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Obeegadoo : ?Gare aux dérapages !?
DÉBAT sur les langues orientales, oui, mais sans démagogie. Le ministre de l?Education, Steven Obeegadoo, met en garde contre les dérapages. ? Ces derniers jours, nous avons entendu beaucoup d?énormités. Il faut arrêter de formuler des opinions à partir d?informations erronées mais à partir de la réalité?, a-t-il dit au cours d?une conférence de presse. Rejetant les thèses de ceux qui veulent empêcher la comptabilisation des langues orientales aux examens du Certificate of Primary Education (CPE) cette année, il a expliqué le mécanisme entourant l?inclusion des langues orientales.
Depuis des semaines, la comptabilisation des langues orientales aux résultats du CPE, annoncée depuis 2000 par le gouvernement, fait l?objet de commentaires plus ou moins hostiles. Des associations et des parents d?élèves qui n?étudient pas ces langues rejettent le projet tout en propageant les rumeurs les plus folles. ?Amalgamer ce projet au jugement du Conseil privé et revendiquer l?utilisation du langage mauricien dans l?éducation ont un potentiel dangereux qui peut amener à des dérapages. Lorsqu?on quitte la raison pour tomber dans l?irrationnel, c?est dangereux pour tous?, souligne le ministre.
La nouvelle formule propose six matières comptabilisables pour le CPE 2004, à savoir l?anglais, le français, les sciences, les mathématiques, l?histoire et la géographie ainsi qu?une langue orientale. Cette dernière est optionnelle. Le candidat qui choisit de passer l?examen en six matières verra ses cinq meilleurs résultats comptabilisés pour le grading. Parallèlement, le gouvernement supprime les 550 places réservées aux meilleurs candidats en langues orientales dans les collèges d?Etat et le MGI.
Le ministre de l?Education se veut modérateur. Depuis plusieurs années, les langues orientales sont déjà prises en compte pour la ?certification?. La nouvelle méthode n?apporterait donc pas de grands bouleversements dans les faits. La proposition de certains parents d?offrir l?informatique comme alternative est jugée ? ridicule? par le ministre. ?Faudé l?esprit dimoun pas bon pou dire ça.?
Une alternative ?raisonnable? pour Steven Obeegadoo serait d?offrir une autre langue : l?espagnol, l?italien, l?allemand ou encore le swahili. Mais la mise en application prendrait du temps pour des raisons de ressources humaines. Le créole ne peut être ?un contre-pied aux langues orientales.? Le créole est une langue nationale et l?offrir en contrepartie des langues orientales n?est pas l?option idéale.
Comparaison avec le ?School Certificate?
Ceux qui prétendent que les candidats à une langue orientale sont avantagés parce qu?ils prennent six matières au lieu de cinq sont, selon le ministre, dans le faux. ?Cet argument ne peut être accepté.? Un enfant prenant six sujets aura moins de temps pour préparer l?examen dans chaque sujet. Steven Obeegadoo établit la comparaison avec les épreuves du School Certificate où l?étudiant peut participer à un maximum de neuf matières et un minimum de six. Par la suite, seuls les six meilleurs résultats sont comptabilisés. La méthode proposée pour le CPE n?est donc pas nouvelle.
D?autre part, les statistiques des trois dernières années démontrent que le taux de réussite aux langues orientales oscille entre 67 % (urdu) et 78 % (mandarin) contre une moyenne de 70 à 75 % pour les matières principales. Dire que les examens en langues orientales sont plus faciles ne se justifie pas aussi, ajoute le ministre.
Un autre grief des parents a trait à la comptabilisation. Les ?cinq A? équivalent à un total (aggregate) de 25 points. Cela est un critère primordial pour obtenir une place dans un collège d?Etat. Les réfractaires prétendent qu?un écolier avec quatre A et un B dans les cinq matières obligatoires peut profiter d?un éventuel ?A? en langues orientales pour obtenir une place dans un collège d?Etat.
Le ministre ne dément pas une telle éventualité mais cela sera plus l?exception que la règle. Le nombre de ces cas sera inférieur à celui des places réservées pour les meilleurs élèves dans ces langues. Pas de quoi s?affoler donc.
Un démenti formel est aussi apporté à la rumeur selon laquelle des sociétés socioculturelles préparent les questions pour les épreuves de langues orientales. ?C?est une injure au Mauritius Examinations Syndicate, qui est une des institutions les plus crédibles de Maurice. Trêve de bêtises?, s?indigne le ministre.
