Publicité
Où en sont les préjugés ?
«Li ti pe drogue. Li normal line trappe sida », « Sane la ene prostituee, li merite », « Moi mo pas homosexuel, mo pas pou gagne sida » : autant de petites phrases assassines que nous entendons au quotidien. Peut-être même en avons-nous déjà été les auteurs ? La majorité des gens se dit que cela n’arrive qu’aux autres, qu’elle est à l’abri du virus et qu’elle ne court aucun risque. Et son regard à l’égard des séropositifs est des plus sévères.
Les gens associent la maladie à la mort, et ces malades, à des dangers ambulants ! « Le sida est considéré comme une malédiction au sein de la société.
Rien qu’à l’idée de contracter le virus, plusieurs jeunes songent à se suicider, car ils ont peur d’être rejetés ou ont peur du regard qui leur sera lancé par la société », déclare Francesca, 26 ans, membre de la Croix Rouge, qui effectue de la prévention à Rodrigues et à Maurice. C’est qu’il fait peur le qu’en dira-t-on ! Pourquoi a-t-on des préjugés ?
À cause d’un manque d’informations au sujet du sida. Trop de gens ne comprennent pas encore ce qu’est véritablement le VIH, comment il se transmet, évolue et comment il se traite.
<B>« Les séropositifs sont des victimes de la société »</B>
« Hormis le manque d’informations, il y a aussi l’ignorance. Prenons un exemple.
Si nous expliquons que la maladie ne se transmet pas par piqûre d’insecte, certaines personnes ne le croient pas. Elles sont cantonnées dans leur propre idéologie, convaincues qu’il s’agit d’un mode de transmission.
Du coup, elles méprisent les vrais informations et en font volontairement fi », assure Renaud Ng Man Sun, médecin de la Aids Unit. Ainsi, on véhicule beaucoup de fausses conceptions des modes de transmission.
Le sida est aussi associé, à tort, aux modes de vie des groupes dits « à risques élevés » plutôt qu'à certaines activités comportant des risques. « Pendant longtemps, le VIH était contracté surtout par voie sexuelle. Cela donnait lieu à plusieurs fantasmes à ce sujet à l’encontre des homosexuels ou des prostituées. Maintenant, on remarque qu’il y a davantage de contaminations par voie intraveineuse, donc par des drogués qui s’échangent les seringues. On stigmatise déjà ces groupes à risque et si ces derniers sont en plus atteints du VIH, cela rajoute aux préjugés », affirme Nicolas Ritter, porte-parole de l’association Prévention information et lutte contre le sida (PILS).
Et au Dr Renaud Ng Man Sun, d’ajouter : « Dans le cas de contamination par voie intraveineuse, les séropositifs sont doublement marginalisés. C’est dommage car en vérité tout le monde est vulnérable, vous comme moi. Ce n’est pas parce que je porte une cravate, que je ne me drogue pas ou que je ne me prostitue pas, que je ne suis pas exposé au risque du VIH. Les séropositifs sont des victimes de la société. Qui voudrait tomber dans l’enfer de la drogue, de la prostitution ou de la séropositivité ? Personne.
C’est par la force des choses. On se dit que ce sont des toxicomanes, des prostituées ou des homosexuels qui ont le virus, pas nous. »
De qui émanent ces préjugés ? A priori de la famille du séropositif, qui choquée par l’annonce de la maladie, ne l’accepte pas. Certains proches coupent alors tout lien avec la personne infectée. Puis, il y a aussi l’entourage immédiat – amis, voisins, collègues de travail, employeurs. Les préjugés proviennent également du personnel hospitalier, qui se montre parfois très réticent à s’approcher des séropositifs qui viennent pour des soins.
On rejette, on pointe du doigt, on critique, on se dit que les séropositifs méritent bien ce qui leur arrive. Mais mérite-t-on de tomber malade ? Peut-on condamner un enfant, encore dans le ventre de sa mère, d’avoir le virus du sida ? Et une femme au foyer ? Car 50 % des femmes infectées sont des ménagères ! Bien sûr, il y a des groupes plus à risque que d’autres, mais il faut aussi être réaliste. On est tous vulnérables.
<B>Combler le manque d’informations</B>
Les préjugés ont des répercussions sur les séropositifs, qui vont réagir par la révolte ou se murer dans le silence. Par conséquent, cela décourage à faire le test de dépistage et contraint les séropositifs à cacher leur maladie et à en avoir honte. Selon l’Unicef, environ 60 % d’enfants séropositifs à l’étranger étaient scolarisés en 2004 et ceux qui allaient à l’école pouvaient le faire à condition de garder leur maladie secrète. Car beaucoup de gens pensent qu’il faut isoler les malades et ne pas les mélanger à la population saine !
Comment faire pour empêcher ces préjugés ? Pour le Dr Renaud Ng Man Sun, il faut impérativement combler le manque d’informations : « Il faut donner les informations, mais aussi impliquer davantage les séropositifs dans le combat car s’ils viennent de l’avant publiquement, les préjugés vont diminuer. »
Mais il faut aussi que tout le monde mette la main à la pâte pour permettre de les briser. Selon Benjamin Alli, coordinateur au Bureau international du travail, qui a animé une conférence organisée par la MEF sur le sida cette semaine, il faut agir de manière responsable : « Il y a tant de discrimination et de préjugés dans le monde, surtout dans celui du travail. Il ne faut pas rejeter les séropositifs ou se contenter de réfléchir uniquement en terme de productivité, mais assumer sa responsabilité sociale.
