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Où en est la bédé mauricienne ?
Cap sur l?île des bédéistes où l?aventure, le mystère et l?humour se racontent en bulles. L?encre, c?est le mode d?expression. Il? en Bulles démontre que le phénomène du 9e art a gagné en importance. Où en est la bédé aujourd?hui ? ?Elle ne commence pas à toucher les Mauriciens, elle est déjà là?, affirme Raja Sooranna des Ticomix.
Le festival organisé par l?Alliance française à été une occasion pour quelques remarquables bédéistes de Maurice, de Madagascar, de La Réunion et de la France de donner leurs opinions sur l?être et le devenir de la bédé à Maurice.
Une évidence. La bande dessinée mauricienne a chaussé ses meilleurs souliers lors de ce deuxième festival. Et l?engouement du public mauricien a confirmé une chose : que les bédéistes d?ici et d?ailleurs débordent de tonus et d?imagination pour bûcher sur leurs planches. Mais est-ce suffisant ?
Lucien Rollin, membre du comité organisateur du festival Quai des Bulles à St Malo en octobre dernier et illustre bédéiste français, porte un ?il critique sur l?état de la bande dessinée à Maurice. ?Je trouve que votre culture bédé n?est pas très bien répandue. Voyons Laval Ng par exemple. C?est quelqu?un de très connu en Europe, il est même devenu le modèle à atteindre ! Mais ce que les jeunes dessinateurs ne conçoivent pas, c?est qu?il faut un grand talent pour en arriver là?? Il est certain que les dessinateurs ont dû mal à se frayer un chemin dans cet univers.
Outre l?Alliance française qui agit en tant que facilitateur pour la promotion de la bande dessinée et des bédéistes locaux, il n?existe pas de grandes alternatives pour déboucher et prétendre aller jusqu?à la publication. L?aspect qui étouffe en quelque sorte l?ambition des jeunes bédéistes mauriciens, c?est la perception que le public jette sur les albums de bandes dessinées.
PRÉCISION
<B>Bédé et caricature : La confusion</B>
■ Vous parlerez d?une bande dessinée à un individu que la conversation risquerait de dériver sur la caricature. Il existe certes une connexion entre les deux mais il ne faut surtout pas confondre. Une caricature est une méthode satirique de dépeindre un sujet d?actualité.
C?est avec une pointe d?humour qu?une situation est perçue. La caricature est une imitation moqueuse d?un personnage ou d?un fait réel, tandis qu?une bédé se compose de plusieurs planches. Elle met en avant une histoire, sortant de l?imaginaire du dessinateur. Qu?elle soit inspirée du réel ou pas, les planches s?enchaînent dans le souci de composer un récit. Il est remarquable à quel point les amateurs de bédé se sont mis à confondre caricatures et bédé lors de ce festival d?Il? en Bulles.
CONSTAT
<B>Parole de Mauriciens</B>
■ Du côté mauricien, Raja Sooranna nous parle de l?avenir des Ticomix qui a débuté en 1999. La progression est certaine. ?Mais ce que l?on nous demande, c?est de mauricianiser le tout.
Il faut accroître cette identité mauricienne afin de s?adapter à la demande du public d?ici?. Avant les Ticomix, il était difficilement concevable de faire de la bédé son métier. Le marché s?est peut-être ouvert, mais là encore, il y a de la réticence à traiter certains sujets.
?Quand c?est trop violent ou c?est trop critique par rapport à la politique. Si vous faites des scènes un peu trop osées, le public ne vous suivra pas?. C?est dit. La censure égratigne les dessinateurs mauriciens. Raja fait aussi mention de cette folie des mangas qui fait muser les stylos des bédéistes. Les mangas qui mettent en avant des personnages aux traits mi-chinoise mi-européenne. Et il n?est pas si loin de la réalité.
Pour Laval Ng, il faut accentuer cette envie de raconter une histoire aux Mauriciens pour vaincre les barrières qui emprisonnent la bédé.?Après tout, un bédéiste c?est quoi ? C?est celui qui a envie de partager sa vision du monde et de cet art avec les autres !? lance-t-il. Il est aussi d?avis qu?il faut proposer aux Mauriciens une bédé plus variée, empreinte d?une identité mauricienne qui lui soit propre et non un exemplaire de bédé franco-belge. La bédé se porte bien, certes, mais elle n?est peut-être pas au mieux de sa forme.
REGARD EXTÉRIEUR
<B>Joub donne son avis?</B>
■ Selon Marc Legrand, bédéiste français plus connu sous le nom de Joub, il existe bel et bien un public pour la bédé locale, curieux, avide de découvertes et d?aventures. Mais c?est un public qui digère lentement pour ne pas terminer trop vite. ?Certains vont jusqu?à penser que les bandes dessinées sont des objets luxueux. Pour les séries venant de l?étranger, peut-être, mais à Maurice, ce sont des objets de consommation peu coûteux !? explique-t-il.
En ce qui concerne les influences des dessinateurs mauriciens, Joub observe un certain penchant pour les modèles occidentaux. ?Les modèles qu?ils ont sont beaucoup plus européens alors que cela devrait être le contraire?, ajoute-t-il, même s?il confie que le côté africain se fait plus ressentir derrière les personnages. Les histoires sont plus fantastiques, plus recherchées. Les dessins savoureusement réalistes, séduisent les regardeurs. L?évolution a été longue, mais elle se fait sentir comme un fait qui reste encore à être accompli. La bande dessinée à Maurice a encore du chemin à parcourir.
?Le métier de bédéiste débute ainsi : c?est un rêve d?enfant. On se dit d?abord, que l?on va dessiner du fantastique, puis ce qui nous dérange. On continue encore à se faufiler dans la diversité de la production bédé? Il y a eu des étapes pour en arriver là où nous en sommes aujourd?hui?, explique le bédéiste. La bande dessinée aurait donc le vent en poupe. Elle est beaucoup plus acceptée, les bédéistes sont mieux respectés et admirés. Le seul hic, conclut Joub, c?est qu?il faut cultiver son talent pour toucher le but.
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