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Opération ?formation?
Grandes sont les ambitions de l?hôtellerie mauricienne, surtout qu?elle est en passe de devenir le numéro un des secteurs économiques du pays. Elle place ainsi haut la barre. La destination se targue de pouvoir accueillir deux millions de touristes d?ici dix ans. Le parc hôtelier s?en trouverait agrandi, offrant de plus grandes possibilités d?emploi. Parmi les objectifs énoncés, il faudra 3 000 personnes en plus, chaque année. Organismes de formation et hôteliers se mobilisent pour atteindre ce chiffre.
L?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (Ahrim) est en première ligne. ?Pour répondre aux objectifs de croissance des arrivées, il faudra adapter la politique de formation aux besoins de l?industrie?, explique Patrice Legris, directeur de l?Ahrim. Depuis quelque temps déjà, avec la croissance exponentielle notée dans l?industrie touristique et aussi la forte demande étrangère sur la main-d??uvre mauricienne, la destination est sur la corde raide. S?il n?y a toutefois pas de pénurie de main-d??uvre à ce stade, qu?en sera-t-il en 2008 ?
À partir de la fin de cette année, et surtout l?année prochaine, le parc hôtelier devrait accueillir plusieurs gros établissements de plus de 200 chambres. L?Ahrim et les organismes de formation hôtelière sont tombés d?accord sur le nombre d?employés qu?il faudra former pour intégrer le secteur hôtelier.
Mais le secteur para-hôtelier sera lui aussi demandeur. Un premier constat : on connaît mal les besoins du secteur dit informel. Car si la Tourism Authority recense les établissements touristiques, il reste encore un grand nombre de prestataires de services qui opère dans une zone floue. Entre la légalité et l?illégalité? Le nombre d?emplois dans ce secteur serait deux à trois fois plus important que dans le secteur formel.
Par ailleurs, il existe une forte demande de la main-d??uvre qualifiée mauricienne sur le marché international ou, plus précisément régional. Les Seychelles, les Maldives, les Émirats arabes unis... Tous ces pays à vocation touristiques attirent un grand nombre de Mauriciens dont on ne connaît cependant pas le nombre exact. Et l?addition se corse lorsqu?on y ajoute tous ceux qui se font recruter par les compagnies de croisières.
<B>Barmen, femmes de chambre recherchés</B>
Depuis fin 2004 et avec l?ouverture des hôtels de Bel-Ombre (trois établissements d?un coup et 600 nouvelles chambres sur le marché), il y a eu des vagues de recrutement. Depuis, il y a eu peu de nouveaux établissements (le dernier en date, Shanti Ananda, a ouvert ses portes en décembre).
Il n?empêche que les mouvements de personnels sont importants et constants avec les rénovations, le renforcement des équipes ou les recrutements saisonniers, entre autres. Le ratio chambres d?hôtels-employés se situe dans une fourchette comprise entre deux et quatre. Certains établissements emploient ainsi deux employés pour une chambre alors que d?autres peuvent aller jusqu?à quatre employés pour une chambre.
Pour l?Ahrim, l?enjeu est surtout de maintenir la qualité. Comment maintenir la qualité tout en répondant aux besoins croissants ? Il faudrait donc ?parer au plus pressé?, comme le rappelle Patrice Legris. ?Il y a une certaine urgence. Nous voulons aller vite mais aussi bien faire les choses?, ajoute-t-il. Avec l?Empowerment programme, l?Ahrim a donc mis en place un volet formation.
Il a fallu, dans un premier temps, définir les modalités de formation. La formation se fera dans les hôtels ou dans les centres de formation agréés. Et le ciblage se fera par région. Les cours seront les mêmes partout.
C?est ainsi que la région de Balaclava a été identifiée pour le projet pilote. ?C?est une région intéressante. Deux nouveaux hôtels y sont prévus entre cette année et l?année prochaine?, note Patrice Legris.
Dans un deuxième temps, il a fallu identifier la demande et les besoins en formation. En fait, la demande est surtout celle qui est énoncée par les employeurs. Les postes les plus recherchés sont ceux de barmen, employés de cuisine, réceptionnistes et femmes de chambre.
Le programme va puiser dans les listes du ministère de l?Emploi. Dans la foulée, un job fair sera organisé dans la région pour informer et intéresser les gens. ?Nous espérons commencer dans les semaines qui suivent avec environ 75 personnes?, indique Patrice Legris. Les cours seront dispensés dans les établissements Le Méridien et La Plantation, implantés à Balaclava.
