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Opération crépissage du mur du son

26 décembre 2004, 20:00

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En pinçant des cordes de guitare, en donnant de la voix, ils ont été nombreux à apporter leur pierre à l?édifice musical local. Au-delà des variations sur un même thème, des fausses notes et des accords joués de concert, chanteurs et musiciens ont su faire vibrer nos cordes sensibles.

En septembre, Eric Triton a tiré profit de la part de blues en nous. Quand la galère s?adresse à notre mal-être, la revanche sur l?incompréhension est d?autant plus belle. À l?ombre de la cité Père-Laval où il a grandi, le bluesman fut ?jadis maudit pour son instabilité.? Pour s?épanouir, il s?est échappé, pour mieux parler à la Nation.

S?évader des ghettos, c?est l?objectif que s?est fixé Otentik Street Brothers. Douze ans à arpenter le coaltar et ?jamais endormis sur leurs lauriers. En août, les soldats de Jah nous ont donné un nouvel ordre de mission. Revey Twa. Coup de clairon pour faire la guerre à la négativité. Un combat de tous les instants sur la planète ragga.

Ecologisme, respect, culture. Une fois de plus la bande à Bruno Raya, le toujours frais Master Kool B, s?est attaquée de front aux problèmes qui rongent la société. La rage du rap et la répétition saccadée d?un rythme ragga sont les armes choisies, pour formuler un cri de ralliement. Un rapprochement qui, chez les Gaspard est viscéral, voire génétique. Jean-Claude, le père, a fêté courant 2004 ses 40 ans de chansons. Quand le prolifique ségatier regarde par-dessus son épaule, c?est pour constater une longue série de succès. À tel point qu?il ne sait plus combien d?albums il a réalisé exactement. Au milieu, cependant, il lui reste une certitude : l?envie de pousser sa fille Mary Jane.

Petite dernière des Gaspard, à 14 ans Mary Jane a titillé nos oreilles avec des compositions acidulées que son père a composées sur mesure pour elle. Jean-Claude, si taquin dans ses chansons, nous a dévoilé une autre facette de sa vie. Sur l?image colorée du ségatier s?est superposée celle d?un père de famille nombreuse ? sept enfants.

Une véritable histoire de Love & Persévérance. Negro Pou Lavi l?a bien compris. Témoignage d?une maturité artistique, leur nouvel album sorti début décembre illustre la montée d?un sens poétique, fait de pauses sonores, de voix entrelacées, juxtaposées, portées en triomphe, au calme enivrant d?un disque de chevet.

C?est le rythme du c?ur, celui qui pulse dans nos poitrines d?îliens. Si celui de Ras Ti Lang s?est arrêté de battre en juillet, Micheline Virahsawmy n?a pas hésité à mettre en musique des paroles de révoltée calme, pour nous rappeler que Noun ne dan zil. Album de dix morceaux sortis en décembre, il a repris les thèmes chers à la conscience sociale de cette ancienne de Soley Ruz. Créolité affirmée et assumée sans complexe.

Pour Menwar, autre ancien de Soley Ruz, c?est une aube nouvelle qui s?est levée. En mai, il a exporté son authenticité au Festival des musiques métissées d?Angoulême. L?année prochaine, il lorgnera du côté d?Africolor, festival auquel Kaya avait participé en 1992. La preuve que l?originalité paye.

Des battements lancinants

Une fièvre créative qui a gagné Sandra Mayotte. La chanteuse et animatrice sur Radio One, a trouvé le filon : choisir un mot qui sonne, mettre en lumière un inconnu du vocabulaire quotidien. L?enrouler dans le velours de cuivres qui ont la pêche. Et voilà nos oreilles qui se dressent. Quand on fait des mots son métier, il est évident que l?on aime à les voir battre la mesure du succès. Sandra Mayotte a récidivé. En juin 2002, elle dépoussiérait le ?makalapo.? Elle a remis cela en 2004 avec Samedi Sawalé, son quatrième album.

Un sens du rythme qui revendique sa spécificité. Celui accéléré et sans pitié de la déportation, telle qu?imprimée sur la peau chauffée à blanc de Tambour Chagos. Puissance des percussions pour faire avancer la cause. Battements lancinants pour soutenir des voix poignantes, parfois fortes et éraillées. Des atmosphères dessinées à coup de triangle et de banc. L?album-patrimoine de dix morceaux a été produit et édité par Mario Justin.

Escapade de son groupe Zot Sa. Pour mieux s?y replonger. Et retracé un itinéraire mené tambour battant. Qu?est-ce qu?il y avait au commencement ? Avant que le tambour ne trouve son rythme de croisière. Avant que Zot Sa ne sorte un nouvel album, intitulé Kan tambour baté. Avant que Lake poelon ? titre signé Menwar - ne devienne trop chaud pour une main innocente. Il fallait un ?échec? pour que Mario Justin accepte de se dévoiler. Celui d?Overdoz, discours musical à forte tendance moralisatrice, sorti, il y a deux ans. Pour ne pas succomber à la saturation, le groupe opte pour la remise en question. Presque une décennie à battre le tambour. Se réveiller pour se rendre compte que le public ne suit plus autant qu?avant. Les autres auront-ils autant de lucidité durant l?année à venir ?

?Choisir un mot qui sonne, mettre en lumière un inconnu du vocabulaire quotidien. L?enrouler dans le velours de cuivres qui ont la pêche. Et voilà nos oreilles qui se dressent.?

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