Ce dernier ne nie pas que certains écoliers sont plus exposés que d?autres à une langue orientale. ?C?est inévitable, mais là encore, ce n?est pas un argument. Il y a des différences culturelles qui font qu?un enfant est plus exposé à une langue orientale, mais c?est aussi le cas pour le français et l?anglais.?
MOBILISATION
Les organisations asiatiques se dressent en chien de garde
- Les organisations socioreligieuses asiatiques se dressent en rempart autour des langues ancestrales. Elles étaient une quinzaine à se mobiliser hier pour encourager le gouvernement à tenir bon dans son engagement par rapport aux langues orientales. Deux mises en garde ont été lancées. La première s?adresse au gouvernement. Elle vise à prévenir une éventuelle rétractation sur la comptabilisation des langues orientales au CPE. La seconde s?adresse nommément au père Henri Souchon, curé de l?Immaculée Conception. Certaines de ses remarques sur les langues orientales auraient profondément froissé. ?Les langues orientales compteront aux examens du CPE à partir de cette année. Les cours de justice en ont décidé ainsi et le Premier ministre, Paul Bérenger, a donné sa parole que leur volonté aussi bien que celle de 70 % des Mauriciens sera faite. À ce stade, rien n?indique qu?il va faire marche arrière. Mais sait-on jamais ? ? a fait remarquer à ?l?express? Rajnarain Guttee, un porte-parole de l?Arya Sabha.
Une quinzaine d?organisations socioreligieuses asiatiques appuient cette position, à savoir, la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation (MSDTF), le Jaamat- ul- Ulema, la Mauritius Tamil Temples Federation, la Hindi Pracharini Sabha, la Mauritius Arya Ravived Peracharini Sabha, la Government Hindi Teachers Union, la Governement Urdu Teachers Union, la Mauritian Marathi Mandali Federation, le Gahlot Rajput Maha Sabha, la Hindu Maha Sabha, l?Urdu Speaking Union et le Hindutva Movement.
Lors d?une conférence de presse conjointe hier, ces mouvements ont fait ressortir, qu?à plusieurs reprises dans le passé, les gouvernements au pouvoir ont essayé de valoriser les langues orientales.
Mais ils ont cédé aux pressions et n?ont rien fait. ?Nous voulons éviter que l?histoire se répète?, relève Rajnarain Guttee.
La MSDTF a réaffirmé sa position dans un autre point de presse donné hier. ?Que le ministre de l?Education applique, sans tergiverser, la décision concernant les langues orientales. Sinon, il ne gardera pas son siège?, a prévenu Suresh Seeburrun, un des dirigeants.
Les organisations précitées n?approuvent pas le critère social proposé par le gouvernement aux autorités catholiques. Elles pensent que toutes les écoles financées par l?Etat doivent être accessibles à tous les enfants indistinctement.
La proposition d?introduire le créole à l?école est accueillie avec moins d?intransigeance. ?Pour le moment, nous ne sommes ni pour ni contre. Que les autorités fassent des propositions concrètes. Nous réagirons en conséquence?, affirme Rajnarain Guttee.
La réaction de certains groupes catholiques par rapport aux langues orientales a été commentée. Les organisations réunies à l?Arya Sabha ont déploré la ?petitesse d?esprit? et les ?préjugés? révélés.
?Une langue n?est la propriété de personne. Nous invitons les Mauriciens à ne pas s?enfermer dans un ghetto culturel. Mais surtout, nous lançons un appel à tous à ne pas briser l?harmonie culturelle du pays sur cette question?, a indiqué Rajnarain Guttee.
L?exaspération est plus ouvertement exprimée à la MSDTF. ?Nous notons que depuis quelque temps, le père Souchon insulte systématiquement la communauté hindoue. Nous notons que l?évêché ne l?a pas rappelé à l?ordre. Nous en avons assez !? a déclaré le secrétaire général de la fédération, Pramanund Neewoor.
La MSDTF attend que le carême et la célébration de la Maha Shivaratree aient pris fin pour réagir plus catégoriquement. Elle a mis un comité sur pied pour surveiller l?évolution de la situation. ?S?il le faut, nous descendrons dans la rue pour nous faire respecter ! Il ne faut pas abuser de notre tolérance?, ajoute Suresh Seeburrun.
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