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Oui, mais…

19 janvier 2005, 00:00

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L’humeur est à l’optimisme chez les analystes économiques et financiers en ce début d’année : notre cinquième baromètre indique qu’un analyste sur deux est optimiste sur les perspectives économiques d’ici à un an. Ce niveau d’optimisme, le plus haut de tous nos baromètres jusqu’à présent, ne traduit toutefois pas un sentiment que la situation économique va s’améliorer, mais plutôt le sentiment que celle-ci ne va pas se détériorer davantage. Une éclaircie dans la grisaille n’annonce pas le beau temps.

Du reste, les 50 % d’optimistes précisent bien que leur évaluation a pour horizon “d’ici à un an”. Ils reprennent confiance dans l’économie mauricienne parce qu’ils pensent que l’impact du démantèlement de l’Accord multifibre ne sera pas ressenti cette année, et parce que la réforme du Protocole sucre n’interviendra qu’après 2005. Par une cruelle ironie, on n’est optimiste que dans le court terme, alors que la stratégie appliquée par le gouvernement actuel devrait supposément rapporter des fruits “dans le long terme”. Ce décalage s’explique par le fait que, faute de véritables réformes internes, notre pays se retrouve dépendant, voire à la merci, des événements extérieurs.

Un événement extérieur, conjoncturel, qui a mis du baume dans le coeur des analystes, est... le désastre causé par le raz-de-marée du 26 décembre. Les analystes – des économistes, cambistes, agents de change, gestionnaires de portefeuille et directeurs financiers – sont de nature cyniques : ils sont optimistes pour l’année 2005 parce que l’île Maurice bénéficiera du malheur des autres dans le domaine du tourisme. Les destinations affectées par le tsunami, comme la Thaïlande et les Maldives, ne devraient pas se relever avant douze mois. Le tourisme peut bien être le moteur de notre croissance économique.

Oui, mais... il faut que le gouvernement mauricien se mette à l’ouvrage. A Singapour, en pleine tragédie du tsunami, les autorités n’ont aucun scrupule de vendre leur pays comme une destination touristique sûre. L’opportunisme est l’essence même de l’esprit entrepreneurial. A Maurice, le gouvernement s’est cru obligé de se montrer “prudent” sur la question, comme si tous les pays du monde l’écoutent et regardent ses moindres faits et gestes. C’est cela l’esprit fonctionnariste : on ne fonce jamais, on laisse traîner les choses. Et l’on se réunit ensuite au Domaine Les Pailles pour s’apitoyer avec le secteur privé sur le manque d’opportunités de créer des emplois !

Entre-temps, le tourisme fait du surplace : la croissance des arrivées en novembre 2004 n’a été que de 8 % par rapport à novembre 2003, alors que le mois d’octobre avait enregistré 9 %. En principe, le taux de croissance aurait dû être ascendant. Selon le Central Statistics Office, la croissance des arrivées pour l’année 2004 sera d’un taux dérisoire de 1,1 %, contre 3 % en 2003. Ainsi, la croissance pour la période de 2000 à 2004 s’affichera 8,2 %, comparés à 13,6 % pour la seule année 2000. Quel héritage !

Il y a une seule raison qui explique l’insuffisance dans la croissance des arrivées touristiques en période de pointe : le manque de sièges-avion disponibles. Ce n’est pas une question de prix d’hôtel, puisque tous les grands hôtels sont remplis en décembre. Le vrai problème, c’est l’accès aérien : l’État doit casser le monopole de Air Mauritius, surtout sur la ligne Paris-Maurice. Sinon, le tourisme mauricien ne bénéficiera pas plus des effets indirects du tsunami asiatique qu’il n’a profité des bombes de Bali ou du problème du SRAS.

La hausse des recettes touristiques, dont le calcul officiel reste un mystère, n’est pas non plus une raison pour inciter à l’optimisme. Alors que l’année 2004 aura vu une augmentation de 1 % seulement des arrivées touristiques, les recettes brutes en roupies auront grimpé de 21 % ! Si les touristes dépensent tant (même en déduisant la dépréciation de la roupie), on reste perplexe devant la pénurie de devises qui continue d’affecter le marché local depuis plusieurs mois.

En ce mois de janvier où les recettes de nos exportations sont supposées rentrer en grande quantité au pays, la Banque de Maurice (BoM) est intervenue sur le marché pour vendre des dollars. En le faisant deux fois en moins d’une semaine, la BoM a lancé un très mauvais signal. Il indique que : 1) le marché ne croit pas à l’efficacité des interventions de la BoM, 2) les ventes de la BoM sont nettement insuffisantes, et 3) le problème de devises sera accentué quand arrivera la période creuse, soit à partir de mars.

Il y a une seule manière de redonner confiance à la roupie : la hausse du taux d’intérêt. Si 63 % des analystes ne croient pas à un relèvement du taux Lombard avant mai, nombreux pensent qu’une telle décision sera définitivement prise avant les prochaines élections générales. Car elle aura un effet positif sur la population, étant favorable à l’alliance gouvernementale.

On est optimiste, oui, mais la majorité des analystes pensent que l’inflation va franchir les 5,1 % et que la roupie va continuer à se déprécier contre toutes les principales devises. L’optimisme ne peut pas rimer avec faible taux d’intérêt. Si les perspectives sont bonnes, une économie doit pouvoir soutenir une hausse du taux d’intérêt. Laquelle n’aura pas une incidence majeure sur l’investissement, en l’état où il est déjà.

<I>(www.pluriconseil.com)</I>

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