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Opposition virtuelle
Dès le lendemain des 100 jours, l?échiquier aurait dû s?être animé d?un retour énergique de l?opposition, venue assumer son devoir de rappel à la rigueur après le temps des gracieusetés. Mais à ce temps-là, semble avoir succédé celui des civilités. On attendait, on espérait un leader de l?opposition en verve, ragaillardi de retrouver le rôle qui lui sied le mieux, bondissant comme un diable à ressort hors de sa réserve, lançant ici et là de furieux « Inacceptable ! » sur l?action du gouvernement et, fort de sa connaissance de l?état des affaires économiques du pays, secouant les illusionnistes ; il n?en est rien.
À la place, Paul Bérenger nous a servi en début de semaine des simulations d?éclats de rire partagés avec l?adversaire, et impudiquement exposés devant les caméras de presse. Paul Bérenger continue à défendre son mandat. À la démarche populiste du gouvernement, il surenchérit en déplorant la hausse des prix du pétrole, une des rares mesures raisonnables. Il aura consacré hier sa première déclaration publique à justifier ses actions de Premier ministre au lieu d?indiquer celles qu?il mènera dans l?opposition, des actions de vigilance face à un gouvernement trop socialisant. L?insistance pour un retour aux affaires sérieuses, le discours alarmiste sur l?économie qui devraient pourtant venir de lui, c?est paradoxalement de Rama Sithanen qu?ils émanent. Comment faut-il interpréter l?opposition virtuelle du leader de l?opposition ?
Cette souplesse titille notre sale manie de soupçonner hâtivement une man?uvre politique au moindre rictus. Il est possible que face au désarroi que lui aura causé le dernier scrutin, révélateur de sa grande faiblesse, le MMM ait choisi de s?ouvrir à toutes les options politiques possibles. Ainsi, sous le prétexte d?une accaparante restructuration qui mobilise ses énergies, il opterait pour une posture modérée sur la place publique. Mais il existe trop peu de signes qui permettent de lui attribuer cette intention. Il conviendra d?observer dans les mois à venir les mouvements de Paul Bérenger pour comprendre?
En revanche, une explication peut être avancée devant l?absence d?un discours qui fasse véritablement contrepoids à celui du gouvernement. Quand on se tait, c?est peut-être que l?on ne sait pas quoi dire, que l?on a rien à y redire. Ce pourrait bien être le cas du principal parti de l?opposition. Brûlé sur l?économie et obligé de reconnaître que la démarche socialiste de l?adversaire paie, le leader de l?opposition ne peut qu?être tenté de crier « à gauche toute » en renouant avec une ligne dont il s?était écarté lorsqu?il était au pouvoir. On se retrouve ainsi avec toutes les entités politiques jouant dans le même créneau, toutes porteuses d?un même message. Une tendance à l?uniformité, déjà marquée, s?accentue ainsi avec la popularité confirmée du Parti travailliste.
Cette situation est malsaine. Si l?opposition ne s?installe pas dans son rôle, si elle a décidé de ne plus exister, d?acquiescer au lieu d?opposer la politique générale du gouvernement, de ne plus faire contrepoids, elle risque d?étouffer le débat social, de paralyser la démocratie, de geler les possibilités de renouveau. Le discours de Navin Ramgoolam, s?il reste à ce point prioritairement social, ne fera pas de bien au pays. Il a des lacunes, il doit être corrigé. L?opposition a le devoir d?amener sur le devant de la scène, l?urgence économique, de ramener les dirigeants à leur obligation de produire des résultats sur ce plan. La démission des penseurs du privé rend plus pertinente encore l?importance de cette responsabilité.
De cette impasse, nous ne sortirons pas si les partis politiques n?adoptent pas un autre positionnement. Parce qu?il faut que les idées s?entrechoquent pour qu?on atteigne l?équilibre, des partis aux visions différentes sont une obligation démocratique.
Né dans une culture de travail, de productivisme, le MSM pourrait avoir un discours revigorant axé sur l?économie qui contrebalance celui de Ramgoolam. Pravind Jugnauth semble plein d?enthousiasme, qui a tenté un discours autoritaire cette semaine ; mais l?image qu?il traîne, de second de Bérenger, ne lui donne pas une grande crédibilité.
Le MMM, lui, parti par excellence de la révolution, est l?objet de toutes les attentes. Un des aspects de son discours pourrait être une redéfinition du rôle de l?État vers la création d?une société de l?autonomie, une idée qui le ramènerait vers une culture plus centriste.
Il faut que son leader s?assure que son ressort n?est pas cassé. Il a tout intérêt : sa mollesse est en train de servir les intérêts de Navin Ramgoolam.
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