<B>Les Mauriciens offrent de la qualité</B>
Le modèle devrait, par la suite, être appliqué aux autres régions. L?Ahrim espère qu?une dizaine de régions pourront être concernées, notamment Grand-Baie, Bel-Ombre, Trou d?Eau Douce et Belle-Mare où le développement hôtelier est important.
Mais l?Ahrim réitère son engagement envers la qualité du service. ?Le travail en hôtellerie, ce n?est pas du divertissement mais cela demande de la discipline, de la rigueur et de la flexibilité?, souligne Patrice Legris. Mais, précise-t-il, pour ceux qui font des efforts, il y a des perspectives.
En cas de pénurie de main-d??uvre, serait-il souhaitable d?engager plus d?étrangers ? ?Le problème c?est de savoir vers qui se tourner?, note Patrice Legris. Car les Mauriciens offrent déjà une qualité de service que l?on ne retrouve nulle part ailleurs.
L?atout mauricien est donc indéniable et la réputation de l?hôtellerie n?est plus à faire. ?Nous avons, de ce fait, le potentiel pour développer un centre de formation régionale?, insiste Patrice Legris. Ce centre serait calqué sur le modèle du SHATEC, le centre de formation hôtelière de Singapour.
<B>Trois bonnes raisons d?employer un expatrié</B>
Tiburce Plissoneau-Duqesne est le directeur de l?Académie de formation du groupe hôtelier Beachcomber. Expatrié à l?origine, il se sent aujourd?hui ?100 % Mauricien?. En bon formateur, il a un point de vue très pertinent sur l?évolution de la main-d??uvre hôtelière et plus particulièrement sur l?emploi des expatriés.
Le directeur de l?Académie de formation de Beachcomber explique pourquoi, selon lui, employer des expatriés est un atout indéniable pour l?hôtellerie mauricienne. Il énonce même trois bonnes raisons à ce sujet.
?Un titulaire local, nommé à un poste de responsabilité, s?implante et ne se renouvelle plus, alors qu?un expatrié amène des idées nouvelles, est dans un schéma évolutif puisqu?il est sous contrat?, note-t-il, en premier lieu. Deuxième raison, lorsqu?un expatrié commet une faute grave, l?hôtel peut mettre fin à son contrat ?avec un préavis et un billet d?avion?. Un titulaire local, lui, fait toujours valoir ses relations familiales et abuse souvent du favoritisme.
Enfin, en dernier lieu, selon Tiburce Plissonneau-Duquesne, le titulaire local ne parle souvent que de ses droits et pas de ses devoirs. Et s?il ne donne pas satisfaction, ?on ne sait plus trop quoi faire de lui?...
Mais pour Tiburce Plissonneau-Duquesne, il n?est pas souhaitable d?arriver à une situation où il faudrait employer des expatriés en masse. Un scénario qui ne devrait pas se produire, sauf si...
En tout état de cause, selon l?Ahrim, le nombre d?expatriés employés dans l?hôtellerie mauricienne est en baisse. Ils sont environ 250 contre quelque 300, il y a quelques années.
<B>École hôtelière : 15 000 étudiants depuis 1996</B>
L?Ecole hôtelière Sir Gaëtan Duval, à Ebène, est le centre nerveux de la formation touristique mauricienne. Depuis que l?organisme s?est installé à Ebène, en 1996, il a formé quelque 15 000 personnes.
Selon Karmaraj Nosib, le directeur de l?école, quelque 2 000 étudiants, à temps plein ou à temps partiel, sont formés annuellement. Ce qui fait dire à Karmaraj Nosib que l?école n?est pas si loin de l?objectif de 3 000 personnes formées, chaque année. Outre son centre d?Ebène, l?école a décentralisé ses services à Pointe-Jérôme, à Surinam et à Bon-Accueil où ils sont 300 à suivre des cours.
Karmaraj Nosib tient à faire ressortir que certains de ses étudiants sont aujourd?hui obligés de prendre de l?emploi dans des centres d?appels après avoir suivi une formation de réceptionniste par exemple. Ainsi, certains étudiants ne retrouvent sans emploi, et si la chance leur sourit, un emploi dont salaire ne correspond pas à leurs compétences?
<B>Thierry CHATEAU</B>
Questions A?
