Publicité

Ombres et lumières sous la lune

10 mars 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Trois femmes comoriennes, membres du ?Réseau national femmes et développement? de l?archipel des Comores ont répondu à l?invitation de l?Union des Femmes Réunionnaises qui a tenu son congrès le dimanche 6 mars. C?est la première fois que les deux associations entrent en contact. La première fois que Réunionnaises et Comoriennes partagent leurs expériences avec une envie de lancer des pistes de coopération pour faire avancer la cause des femmes dans les deux pays.

L?actualité comorienne ouvre rarement le devant de sa scène aux femmes tant il est question des rivalités politiques dans lesquelles la gente féminine a rarement le droit de cité. Les causes des femmes constituent le dernier souci des dirigeants. Ce qui ne veut pas dire que le champ de bataille est vide, bien au contraire. Roukia Abdallah, Hadjira Oumouri et Mariama Ahamada Mzé représentent un ?Réseau? créé en 1993 qui compte 65 associations réparties dans les trois îles.

<B>Le viol comme un crime</B>

Le réseau des femmes comoriennes mène de nombreux combats. Le plus actuel consiste à faire tomber le tabou entourant les maltraitances faites aux femmes. ?On ne peut pas dire que nous sommes maltraitées physiquement même si ça peut arriver comme dans tous les pays. Mais nous souffrons de violences psychologiques, explique Roukia Abdallah. On nous insulte, on ne nous respecte pas et il est rare qu?une femme dépose plainte car c?est considéré comme une honte?. Il n?y a de toute façon pas encore de structures d?accueil pour les femmes victimes de maltraitance.

Les viols ne sont pas traités comme ils devraient l?être par l?appareil judiciaire. Lorsqu?une affaire arrive jusqu?à une condamnation, ce qui est très rare, les peines prononcées sont minimes selon les trois militantes. Le viol est considéré comme un délit. ?Nous proposons un projet de loi pour que le viol soit déclaré comme un crime et nous espérons que cette revendication aboutira cette année?.

C?est donc aux députés d?inscrire dans les lois les droits que les femmes comoriennes réclament. Avec la criminalisation du viol, les élus du peuple auront à adopter un nouveau ?code de la famille?.

Il y a quatre ans que ce code est en gestation. Les porte-parole du Réseau femmes et développement soulignent la bonne intelligence dans laquelle se sont déroulés les débats avec les notables et les responsables religieux. ?Quand on a un problème avec son mari, on se confie au cadi (juge chargé d?appliquer la loi islamique), raconte Hadjira Oumouri. En cas de divorce, la tradition veut que tous les biens reviennent à la femme. Le nouveau code prévoit un partage plus équitable : un tiers pour l?homme, deux tiers pour la femme?. Cet exemple permet de montrer que la société comorienne, n?est pas aussi machiste qu?on le croit. ?La femme a des droits et la religion la protège?, fait remarquer Roukia Abdallah dont le premier souci, lorsqu?elle est entrée dans la chambre de son hôtel réunionnais, était de connaître la direction de La Mecque pour pouvoir faire sa prière.

S?il y a eu, au cours de ces dernières années, quelques poussées de fièvre intégriste, comme l?incendie d?un hôtel dont le gérant voulait organiser un concours de beauté, les femmes du ?Réseau? se félicitent qu?à chaque fois le courant modéré l?a emporté. Plus récemment, la justice a condamné un groupe de religieux qui avait défié la ligne nationale du Grand Mufti pour célébrer l?Aïd El Kébir. ?Nous sommes musulmans mais il n?y a pas cette idée d?intégrisme dans notre pays. C?est un pays de paix?.

<B> ?Si j?étais présidente? </B>

On l?aura compris, les femmes comoriennes ne trouvent aucune raison de se rebeller contre les traditions qui sont peut-être le seul élément de stabilité de leur pays. En revanche elles partent en guerre contre les maltraitances qui leur sont faites et qui sont faites à leurs enfants. La misère dans laquelle baigne la majeure partie de la population se traduit notamment par l?exploitation des enfants. Sous l?égide de l?Unicef, des cellules d?écoute ont vu le jour dans les trois îles de l?archipel. Des campagnes de sensibilisations sont menées pour les ramener à l?école.

Mais la situation demeure critique. Les familles les plus pauvres continuent à générer des fratries d?une dizaine de garçons et filles malgré les efforts du planning familial. Ce qui oblige les aînés à travailler dans les champs ou comme marchand ambulant pour nourrir les plus petits.

Le phénomène des ?enfants placés? reste courant. Selon leur famille d?accueil, les petits ?adoptés? peuvent avoir la chance de poursuivre leurs études ou le malheur de devenir des ?bonniches?. Généralement, les parents privilégient l?avenir des garçons, en conséquence, les filles sont les principales victimes de l?exploitation des enfants.

Si les causes défendues par les femmes évoluent si lentement ? dans un pays où, il est vrai, tous les secteurs du développement sont en crise ? c?est sans doute parce qu?il n?y a aucune femme au gouvernement et une seule au sein de l?Assemblée nationale. ?Nous participons pourtant aux meetings durant les campagnes électorales mais nous sommes écartées dès qu?il s?agit de distribuer des postes? déplorent Roukia, Hadjira et Mariama. Elles sont pourtant convaincues que tout irait mieux dans les îles de la lune si une femme était présidente. ?Mais c?est un rêve?, s?empresse d?ajouter Roukia Abdallah.

<B>Franck CELLIER Le Quotidien de la Réunion</B>

<B>Le taux de mortalité des mères</B>

Bien sûr il y a ces femmes que l?on maltraite, ces viols que l?on n?ose pas dénoncer. Mais il y a pire en ce qui concerne les Comores. Les représentantes du Réseau femmes et développement tout comme leur correspondante de l?Union des femmes Réunionnaises, Monique Couderc, relèvent le taux de mortalité des femmes pendant et après un accouchement comme étant le premier drame des Como- riennes. ?Il y a 500 décès sur 100 000 naissances?, affirme Hadjira Oumouri. Ce taux de 5 sur 1 000 est 20 fois plus élevé que dans un pays industrialisé.

Traditionnellement, les femmes préfèrent accoucher à domicile. De toute façon, la plupart n?ont pas les moyens de payer le transport jusqu?à l?hôpital et les soins qui y sont prodigués. Sans parler de l?absence de route carrossable pour desservir la plupart des villages comoriens.

Les mères sont généralement aidées par des matrones qui n?ont quasiment aucune connaissance médicale et aucune notion d?hygiène. La moindre complication peut avoir des conséquences fatales. ?Nous menons des campagnes de sensibilisation dans les villages, encore faudrait-il que les autorités fassent une priorité de la lutte contre cette mortalité inacceptable ?, déplore Mariama Ahamada.

Le chantier des actions à mener va de la sensibilisation des femmes enceintes à l?équipement des dispensaires en passant par la formation de sages-femmes et la promotion du contrôle des naissances. La mortalité en couche est également intimement liée avec la pratique des avortements clandestins.

Publicité