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Onze ans à attendre le procès du principal meurtrier de son épouse
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Onze ans à attendre le procès du principal meurtrier de son épouse
Onze ans se sont écoulés depuis que Roshni Dawaking, 41 ans, a été sauvagement battue et tuée dans sa maison à Sodnac. Onze années qui auront certes vu la condamnation des exécutants de ce meurtre. Mais le procès intenté au commanditaire présumé suit toujours son cours, la prochaine audience étant prévue pour mercredi. Suresh Dawaking, l?époux de la victime, a hâte d?en voir la fin. Pour retrouver enfin la paix d?esprit.
Car ces années d?attente empêchent Suresh Dawaking de réorienter sa vie. Dormir paisiblement, cela fait justement onze ans qu?il ne peut le faire. «Onz an sa zafer la pe deroule. Ti ena vin temoin. Ler enn-de pas vini, zafer ranvoye. Avoca la defens mor, (Ndlr : Sir Gaëtan Duval), zafer ranvoye. Magistrat Raynal mor, encore ranvoye. Policier Gopal mor, mem zafer. Sak foi zafer inn ranvoye », déclare Suresh Dawaking avec un sou-rire désabusé.
Assis en tailleur sur le sofa dans son salon, il explique que si le procès que la police intente au beau-frère de sa femme et commanditaire présumé de l?agression, avait été réglé en une ou deux années « mo ti pou capav pran enn lot direksion, me la li imposib. Tou sa kinn passe dan mo latet ».
Et dire que ce sexagénaire, père de deux enfants, Harrish, 29 ans, et de Menakshi, 26 ans, pensait qu?il ne serait pas en vie pour fêter ses 25 ans de mariage ! Diabétique, souffrant d?une sérieuse hypertension et ayant une artère bouchée, il avait exprimé cette crainte lors de son 24e anniversaire de mariage. «Mo ti fer enn fet. Là, monn dir Roshni ki mo pa pou la pou fet 25e laniverser mariaz parski mo ti pense ki avek mo malade, mo ti pou alle. Ler fer l?inventer, se Roshni ki pa finn la.»
Quand le drame se joue à leur domicile, le 23 mars 1993, Suresh Dawaking est en Grande-Bretagne, pays qu?il connaît bien pour y avoir vécu 24 ans. Il y a accompagné son fils qui s?apprête à entamer ses études tertiaires. Le père de famille n?a aucune raison d?être soucieux pour sa femme et sa fille car il croit le pire passé. En effet, sans faire d?esclandre, il a réussi à écarter de ses fréquentations habituelles, un des beaux-frères de Roshni après que cette dernière a allégué que l?homme en question lui avait fait des avances.
SORTIS DE PRISON
Dans la matinée de ce jour fatidique, Roshni dépose Menakshi à l?arrêt d?autobus avant de regagner sa maison où l?attendent des travaux domestiques. Elle se trouve à l?étage quand on sonne. Deux personnes, un homme et une femme, vraisemblablement des joggers, demandent s?ils peuvent utiliser ses toilettes. Une voisine qui part faire ses courses en voiture, voit Roshni parlant au couple.
Roshni leur ouvre la porte, sans réaliser qu?elle a rendez-vous avec la mort. A peine atteignent-ils le corridor que les étrangers lui sautent dessus. Elle est sauvagement battue avant d?être ligotée. Le décès est dû à l?asphyxie causée par strangulation, révèle le Dr Amah Charya Gujjalu, médecin légiste.
Le lendemain du meurtre, les policiers ayant eu vent du litige entre elle et son beau-frère, arrêtent ce dernier qui est ensuite libéré sous caution. Quelques jours plus tard, les enquêteurs appréhendent un ferrailleur et sa concubine. Ils avouent alors avoir agressé Roshni Dawaking et allèguent qu?ils l?ont fait sur ordre du beau-frère de cette dernière. Ils disent toutefois qu?ils ont eu comme directives de lui infliger une sévère correction et qu?en quittant la maison, elle respirait encore.
Condamnés pour coups et blessures sans intention de tuer, le ferrailleur et sa concubine, purgent leur peine. Ils sont sortis de prison depuis. C?est le procès intenté au beau-frère qui est toujours en cours. Car les choses se sont corsées, le ferrailleur étant revenu sur son témoignage. Ce dernier dit ne plus se souvenir du nom de son commanditaire.
Quelques semaines après la mort de sa mère, Menakshi qui est encore adolescente et Harrish, revenu à Maurice en catastrophe avec son père pour les funérailles, manifestent l?envie de repartir en Grande-Bretagne. Suresh accède à leurs désirs. A aucun moment depuis, les trois n?ont parlé de Roshni.
D?ailleurs, dans une lettre envoyée le mois dernier à son père, Menakshi, aujourd?hui diplômée en European Studies, en parle pour la première fois. «Papa, c?est dur pour moi de me souvenir de maman. Je souhaiterai que tu me parles d?elle. J?aurais voulu mieux la connaître, savoir quels étaient ses goûts. Il est vrai que j?ai beaucoup de souvenirs d?elle mais malheureusement, les souvenirs horribles semblent avoir pris le dessus. J?ai besoin qu?Harrish et toi m?aidiez à me souvenir d?elle. Je ne t?en ai jamais parlé jusqu?ici car j?avais peur de te blesser.»
Harrish est rentré au pays il y a deux ans. Lui et son père sont revenus vivre dans leur maison de Sodnac. Quand Suresh Dawaking repense à tout ce qui lui est arrivé, il se dit que Dieu a voulu éprouver sa force. «Ou kone, ena zis de foi ki mo?nne plore : premie foi kan Harrish ek moi ti pe pran avion en katastrof pou vinn Moris assiste funeraye, et secon foi kan mo?nn fini instal ban zenfan Langleter apre lamor Roshni e ki mo ti pe rant Moris. Mo ti senti moi depossede de tou, fam, zanfan, lacaz. »
Le reste du temps, il affiche la bonne humeur. « Li pou enn defet pou moi si mo fer enn figir tris. Dan tou ça, pli importan seki malgre lamor Roshni, ban zenfan inn reissi zot lavi?».
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