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Où s?arrête l?autorité des enseignants ?

24 avril 2004, 20:00

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Quand des conflits qui ont lieu dans les écoles alimentent la rubrique des faits divers, ça ne plaît pas. On en veut à la presse de faire d?une taupinière une montagne, on lui reproche de stigmatiser les relations élèves-enseignants. Mais les faits sont là. Quand des parents poursuivent une enseignante pour avoir, selon eux, lancé des phrases assassines à l?encontre de leur fille, c?est que ça grippe quelque part. Les aspérités dans les relations profs-élèves-parents sont sur la sellette et des questions se posent.

Les enseignants abusent-ils de leur pouvoir ? Les jeunes sont-ils fourbes au point d?inventer ou d?exagérer des conflits, faisant ainsi de leurs enseignants des bourreaux ? Et les parents sont-ils inconscients au point de protéger leurs enfants à tout prix ? Les enseignants se plaignent de ne plus avoir d?autorité dans la classe. « On a placardé sur les murs du staff room des affiches qui disent que les enseignants n?ont pas le droit d?utiliser un langage abusif à l?encontre des élèves. Mais où commence l?abus ? Si je viens dire à un enfant d?arrêter de jacasser, ça risque d?être interprété comme un abus », affirme un enseignant d?un collège d?état de Plaine-Wilhems. Les enseignants interrogés sont unanimes à dire qu?ils n?ont plus d?autorité sur les jeunes. « Les jeunes brandissent leurs droits à tout bout de champ, il n?y a que les enseignants qui ne savent pas quels sont leurs droits, car il y a tellement de choses qu?ils n?ont pas le droit de faire ou de dire », affirme un enseignant d?un collège privé du Sud.

Mais quels sont ces incidents qui brouillent les relations profs-élèves ? Nous avons recoupé ça et là des griefs des enseignants : On retient un élève dans la classe pendant la récréation pour qu?il fasse les devoirs qu?il n?a pas faits chez lui et les parents parlent des problèmes gastriques de leur enfant. On donne une retenue à l?élève, il vous fait comprendre que ça ne lui fait ni chaud ni froid. Sans compter que certains élèves quittent la classe dans un excès de colère, claquent leurs bouquins sur la table?

Des témoignages comme ceux-là, il y en a beaucoup. D?abord il y a la société, elle-même, qui semble promouvoir des valeurs inverses : la facilité face à l?exigence, l?individualisme face à la solidarité. La situation se complique quand les enseignants ont affaire à des élèves qui n?étudient pas. Il y a le laxisme de certains enseignants qui ferment les yeux sur les indisciplines. D?autres, à cheval sur les bonnes manières, encouragent d?autres élèves à se révolter.

Il existe des profs « tyranniques ». Les élèves peuvent vous servir une longue liste de ces profs qui s?érigent en pseudo-dieu. « Il y a ceux qui jouent de leur autorité pour écarter les élèves faibles. Il y a des profs féminins qui sont constamment outrées par les collégiennes qui suivent la mode. Il y a ceux qui punissent de façon arbitraire », analyse un jeune qui vient de quitter le collège. Beaucoup d?élèves sont dégoûtés par un sujet à cause d?une mauvaise expérience avec un prof. Par manque de psychologie, certains profs lancent parfois des remarques qui humilient l?élève. M. raconte comment elle a transféré son enfant d?école à cause d?un mot. Une enseignante lui avait dit que son enfant « manze coma coson » et elle n?a pas pu supporter cette remarque.

Certains parents sont déterminés à cheminer avec l?école dans l?éducation de leurs enfants. Ils refusent d?excuser l?absence de leurs enfants pour un rien. Ils ne portent pas de jugement hâtif sur les dires de leurs enfants. D?autres démissionnent et s?en remettent à l?école pour discipliner leurs enfants difficiles. Il y aussi ceux qui ont une confiance aveugle dans leurs enfants. D?autres parents acceptent de mentir pour protéger leur enfant ou ont une propension à remettre en question le travail du prof devant les enfants et à contester systématiquement une sanction, une mauvaise note.

On ne peut pas s?attendre à assujettir un jeune bêtement à l?autorité. Mais on ne devrait pas non plus laisser les jeunes sans autorité.

Hyleen Mariaye, chargée de cours au MIE fait le point

  1. L?autorité des profs en question. Pour le bon fonctionnement d?un établissement scolaire, il faut une bonne entente entre parents, administration, élèves et enseignants, la responsabilisation de chaque membre de l?établissement par rapport au travail à accomplir et le respect des personnes et des règles. En tant qu?adultes, les profs ont une autorité naturelle sur les enfants à leur charge.

  2. La perception des jeunes. La tâche des enseignants est rendue plus difficile aujourd?hui. Les changements au sein de la famille, au niveau de la société et de la culture et les médias influencent la perception des jeunes. En plus, ces derniers sont appelés à être responsables et à développer un esprit critique. Il est normal qu?ils questionnent l?autorité des adultes ; parents et enseignants inclus. Il nous faut miser sur le dialogue. Malheureusement, les règles sont trop souvent perçues comme étant arbitrairement déterminées et n?entraînent pas une conviction de leur bien-fondé. Un enfant peut être forcé d?obéir par peur des conséquences qu?entraînerait une entrave mais il enfreindra ces règles s?il est sûr de ne pas se faire attraper.

  3. Le conflit parent-enseignant. Les enseignants se sentent souvent abandonnés par les parents et l?administration. Les parents viennent à l?école pour défendre leurs enfants et l?administration cherche à éviter une mauvaise publicité. Cette situation est au détriment de l?enfant et engendre bien souvent un dialogue de sourds. Les rappels à l?ordre de la part des enseignants ou de l?école sont souvent très mal pris par les parents qui ont entendu une toute autre version de leurs enfants. Des deux côtés, on a déjà identifié le coupable et pris ses positions avant la rencontre. Il faudrait probablement construire des ponts et identifier les terrains d?entente entre parents et enseignants. Le plus tôt on réalisera que les enfants sont la responsabilité partagée des parents et éducateurs, le plus rapidement on réglera les problèmes dans nos écoles.

  4. Les parents et leurs enfants. Pour la majorité des parents, l?éducation de l?enfant se limite à ce qu?il soit admis dans une « bonne école ». On n?est concerné que par les notes à la fin du trimestre. Les adolescents ont besoin d?être guidés, d?être rassurés par l?autorité du parent ou de l?enseignant. Ne pas jouer de son autorité sur ses enfants relève de l?irresponsabilité. Le plus délicat, c?est de trouver le juste milieu.

  5. La marche à suivre face à un élève rebelle. Il ne faut jamais entrer dans le jeu d?un enfant qui cherche à vous défier car vous lui permettez d?établir les règles du jeu. Il ne faut pas l?humilier en se référant à ses défauts personnels ou à sa performance scolaire. Entre l?enseignant et l?adolescent, c?est un jeu de pouvoir qu?on ne gagne pas en contrecarrant l?autre mais en essayant de le valoriser et de le comprendre sans pour autant se mettre au travers du bon fonctionnement de la classe. Les enseignants qui sont les plus appréciés sont ceux qui sont perçus comme étant sincères, justes, compétents et consistants.

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