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Où va l?île Maurice de 1980 ?
Un économiste anonyme mauricien, mais ne résidant pas dans son pays natal, ?une île où il fait pourtant bon vivre?, commente ainsi le livre de Pierre Dinan : ?Dix ans d?économie?. L?ouvrage offre, dit-il, une riche moisson de renseignements. Il félicite l?auteur de dénoncer ?la dégradation des m?urs publiques, la surenchère politique et syndicale, l?extension de la corruption, le retranchement derrière les secrets d?Etat pour cacher la vérité à une population ayant pourtant soif d?informations pour être motivée?.
Les difficultés mauriciennes sont connues de tous : un gouvernement faible, talonné par une forte opposition, abuse des derniers pouvoirs dont il dispose : l?inflation et la taxation. Pour faire passer la pilule amère, il lui reste le vieil adage romain du ?panem et circenses? autrement dit, riz et farine excessivement subventionnés pour tous et augmentations salariales excessives et déraisonnables. Il y a aussi la forte dégradation monétaire et les dépenses de prestige aux dépens des investissements capables de créer des emplois productifs. L?inflation est un moyen économiquement délétère de se procurer des ressources. C?est aussi un moyen de taxation, se passant avantageusement de la contre-publicité d?un débat parlementaire pour imposer de nouvelles taxes impopulaires. On arrive ainsi à se féliciter, aussi bruyamment que stupidement, du fait qu?un budget ne peut être conçu et voté s?il n?est pas un ?no tax (?) budget?. Pierre Dinan n?hésite pas, par conséquent, à faire de l?inflation un rongeur rapace mais dont les ravages sont momentanément insensibles. Il s?agit du phénomène de l?illusion monétaire. Celui du ?mordé soufflé?. On tient compte de la valeur nominale de l?argent en refusant de prendre en considération la perte de son pouvoir d?achat. Quand le mirage monétaire se dissipe, les difficultés apparaissent au grand jour mais trop tard. Elles se retrouvent accrues, forçant les autorités à avoir recours à de nouvelles vagues inflationnistes pour les masquer à un électorat s?effrayant trop facilement. La partie de cache-cache prend fin forcément par un acculement du pouvoir dans le retranchement souhaité par une opposition toujours aux aguets et le défiant sans cesse. Normalement, la démocratie offre une solution alternative à une telle impasse. Nous sommes en juillet 1980 et donc deux ans avant le 11 juin 1982. Pierre Dinan peut donc s?inquiéter du danger, alors réel, de voir la jeune démocratie mauricienne sombrer dans un chaos économique.
Notre commentateur ?extra muros? lui reproche de critiquer injustement le FMI qui oblige les gouvernements, sollicitant ses services, de procéder à leur autocritique en exigeant un débat parlementaire sur leurs lettres d?intention, les engageant entre autres à ne pas retomber dans les mêmes erreurs. Le FMI ne cherche pas à opérer sans anesthésie. Il se doit de tenir compte isolément et individuellement des atouts et des faiblesses de chaque pays-client. C?est une institution monétaire qui ne saurait prêter à fonds perdus, ni même à trop longs termes, comme peut le faire la Banque mondiale, à travers sa filiale, l?Aide internationale pour le développement. Agir autrement serait étendre l?inflation de quelques pays fautifs à une échelle internationale. Le FMI est là pour boucher des pannes de courte durée ou de durée prévisible. Il fait, bien sûr, un bouc émissaire idéal. ?Pas moi ça, FMI ça !?
L?extra muros reproche à Pierre Dinan de verser dans le pamphlet facile contre les grandes puissances occidentales. Elles ont pourtant le droit de tirer les ficelles, estime-t-il, car elles sont les principaux bailleurs de fonds. Elles imposent donc le ?à prendre ou à laisser?. Il balaie du même coup les critiques que Pierre Dinan adresse à une France frileuse et protectionniste (l?affaire des pull-overs). Il accuse du même coup les Mauriciens de ne pas savoir diversifier suffisamment leur production industrielle et d?avoir voulu imposer au marché français des produits étrangers aux ACP.
Pierre Dinan est, en revanche, félicité pour sa perspicacité à propos des changements de politique gouvernementale entre 1968 et 1980. Le FMI est le premier à reconnaître que Meade et d?autres économistes ont eu tort, dans les années 1960, de vouloir imposer aux jeunes nations, fraîchement décolonisées, des structures de production semblables à celles des pays industrialisés. Ces derniers ont commencé par de petites économies à échelle urbaine, villageoise ou régionale pour se concentrer graduellement dans des agglomérats énormes, omnipotents, inhumains, impitoyables, sous prétexte d?économie d?échelle. On révise, en 1980, ce jugement en s?apercevant que de fortes croissances par tête d?habitant ne sont pas forcément des indices de développement, surtout dans les PVD.
(A suivre)
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