Publicité
?Nul n?est tenu de faire l?impossible?
● Malgré les grands progrès de la néonatalogie, vous êtes souvent confronté à la mort?
Effectivement, nous enregistrons un décès sur deux parmi les bébés prématurés que nous accueillons dans notre institut. Le nombre d?enfants nés avant terme est en augmentation. Les grands prématurés, ceux nés à 29 semaines avec un poids de naissance compris entre 1 000 grammes et 1 500 grammes sont des enfants menacés mais qui bénéficient des grands progrès de la néonatalogie. Plus ces enfants naissent tôt, plus ils sont petits, plus leur démarrage dans la vie est délicat. Placés dans un incubateur, ils continuent à se développer au même rythme que s?ils étaient dans l?utérus maternel. Leur séjour varie de quelques semaines à plusieurs mois selon leur état. À leur sortie, leur poids doit être environ de 2 kg 400 et ces enfants doivent être capables de boire au biberon.
● Récemment les médias ont largement parlé d?Amelia, la petite américaine née à 22 semaines et 5 jours. Quel est le plus ?jeune? bébé que vous avez eu à soigner jusqu?ici ?
Le plus jeune était né à 22 semaines de gestation. Il ne pesait que 450 grammes. Amelia ne pesait que 284 grammes à sa naissance. À sa sortie d?hôpital, elle pesait 1 080 grammes et présentait un petit périmètre crânien. Les médecins qui l?ont soigné ont dit qu?elle se portait bien, mais je ne partage pas cet avis même si aucun prématuré n?est identique à un autre de même âge et de même poids. Il y a toujours un risque de séquelles importantes.
● Pour quelles raisons ?
Parce que le périmètre crânien reflète le développement du cerveau. À 18 semaines, chez le f?tus, des cellules migrent jusqu?au cortex et vers la fin de 24 semaines, il y a une connexion qui se fait entre ces cellules. Ce qui permettra plus tard à l?enfant de tenir un stylo entre les doigts pour écrire par exemple. Et chez nous, nous nous assurons que l?enfant est capable de faire ces petites choses qui paraissent évidentes en le soumettant à un bilan médical dès l?âge de six ans. S?il y a des lésions au cerveau, c?est là qu?on les découvrira.
● Pourtant pour nombre de parents, le fait de pouvoir sauver un enfant très prématuré, cela constitue une lueur d?espoir?
Ils sont très peu à le penser ici en France. D?ailleurs le Comité national de l?éthique considère qu?il est immoral de réanimer un enfant de cet âge compte tenu des complications qui s?ensuivront. Il faut savoir toutefois que les scientifiques singapouriens ont découvert qu?un bébé prématuré présente plus de chance de survie s?il s?agit d?une petite fille de race noire. La durée de la gestation n?est pas la même pour toutes les races. La petite fille noire a une semaine d?écart en termes de maturation. Ce sont des nuances qui ont leur importance.
● Mais refuser de réanimer un enfant de cet âge, aussi prématuré soit-il, n?équivaut-il pas à une non-assistance à personne en danger ?
Non, parce que nul n?est tenu de faire l?impossible. Parce que c?est offrir une vie de souffrance à un être humain.
● Avez-vous des nouvelles des enfants que vous avez sauvés par réanimation ?
On ne peut faire ce genre de médecine sans un suivi. Parmi ceux qui ont été réanimés, 10 % présentent des problèmes cérébraux, et parmi ceux-là, un seul est handicapé. 40 % n?ont aucun problème de santé et les 40 % restants sont considérés comme des enfants très agités et ont des difficultés scolaires.
● Lorsque la réanimation ne donne pas de résultat et que vous trouvez qu?il serait inutile de continuer, comment l?annoncez-vous aux parents ?
Nous leur disons que continuer équivaudrait à de l?acharnement thérapeutique et que nous pensons qu?il faille suspendre la réanimation. La plupart des parents sont d?accord avec nous et nous faisons de sorte que l?enfant, qui était pendant ce temps sous assistance respiratoire, connaisse une mort sans douleur.
● Y a-t-il des parents qui refusent de voir partir leur bébé ?
Chez des bébés prématurés, c?est assez exceptionnel que les parents refusent. Mais il arrive que l?opposition soit de nature religieuse. Alors on peut proposer aux parents une consultation éthico-religieuse avec un homme religieux. Chaque grande religion a son représentant. Avant qu?ils n?aillent à sa rencontre, nous leur remettons un bref historique de l?enfant qu?ils devront soumettre à l?homme religieux. Le fait qu?ils l?aient lu les amène à voir la réalité. Et ils comprennent, pour la plupart, la situation sans qu?ils n?aient à se rendre à cette réunion.
Propos recueillis par Bindu BOYJOO
L?Institut de puériculture et de périnatalogie qui se trouve dans le 14e arrondissement à Paris est un hôpital avec un centre de médecine f?tale, une maternité de niveau 3, un service de pédiatrie néonatale, soins intensifs et réanimation néonatale et des consultations pour le suivi des prématurés. L?Institut offre aussi les services de laboratoires spécialisés, d?une Protection maternelle infantile, entre autres.
Publicité
Publicité
Les plus récents