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Opînion
<B>Par Stéphane Saminaden</B>
La nouvelle mouture du plan de restructuration de l?industrie sucrière est ambitieuse. La vision a de quoi galvaniser les énergies. Il s?agit de transformer une industrie qu?on dit traditionnelle en une industrie utilisant les dernières avancées technologiques pour produire de l?énergie, de l?éthanol et des sucres à haute valeur ajoutée. Mais elle bute sur un obstacle majeur : le financement. A ce jour, les mesures d?accompagnement annoncées par l?Union européenne représentent pour le pays un apport de 165 millions d?euros tandis que nos besoins s?élèvent à 662 millions d?euros, soit Rs 6 milliards contre Rs 24,5 milliards.
La différence est colossale. Mais la recherche de financement complémentaire pour l?industrie sucrière tombe aussi sous le cadre d?une ?Country Strategy? évaluée à Rs 150 milliards sur dix ans et pour laquelle toutes les sources de financement possibles seront sollicitées. Toutefois, comme le faisait ressortir Michael Klein, vice-président de la Banque mondiale, Maurice ne pourra bénéficier de prêts préférentiels et les bailleurs de fonds ne prêtent pas aux pays endettés. La dette publique s?élève déjà à Rs 120 milliards. L?habileté de nos dirigeants à convaincre pour défendre notre dossier et pour faire preuve d?imagination pour trouver des sources de financement sera vitale. Sinon, le scénario sera catastrophique.
Par ailleurs, le gouvernement devra faire preuve d?un extrême doigté pour gérer la restructuration de l?industrie sucrière. La gestion des ressources promises par l?Union européenne sera cruciale. Avant même qu?un euro ne soit décaissé, la pression monte déjà. Le gouvernement est pris en tenaille entre les besoins industriels de centralisation et de diversification dans l?éthanol et l?énergie, qui sont gourmands, et la nécessité d?éviter une crise sociale avec le licenciement de 7 200 travailleurs.
Arvin Boolell a déjà donné une indication des intentions du gouvernement. Le social primera. L?industrie sucrière est préoccupée par cette orientation mais n?ose rien dire. L?issue de la bataille du pot de terre contre le pot de fer est connue. Pour la Plantation House, l?essentiel est de réussir la restructuration et pour le gouvernement, la priorité est d?éviter la paupérisation des licencies et des communautés vivant autour des sucreries qui vont fermer. Pourvu qu?ils s?entendent.
L?industrie sucrière rechigne aussi quelque peu à l?idée d?une participation des travailleurs et planteurs dans le capital des nouvelles centrales et usines de production d?éthanol. L?objection principale est que le financement de ce programme provient des aides de l?Union européenne, qu?elle estime que ces fonds sont prioritairement destinés à la restructuration industrielle. Le financement du ?Empowerment Fund? pose également question. L?industrie sucrière a l?impression d?être victime d?un chantage. Etant lourdement endetté et n?ayant pas les moyens de payer les indemnisations sociales comme dans le cas de Saint-Félix, le gouvernement promet des crédits-relais (bridging loans) mais, en contrepartie, une partie de l?argent de l?Union européenne ira au ?Empowerment Fund? et au fonds d?investissement dans les nouvelles activités d?énergie et d?éthanol.
Les positions des uns et des autres ne sont pas incompatibles. Des tensions sociales mettront à mal la restructuration de l?industrie sucrière. La restructuration sera elle compromise par manque de fonds pour la centralisation et la modernisation, si une trop grande part des fonds disponibles est allouée au social. Il s?agit de trouver le juste équilibre.
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