiment, qui plonge ses racines dans notre histoire, est en train d?alimenter l?intense dépression sociale que vivent actuellement les classes populaires et moyennes. Notre société a un besoin de thérapie sociale. Il y a urgence.

Un pays peut nous inspirer. Il s?agit de l?Afrique du Sud qui s?est défait du système d?apartheid à travers une révolution pacifique pour jeter les bases d?une société fondée sur des valeurs profondément humaines. L?apartheid ? système raciste institutionnalisé ? a explosé sous le poids des contradictions socioéconomiques du développement interne et sous les pressions externes. Pour assurer la survie des afrikaners, ses plus ardents idéologues ont opté pour une stratégie intelligente d?adaptation allant jusqu?à la remise en question des fondements même du système.

Ainsi en Afrique du Sud, les Africains se sont débarrassés d?un système raciste alors que les afrikaners se sont libérés de l?esclavage de la peur.

Ce triomphe du bon sens sur les forces centrifuges de l?ethnicité, de la religion et d?autres facteurs de division qui écartèlent les peuples, est le fruit du talent et du courage non pas du seul Nelson Mandela, mais de deux hommes, l?autre étant Frederik De Klerk. Au-delà de leurs « incompatibilités », ils étaient deux compatriotes.

Mandela a passé ses 27 années de détention à se préparer mentalement pour le jour où l?oppresseur se montrerait enfin désireux de s?engager sur le chemin de la paix. L?une de ses armes les plus efficaces a été le dialogue. Partant de la distinction fondamentale entre les hommes et le système, il a privilégié la voie du dialogue, de la négociation. Refusant de mimer l?oppresseur, il a ?uvré pour la libération et de l?opprimé et de l?oppresseur, convaincu que les deux étaient dépouillés de leur humanité.

Dès 1963, Nelson Mandela a pris l?engagement de ne jamais permettre que se construise un pouvoir noir sur les ruines du pouvoir blanc. L?Afrique du Sud était ? et l?est toujours ? confrontée à de graves problèmes et d?énormes défis à relever : reconstruction de l?économie nationale, lutte contre les discriminations et inégalités raciales, éradication de la pauvreté. Que les afrikaners et les populations noires de même que la population métisse y font face par une révolution pacifique relève véritablement de l?exploit, du génie sud-africain.

Notre histoire n?est pas celle de l?Afrique du Sud. Mais elle partage avec celle-ci certains traits dont la coïncidence classe-ethnie, qui, à travers l?esclavage et l?engagement a, pendant deux siècles, dessiné l?architecture des classes sociales chez nous. C?est ainsi que l?institution de la Commission de la vérité et de la réconciliation sur le modèle sud-africain qu?a présidée l?archevêque Desmond Tutu figure à notre agenda. Lors de son récent passage au pays, l?archevêque a expliqué le pourquoi, l?esprit et la finalité d?une telle démarche. Il s?agit d?une thérapie sociale et non d?une plateforme de revanche, de ranc?urs et d?idéologie victimaire.

Sommes-nous suffisamment adultes pour nous engager dans un processus similaire, avec comme finalité le vivre ensemble mauricien autour de valeurs humaines fortes d?égalité et de solidarité ? Pouvons-nous créer les conditions psycho-sociologiques à travers des initiatives concrètes pour combattre le ressentiment et la cupidité qui empoisonnent nos rapports sociaux ? Peut-on faire le pari qu?à travers un vrai dialogue, nos acteurs du développement peuvent dégager rapidement un pacte historique ? Disposons-nous, pour mener à bien un tel processus, des dirigeants dotés du talent et du courage d?un Mandela et d?un De Klerk ? Y a-t-il un génie mauricien ? Les réponses à ces questions nous diront si oui ou non nous avons la capacité de nous réconcilier avec nous-mêmes. Condition première pour saisir toutes les opportunités qui s?offrent à nous pour forger ensemble l?avenir.

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