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Où va l?humanité selon V. Beeharry-Panray
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Où va l?humanité selon V. Beeharry-Panray
Malcolm de Chazal aurait apprécié. Il aimait tant recréer le monde, à la mesure de son génie, et y situer la destinée de l?Homme de tous les temps et de tous les lieux, selon ses humeurs, ses lectures, le temps qu?il fait, des béotiens qui encombrent sa route et sa méditation ou qu?il parvient à éviter. La galerie, qui porte son nom, au Lake Point, Curepipe, accueille, jusqu?au 26, l?exposition « Quo Vadis ? » de Vijayluxmi Beeharry-Panray.
Disons tout de suite que l?intérêt est beaucoup plus philosophique et métaphysique qu?esthétique. Le contenu du message semble l?emporter, aux yeux de l?artiste, pardon de notre philosophe, sur les exigences graphiques et visuelles de son ?uvre. Les besoins de son explication cosmologique l?obligent à inclure des toiles, montrant, par exemple, les espaces infinis peuplés de constellations stellaires, de soleils, de systèmes planétaires. Ces toiles galactiques ont, bien sûr, peu de points communs artistiques avec d?autres ?uvres, dépeignant le drame de notre humanité, à l?aube de notre XXIe siècle.
Autre mérite de cette exposition : c?est une femme qui répond à la question métaphysique : où va notre humanité ? Le mérite est d?autant plus grand que ses réponses sont essentiellement féminines et donc plus rassurantes. Mieux vaut, en effet, un instinct maternel qu?une frustration machiste pour diriger notre monde et notre humanité.
L?on sait où nous a conduits le reproche éternel, fait par l?Homme (Adam) à la Femme (Ève), pour l?avoir séduit en lui tendant la pomme fatale, autrement dit « le fruit défendu » sous peine de devenir semblable au Créateur. L?accouchement de cette créature ou plutôt de cette nature, dont nous faisons partie, ne se fait pas sans mal. Délivrez-nous du mâle !
Notre monde souffre et crie sa souffrance. Cela donne un faux air de Munch à l?exposition Beeharry-Panray. Cri omniprésent mais qu?on retrouve aussi dans les titres, faisant la une de notre actualité. C?est le cri de la planète Terre surchauffée. Le singe sage préfère devenir muet plutôt que de devoir décrire les horreurs auxquelles il assiste bien malgré lui. Tout au long de l?exposition on le retrouvera se bouchant les oreilles ou les yeux.
La souffrance est affaire de sang, de blessures tant physiques que morales. Il y a distorsion entre le c?ur et le cerveau. Le sida en est un exemple bien malheureux. Des pouvoirs négatifs s?emparent de notre humanité. Nous aboutissons aux antipodes de la naissance de Vénus. Chez Beeharry-Panray, il faut davantage parler de descente aux enfers. Le tsunami du 25 décembre 2004 est l?exemple même de ces catastrophes, pouvant tout emporter sur leur passage simplement parce que l?homme refuse de respecter les lois de la nature. Mais combien sommes-nous à avoir encore peur du tsunami ? Nous privilégions nos plaisirs et nos intérêts au mépris de notre sécurité. Mais où pouvons-nous être absolument en sécurité sur notre terre ? L?insécurité n?est-elle pas notre lot quotidien, dès notre naissance ?
L?attentat terroriste du 11 septembre 2001, qui abat les tours jumelles, mais surtout géantes, arrogantes et provocantes, du World Trade Centre, est un autre exemple de la vision apocalyptique de Vijayluxmi Beeharry-Panray. Mais une forme féminine lumineuse engendre ici une lueur d?espérance. Nous sommes loin de l?impuissance de la Femme, voyant le tsunami emporter, dans ses flots déchaînés, ses enfants, leurs demeures et leurs fausses sécurités.
Une réconciliation avec la Nature
Le nouveau Messie, selon notre artiste, sera une femme. Elle répond aux appels au secours du genre humain désorienté et déboussolé. Le salut de l?Humanité passe par une réconciliation avec la Nature, comprenant bien sûr un meilleur respect de celle-ci. Étrange destinée que notre Humanité. Au moment où tout un chacun commence à comprendre toute la complexité et surtout la fragilité de tout écosystème, les grands décideurs refusent systématiquement d?écouter la voix de la sagesse et continuent à accentuer l?effet de serre, à mettre en danger notre indispensable couche d?ozone. Les intérêts des bailleurs de fonds des politiciens les plus puissants de notre monde et de notre temps passent avant ceux de notre planète Terre.
L?expérience artistique tentée par Vijayluxmi Beeharry-Panray n?est pas de tout repos. Il est difficile d?extraire une ?uvre de l?ensemble qui se comprend comme un tout. Toute dispersion des éléments rend le tout inintelligible ou presque. Le message métaphysique est tellement fort qu?on oublie de porter un jugement esthétique sur la peinture de l?artiste. On voudrait même le faire qu?on se retient, en prenant compte de son besoin d?exprimer, dans sa totalité, sa vision du monde et de la place qu?occupe l?homme.
Vijayluxmi Beeharry-Panray a étudié les Beaux-Arts à l?université des Nouvelles-Galles du Sud en Australie et à l?université de Manipal, Bangalore, Inde, après s?être initiée à l?université de Maurice. Elle a enseigné dans nos écoles et à l?Institut Mahatma-Gandhi.
Elle met sa maîtrise et son expérience à la disposition de femmes victimes de violence, entre autres domestique, et ayant dû frapper aux portes des centres de refuges pour femmes battues. Elle a déjà participé à des expositions collectives en Australie, à Durban, au Botswana et en Inde. Les quelques sculptures, exposées à Curepipe, montrent qu?elle manie aussi bien les ciseaux que les pinceaux.
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