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Obama et le « Best Loser System »
Il y a dix-sept mois, CNN confondait son nom avec le prénom de Ben Laden. Il y a quatre mois la presse US publiait des photos « jugées compromettantes » de Barack Hussein Obama en tenue traditionnelle au Kenya, photos communiquées par le camp Clinton aux journaux républicains. Et plus récemment, on l?a accusé de plagier des discours, d?être une proie fa-cile pour John McCain à cause de son an-cien pasteur, le tonitruant Jeremiah Wright. Il y a cinq jours, en arrachant l?investiture démocrate, Obama est devenu une figure planétaire, voire un symbole post-racial. Qu?il remporte l?élection présidentielle du 4 novembre ou pas, pour laquelle il est donné favori, cet homme de 46 ans a déjà franchi les embûches des idéologies inter-ethniques chères aux politiciens.
Ici, aux États-Unis, on salue aujourd?hui, de manière unanime, son talent à renforcer la cohésion nationale à l?heure où la crise économique et la politique étrangère ont touché le fond. Aujourd?hui, au-delà de la race et du sexe, la presse nationale, y compris les titres qui soutiennent McCain et Clinton, et les gens de la rue saluent son discours et son potentiel à changer le climat général du pays. Ce changement est notable. Dans la capitale, on arbore fièrement l?effigie d?Obama, qui a relégué les « Red Sox », champions de base-ball, au second plan. C?est l?incroyable diversité des supporters surtout qui saute aux yeux.
Si Hillary Clinton a tablé sur sa longue expérience des affaires washingtoniennes, ses réseaux de féministes, son mari, etc., Obama, lui, a démontré que le talent de convaincre ne se conquiert pas, il se révèle, petit à petit, contre vents et marées. Même l?administration Bush s?est inclinée cette semaine devant sa performance, qui chamboule bien des données politiques après un quasi-monopole des familles Bush et Clinton à la Maison-Blanche durant ces deux dernières décennies.
Se tenant à distance des puissants lobbies qui plombent le renouveau politique, il a incarné tout simplement le rêve américain en ravivant la flamme de l?admiration envers « le pays des opportunités », en lui redonnant cette image romantique que rien n?est insurmontable en démocratie. Et aujourd?hui, ce n?est pas une surprise de constater, de l?Europe de l?Est à l?Afrique centrale, des artistes internationaux aux éditorialistes de grands journaux, du chauffeur de taxi aux diplomates, cet élan collectif et spontané à saluer la performance d?Obama. Qui va au-delà du simple clivage : Blanc-Noir ou homme-femme. C?est le rêve de Martin Luther King en marche qui entre dans une phase décisive à l?aube du troisième millénaire, deux siècles après l?abolition de l?esclavage par Lincoln. « C?est notre moment, c?est notre heure, le temps de tourner la page sur les politiques du passé, le temps d?apporter une nouvelle énergie et de nouvelles idées pour les difficultés auxquelles nous faisons face. [?] Le changement, c?est construire une économie qui ne récompense pas seulement la richesse, mais le travail et les travailleurs qui l?ont créée », relativise Obama, conscient que rien n?est joué encore.
En attendant, le camp Obama, redoutable en communication, joue d?ores et déjà sur les symboles immortels. Quand Obama acceptera l?investiture du parti, à la Convention de Denver, le 28 août, ce sera jour pour jour l?anniversaire du fameux discours « I have a dream », prononcé par Martin Luther King en 1963. Et s?il est élu ? en janvier 2009 ? ce sera à quelques semaines du bicentenaire de la naissance de Lincoln, venu lui aussi de l?Illinois? Finalement, c?est la fille de John Kennedy, entre autres, qui choisira la vice-présidente désignée des démocrates ? de quoi faire enrager Mme Clinton ! Et puis, il y a la carte globale « Al Gore » qu?Obama garde en réserve pour mater Mc Cain? La deuxième campagne d?Obama s?annonce non moins riche en enseignements.
Mais d?ores et déjà, on devrait prendre la mesure du changement qui s?opère à travers le monde. Maurice n?y fait pas exception, n?en déplaise à nos politiciens. Alors que nos dirigeants politiques discutent, dans l?antre feutré du Trésor, de reforme électorale, il importe que la voix des citoyens soit entendue aussi. Les craintes d?abolir le « Best Loser System » sont-elles vraiment fondées ou proviennent-elles de ceux qui se servent d?un système pour garder leur place au soleil ? Aujourd?hui, avec le métissage, les réflexes d?hier ne tiennent plus.
A-t-on besoin d?un « pied banane » représentant telle ou telle communauté (limitées d?ailleurs à quatre depuis 1972 !), ou a-t-on besoin de compétences post-raciales ? Le « Best Loser System » nous condamne à regarder dans le rétroviseur de l?histoire.
Et ceux qui voient que ce système de perdants apporte une stabilité relative refusent de voir la balkanisation de l?électorat qui en résulte. Pour faire émerger des Obama mauriciens, pour faire reculer le communalisme, pour en finir avec les pratiques électorales actuelles, Maurice n?a plus besoin d?un « Best Loser System ». On a besoin de croire en notre destin commun, c?est tout.
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