<B>Dinesh Burrenchobay, </B> Président du comité directeur de l?Ecole hôtelière
● <B>Où en êtes-vous avec les programmes de formation ? </B>
Depuis 2005, j?avais attiré l?attention en disant que nous n?allions pas assez vite. Puis, il y a eu les Assises du tourisme et l?objectif des deux millions de touristes a été fixé. Dès lors, on a eu une idée des besoins en formation. Il y avait déjà un manque avec les quelque 1 500 étudiants qui sortent de l?école chaque année. Il fallait donc revoir certaines choses. J?ai notamment proposé d?inclure l?enseignement de l?espagnol, du russe ou encore d?introduire les métiers liés au golf et au spa, tout cela dans le but de satisfaire les nouveaux marchés et les créneaux porteurs dans lesquels les hôteliers investissent.
● <B>A quel rythme ces programmes évoluent-ils ? </B>
Les choses vont lentement et j?avoue que c?est un peu fatigant. Pour la cuisine, par exemple, elle était largement sous-utilisée. Suréquipée, elle avait servi aux jeux des îles de l?océan Indien? On avait proposé de la séparer en deux. Une partie servirait à générer des revenus en la convertissant en cantine, l?autre partie serait exclusivement dédiée à la formation. Mais les procédures prennent du temps? Maintenant, nous allons enfin de l?avant avec ce projet. Il faudra cependant réinvestir dans la cuisine.
● <B>Y a-t-il des divergences d?opinions à la direction de l?école ? </B>
Il y avait des divergences d?opinions mais elles ont été réglées en interne. Tous sont d?accord sur ce qui va permettre à l?école d?aller de l?avant et de répondre aux attentes. Un plan d?action est en préparation, avec l?IVTB qui est très attentif à ces attentes.
● <B>L?objectif de former 3 000 personnes environ par an pourra-t-il être atteint ? </B>
Pour cela, il faudra doubler la capacité de l?école. Mais, par-dessus tout, il faudra revoir les cours et la façon de les dispenser. Il faudra qu?il y ait plus de pratique et moins d?académisme. Mais il nous faudra aussi plus d?espace? Un des projets prioritaires est l?agrandissement de l?école, ce qui devrait coûter quelque Rs 200 millions, comme prévu dans le budget. Nous sommes dans l?attente. Le principe est accepté. Mais il faudra le faire, cet agrandissement, si nous voulons miser sur le tourisme comme moteur de croissance !
● <B>Quelles sont les sources de financement ? </B>
Nous en sommes au stade de l?évaluation et de l?identification des sources de financement. L?Ahrim pourrait en assurer une partie en contrepartie d?une participation à ?l?actionnariat?, si on peut l?appeler ainsi.
Les hôteliers et restaurateurs sont partie prenante. D?ailleurs, à l?école, tous les secteurs de l?industrie touristique sont représentés, depuis les petits hôtels jusqu?aux plus grands, les restaurants et même le groupe Beachcomber qui ne fait pas partie de l?Ahrim. Seuls les tour-opérateurs ne sont pas là.
● <B>On a l?impression que les hôteliers accordent plus d?importance au projet de formation qui tombe sous l??Empowerment programme??</B>
Il y a eu un concours de circonstance. Ce programme est venu en parallèle et le financement est plus rapide, pour alléger la situation au niveau du chômage?
● <B>Quelle est la prochaine étape pour l?école hôtelière ? </B>
Dans trois ou quatre mois, il y aura un plan d?action, élaboré en collaboration avec le Lycée Paul Augier de Nice. L?école doit préserver sa réputation. Il y a des choses qui ne fonctionnent pas à la base et qu?il faut revoir. Ce n?est qu?après avoir réglé certains problèmes que l?on pourra avoir des ambitions régionales. Il faut re-dynamiser l?école.
● <B>On dirait que les hôteliers ne croient plus en l?école hôtelière?</B>
Les hôteliers disent, par exemple, que les nouvelles cuvées d?étudiants sont différentes des précédentes. Mais il faut tenir compte aussi de l?évolution de la société mauricienne. En tout cas, ils sont à la recherche de gens qui sont spécialisés. Avec leur propre académie, les groupes ont déjà une marge de man?uvre importante.
● <B>Concrètement, quand est-ce que l?école hôtelière va-t-elle s?attaquer au programme de formation de 3 000 personnes par an ? </B>
D?ici fin 2007, nous devrions être sur les rails, si nous voulons atteindre l?objectif de 2015. Mais le plan d?action nous donnera une idée précise de l?étendue du programme ou encore de quel type d?école nous aurons besoin, à l?avenir.
Propos recueillis par <B> T. C. </B>
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