Les employeurs doivent soutenir les séropositifs. »
Pour Nicolas Ritter, hormis les campagnes d’informations et de sensibilisation, il faut aussi que la volonté vienne de l’État : « On ne peut pas effacer ces préjugés d’un coup de baguette magique.
C’est un travail de longue haleine nécessitant une forte mobilisation politique. »
<B>Dépistage et traitement</B>
Si vous pensez qu’il y a un risque que vous ayez contracté le virus, il faut faire un test de dépistage. Mais sachez que la maladie ne peut être détectée le lendemain d’une probable contamination. En général, il faut attendre trois semaines, voire trois mois pour déceler la particule virale. Cela s’appelle la période de fenêtre.
Le dépistage se fait à l’hôpital et débute avec un conselling, puis se poursuit avec une prise de sang.
Le prélèvement sanguin est ensuite transmis au centre de virologie de Candos. Au bout de deux jours les résultats sont communiqués. Si le test s’avère négatif, cela confirme l’absence du virus.
Par contre, s’il est positif, il faut faire un nouveau prélèvement sanguin. Si ce deuxième test est positif, cela indique que la personne est séropositive, donc porteuse du virus. Elle n’a pas encore le sida à ce stade. Dans ce cas, un traitement antirétroviral est nécessaire pour retarder la progression du virus. Cette trithérapie est composée d’AZT, de néviprane et d’amivudine. Les traitements sont prodigués dans plusieurs centres de santé comme celui de Bouloux, à Cassis.
<B>Les modes de transmission</B>
Le VIH vit dans le sang, le sperme et les secrétions vaginales. On peut être contaminé lors de relations sexuelles non protégées avec une personne infectée, par l’échange de seringues ou d’aiguilles souillées. Enfin une mère infectée peut transmettre le virus à son bébé pendant la grossesse.
<B>Il ne s’attrape pas :</B>
■ En vivant avec des personnes atteintes du sida
■ En partageant tasses, verres, couverts
■ En utilisant ses vêtements
■En s’asseyant à côté d’elle ou en jouant avec elle
■ En nageant dans la même piscine ou rivière
■ Chez le coiffeur
■ Par des piqûres de moustique
■ En embrassant et en touchant une personne séropositive
■ En toussant, éternuant ou en parlant.
<B>Le virus</B>
Le sida (syndrome de l’immuno déficience acquise), est une maladie provoquée par un virus qui s’attaque au système immunitaire.
Le système immunitaire permet à notre organisme de se défendre contre les microbes, bactéries, champignons microscopiques, parasites et autres agresseurs, grâce à certaines catégories de globules blancs : les lymphocytes, sorte de gendarmes qui patrouillent en permanence. Il y a deux types de lymphocytes : T et B. Parmi eux, les T4 considérés comme le chef des opérations de défense.
Le virus du sida les attaque avant même qu’ils puissent combattre, paralysant ainsi les défenses. L’organisme devient donc vulnérable. Une simple grippe, par exemple, pourra prendre des proportions alarmantes chez une personne séropositive, c’est-à-dire infectée par le virus. Cette vulnérabilité peut ouvrir la porte à ce qu’on appelle des maladies opportunistes : pneumonies, certains types de cancer, etc. Un séropositif peut vivre plusieurs années sans développer le sida. Mais, même s’il paraît en bonne santé et sans aucun symptôme, il peut transmettre le virus à une autre personne.
Les activités</B>
Depuis le 1er décembre, marqué par la Journée mondiale de lutte contre le sida et dont le thème cette année était « Stop sida, tenons nos promesses », plusieurs activités ont été organisées. À commencer par la quête annuelle qui a duré jusqu’au 3 décembre et une campagne de prévention sur des panneaux publicitaires, des affiches et des autocollants qui a débuté la semaine dernière.
Le 6 décembre, le collectif Toxsida, incluant le Centre de solidarité, Chrysalide, le Centre Idriss Goomany, le Groupe A de Cassis, Étoile d’Espérance et PILS, présente un spectacle au Plaza, de 18 h 00 à 22 h 00. Plusieurs artistes de Maurice et de la région se produiront comme Jojob de Madagascar, Jean-Marc Volcy des Seychelles, Salim Ali Amer des Comores, Benjam de la Réunion, Eric Triton, et les Street Brothers. Du 7 au 8 décembre, il y aura un cyclo-rallye où une cinquantaine de jeunes de Flacq sillonneront la région à bicyclette pour sensibiliser les habitants sur le VIH.
Le départ est prévu à 10 h 00. Le 10 décembre, la même opération aura lieu sous le thème de « Each One Reach One », mais ce ne sera pas à vélo. Des jeunes de la localité partageront des informations relatives à la maladie au Square Khadafi.
Publicité
Publicité
Les plus récents