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Où en sont les femmes ?
Faire le ménage, avoir des enfants, s?en occuper, trouver le temps de vivre et, en plus, travailler. Un véritable exploit qu?accomplissent 200 000 Mauri-ciennes tous les jours. Leur journée n?est pas de tout repos : de retour à la maison, elles se dévouent, chaque semaine, 30 heures durant aux tâches domestiques, alors que les hommes n?y consacrent que huit heures.
Cet exploit est encore plus grand puisque notre société, comme celle d?autres pays, est encore inégale vis-à-vis des femmes. Certes, des progrès ont été accomplis et des discriminations corrigées, sous la pression radicale des mouvements féministes, commencée dans les années 1975 avec des pionnières comme Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Sheila Bappoo ou Vidula Nababsing? «Outre la célébration des droits acquis jusqu?ici, la Journée internationale de la femme, le 8 mars, doit être aussi l?occasion de réfléchir sur les moyens d?améliorer encore sa condition», déclare la ministre des Droits de la femme, Arianne Navarre-Marie. Elle a raison : le chemin pour combattre le machisme reste long...
Et ce, même si les mentalités d?antan ont évolué, les règles d?hier ont changé. Dans la vie privée, la femme prend désormais l?initiative des rapports amoureux, se marie plus tard qu?avant, privilégie ses études et rêve d?une carrière professionnelle. Et aujourd?hui de nombreuses professions, hier bastions des hommes, se sont féminisées : ingénierie, médecine, comptabilité, juridique, receveurs d?autobus, grosse mécanique, etc.
«Dans les années 1980, c?est la zone franche qui a permis à nombre de Mauriciennes d?avoir un premier salaire qu?elles consacraient aux besoins de la famille, pour l?éducation des enfants», explique le sociolgue Jean-Claude Lau Thi Keng, qui mène une étude sur l?impact des fermetures d?usines sur les ouvrières, premières victimes de la mondialisation.
Un maximum de Rs 4 000
Deux décennies après, la tendance est inchangée. Un peu plus de la moitié des femmes qui travaillent sont employées dans les secteurs manufacturier et agricole et 60 % d?entre elles sont artisans ou opératrices et touchent un maximum de Rs 4 000, selon le Bureau central des statistiques. Cette tendance n?est pas propre à Maurice. Les femmes gagnent à peine 10 % des revenus mondiaux ! «La femme a eu un retard historique à combler. Au départ, son rôle était confiné à celui de mère, responsable de la cellule familiale. Puis elle est partie à l?école, comme les garçons. Tout cela a beaucoup changé aujourd?hui, mais il faut un peu de patience pour que cela soit bien visible dans la société», estime la psychosociologue Paula Lew Fai.
Le secteur de l?Education, où on recense une concentration de main-d?oeuvre féminine, illustre bien la position des femmes à différents échelons : à la maternelle, elles assurent à 100 %, dans le primaire elles représentent les trois-quarts du personnel, environ la moitié dans le secondaire et beaucoup moins dans l?enseignement supérieur. Le Dr Ameenah Gurib-Fakim, l?une des rares à faire de la recherche scientifique à Maurice, estime que «cette tendance changera car les femmes ont prouvé qu?elles sont meilleures dans les études que les hommes. Mais il faut aussi qu?elles résistent aux pressions sociales et qu?elles se battent pour avancer.»
Si dans la fonction publique, au niveau des Clerical Jobs, les femmes sont trois fois plus nombreuses que leurs collègues masculins, c?est en grande partie à cause du statut qui offre une égalité de traitement entre individus. L?avancement étant assuré par l?ancienneté. Malgré cela, quand on arrive au sommet de la pyramide, elles ne sont que neuf à atteindre le poste de secrétaire permanent contre 19 hommes. Dans le judiciaire la tendance est meilleure : 45 % du Senior Staff sont des femmes : Sur les 12 Senior District Magistrates, elles sont 9 et sur les neuf Puisne Judges, elles sont 4. Mais le symbole suprême serait d?avoir un jour une femme chef juge?
Dans le privé, le constat est terrible. Ici la carrière de la femme semble évoluer entre sol de plomb où il est difficile de décoller et plafond de verre qu?on ne peut percer. Elles sont seulement 5 % à atteindre les cercles du pouvoir des Top 100 Companies, fait ressortir une étude de Pricewater-houseCoopers. Un pourcentage six fois inférieur à celui du service public!
Doit-on alors conclure que les femmes ne sont pas faites pour des métiers qui combinent haut niveau d?études et fortes responsabilités ? «Trois fois non», répond énergiquement Paula Lew Fai. «C?est assez difficile de comprendre que bien qu?ayant les mêmes compétences au départ, les femmes n?accèdent pas à un niveau hiérarchique élevé. Il faut beaucoup d?advocacy pour que les choses changent, pour qu?on soit perçu comme un Equal Opportunity Employer en termes de gender», dit Josie Lapierre, consultante du Group Chief Executive du groupe Swan.
