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Outiller et laisser le libre arbitre
Cette Lilloise de 33 ans est fascinée par l?histoire de l?humanité. Pour preuve, ses diplômes: diplôme d?études supérieures en Muséologie de l?Ecole du Louvre, licence et maîtrise en Archéologie africaine, amérindienne, océanienne de l?Université de Paris Panthéon et diplôme d?études approfondies en Anthropologie au Musée de l?Homme.
Attrait qu?elle a développé lors de ses frottements avec ses grands-parents, en particulier son grand-père, «homme très cultivé qui lisait beaucoup», et qui s?est trouvé renforcé au gré de ses voyages. «J?ai toujours beaucoup voyagé. Durant mes études, je faisais de petits boulots pour gagner des sous et voyager. J?ai été plusieurs fois en Grande-Bretagne où habite ma meilleure amie mais j?ai aussi visité d?autres pays. A chaque fois, j?insistais pour aller découvrir leurs musées. Un musée est révélateur de la façon dont les gens digèrent leur passé. Cela explique beaucoup de choses. Mieux comprendre son passé permet de mieux gérer les situations présentes car on les comprend mieux. Cela donne une vision plus ouverte aussi».
Après avoir pris de l?emploi au sein d?un parc archéologique où elle s?occupait de communication et interfaçait régulièrement avec le public, Corinne Forest rejoint son compagnon à Maurice où ce dernier a pris un emploi. On est alors en 2003. Sa rencontre subséquente avec Vijaya Teelock, responsable du département des Humanités à l?Université de Maurice, est déterminante pour son avenir à Maurice car Vijaya Teelock lui offre la possibilité d?animer un cours hebdomadaire sur la conservation à l?intention des professionnels. La conservation, explique-t-elle, c?est un ensemble de procédures et de normes devant être mises en place pour préserver les musés et les bâtiments le plus longtemps possible. Une fois son cours terminé, Vijaya Teelock l?entraîne à l?Apraavasi Ghat où elle agit en sa capacité de muséologue. Un muséologue, dit Corinne Forest, c?est un spécialiste de la muséologie. En langage clair, cela signifie «tout ce qui concerne l?histoire des musées, leurs fonctions sociales, leur fonctionnement administratif et éducatif. C?est un métier très complet. Un muséologue fait de la recherche, du management, de la conservation, du marketing.On apprend beaucoup des gens, que ce soit lors d?échanges avec des scientifiques et des restaurateurs qu?avec le public».
Ce qu?elle apprécie le plus, ce sont les échanges avec le public. «Nous n?avons pas de vérités absolues. Nous ne sommes que le miroir de l?Histoire. Nous donnons des outils, juste des hypothèses probables et c?est au visiteur de faire son interprétation. Nous devons rester impartiaux». Si Corinne Forest avait été au départ recrutée pour le centre d?interprétation de l?Apraavasi Ghat, d?autres priorités ont émergé. Elle a alors été chargée de l?équipe de recherches et a aussi coordonné les projets en fonction du Management Plan qui représente l?engagement du gouvernement vis-à-vis de l?UNESCO. Responsabilité qu?elle a assumée jusqu?au début 2008.
Entre-temps, l?an dernier, la direction de la Poste fait appel à elle car elle recherche un muséologue. Au début, Corinne Forest apporte bénévolement son expertise du fait qu?elle est encore à l?Apraavasi Ghat. Lorsqu?elle est libre et que le projet du musée s?intensifie, Giandev Moteea, le Chief Executive Officer de la Poste, la recrute en tant que consultante, surtout pour la préparation de l?exposition permanente. «Mon rôle a été de proposer des stratégies. M. Moteea avait une vision très ouverte et voyait le musée comme quelque chose de très important sur le plan patrimonial. Je suis venue matérialiser ses idées. Il voulait préserver l?histoire postale avec le musée de philatélie et c?est ce que nous avons fait».
L?histoire postale, souligne-t-elle, permet de retracer l?histoire de Maurice, aspect que l?on ne retrouve pas dans les autres musées à Maurice. «C?était l?occasion d?offrir une vision différente mais modeste de l?histoire de Maurice et qu?on ne retrouve pas dans les autres musées ici».
Bien qu?il y ait encore des aménagements à faire au Musée de la Poste, Corinne Forest est satisfaite du résultat et surtout du travail fourni qui a été un travail d?équipe. «Tous les employés de la Poste se sont investis dans la réalisation de ce Musée. Par exemple, des postiers ont donné leurs uniformes. Le département des technologies de l?information a réalisé certaines choses etc. Et c?est ce qui a permis de rester dans les limites du budget».
Ce qu?elle souhaite, c?est qu?en se rendant au Musée de la Poste, les Mauriciens aient un autre regard sur Maurice. Mais elle ne veut rien leur imposer. «La Poste qui paraît banale au quotidien, a toute une histoire. Derrière quelque chose qui paraît acquis, il y a de la richesse. J?aurais souhaité que les Mauriciens le découvrent et que le Musée de la Poste soit un lieu dynamique, vivant et un lieu de rencontre avec le patrimoine».
<I>«La Poste a toute une histoire. Derrière quelque chose qui paraît acquis, il y a de la richesse. J?aurais souhaité que les Mauriciens le découvrent».</I>
Le patrimoine compte beaucoup pour cette mère d?une petite fille de deux ans et demi, nommée Romane. En effet, peu de temps après son accouchement, elle a commencé un doctorat sur le patrimoine. «Tout ce qui est patrimoine est intéressant car c?est voir comment la société présente son histoire, ce qu?elle a retenu du passé et comment elle vit son présent. Le patrimoine, c?est le tangible et l?intangible. C?est des monuments historiques certes mais aussi la cuisine créole, les sirandanes et autres chansons d?autrefois etc».
Mais, prévient-elle, la préservation du patrimoine est un vrai métier car il n?est pas possible de faire n?importe quoi avec. «Il y a beaucoup de sites historiques que l?on pourrait restaurer mais le patrimoine est un vrai métier. On ne peut faire n?importe quoi avec».
Tout le monde ne se rend peut-être pas compte mais la préservation du patrimoine peut aider beaucoup l?industrie touristique. «Le tourisme culturel est en forte hausse dans l?industrie touristique mondiale. Une récente étude de la Commission européenne indique que 60 % des touristes européens sont en quête de découvertes culturelles. Préserver le patrimoine est un vrai métier, avec un cadre international et des normes. On ne peut, sous prétexte de faire de l?argent ou de soutenir l?économie d?un pays, détruire le patrimoine. Il y a une façon d?allier l?économie et le tourisme. Plein d?exemples existent mais on ne s?improvise pas défenseur du patrimoine».
Elle trouve regrettable que beaucoup de monuments historiques à Maurice tombent en ruine sans que l?on ait pensé jusqu?ici à les restaurer. «Il faudrait montrer par quelques projets que le patrimoine est rentable et peut redonner une fierté à la nation. Cela aidera touristiquement Maurice . Conserver le patrimoine amène de l?emploi et redore l?image du pays». A bon entendeur?
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