Anne Robert, Corporate Affairs and Communication Manager chez Rogers, ne cache pas qu?il faut davantage s?investir dans le privé que dans le public pour arriver à percer :«Il n?est pas étonnant que beaucoup de femmes décrochent souvent pour une activité moins prenante. Je l?ai fait moi-même après la naissance de ma fille. Quand on est femme, on sait que sa carrière ne peut être réglée comme du papier musique?»
Dans la presse également, univers considéré comme rude à cause de ses horaires, il y a de plus en plus de journalistes femmes depuis ces dernières années. «Quand j?ai débuté dans la presse en 1985, j?ai été pendant un moment la seule femme au sein de ma rédaction. Je ne peux pas dire que cela m?ait posé de problèmes particuliers. L?expérience fut au contraire très enrichissante. Depuis, j?ai pu voir un nombre grandissant de femmes faire leur entrée dans le métier», raconte notre consoeur de Week-End, Shenaz Patel. Si le nombre de femmes a augmenté dans les rédactions, elle note cependant « qu?il y a eu jusqu?ici peu de femmes rédactrices en chef ». Shenaz Patel salue la présence des « femmes éditorialistes, ce qui est important, car cela peut permettre de mettre en avant certaines réalités et questions qui n?auraient peut-être pas été abordées autrement, en fonction d?une expérience du monde et d?un vécu qui ne sont pas forcément les mêmes que ceux des hommes.»
Moins médiatisées
Si les salles de rédaction se sont féminisées, cela n?a pas changé le fait que les femmes demeurent de loin moins médiatisées que les hommes, observe Lindsey Collen du Mou-vement Libération Fam : «Quand elles sont citées dans les médias, c?est bien souvent en fonction de leur statut marital, en tant qu?épouse d?untel?»
Si les femmes représentent plus de la moitié de la population (environ 51 %), au Parlement, elles ne sont que 4,5 % du nombre total de députés et il n?y a qu?une femme ministre. Nous sommes bien loin du gouvernement du chancelier Schröder où siègent sept femmes sur quatorze ministres. «Si la démocratie veut vraiment dire A government of the people, by the people and for the people, il faut se demander pourquoi plus de 50 % de ce ?people? est représenté que par 4,5 % des femmes au Parlement», s?élève la sociologue Sheila Bunwaree.
Maurice n?est pas prête à remonter le classement de représentation démocratique, où elle est devancée par la plupart des pays africains. Et pour cause, les deux partenaires du gouvernement ne sont pas d?accord sur la formule à adopter pour l?introduction de davantage de femmes au Parlement : le MMM est pour un quota alors que le MSM est contre cette proposition. Entre les tergiversations, plus d?une s?impatiente, car dans la pratique, on ne peut faire autrement que de corriger cette anomalie discriminatoire. «En ratifiant l?article 4.1 de la Convention contre la discrimination des femmes, Maurice est tenue à rétablir l?équilibre», lance Me Pramila Patten. Les féministes l?ont toujours clâmé, en reprenant la célèbre phrase de Simone de Beauvoir : «Le principal problème des femmes, ce sont les hommes.»
Mais un groupe de femmes, des néo-féministes, ambitionnent une révolution à leur manière. Un forum aura lieu mercredi , dont le thème est Les femmes au pouvoir. Il se veut être un déclic pour identifier des « avenues de construction pour un futur où les femmes conquéront enfin la place qui leur revient au sein de la société», explique Josie Lapierre, présidente du club Soroptimist de Port-Louis, qui organise ce forum.
Dans la pratique, la rebellion des femmes se prépare. L?informatique, attire de plus en plus de jeunes femmes. Rookaya Kasenally, chargée de cours à l?université de Maurice, craint que les femmes soient davantage englouties vers le «lower end» des nouvelles technologies, c?est-à-dire dans les call centres. Mais dans le parc informatique de La Tour Koenig, une lueur d?espoir fraye son petit bonhomme de chemin. Elles s?appellent Ameeta, Naseema, Shamnaz, Natacha, Anoushka et sont âgées de 22 ans. Après leurs études en informatique à l?université de Maurice, elles ont rejoint la filiale locale de la firme française Aztec, qui a récemment recruté des ingénieurs informatiques, dont la majorité sont des filles. Elles reviennent d?un stage de perfectionnement à Grenoble (France) et aujourd?hui travaillent, en ligne, avec le géant Hewlett Packard. «Elles ont surpris les formateurs français par leur motivation d?apprendre encore plus», relate fièrement Paula Lew Fai, l?une des directrices d?Aztec. Dans quelques semaines, elles seront logées à la cybertour. Elles incarnent les femmes de demain, celles à la pointe de la technologie, sans complexe, déterminées et ambitieuses?
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