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NRB : beaucoup d?ambitions mais peu de moyens

8 juin 2008, 00:00

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La semaine dernière, 83 000 fonctionnaires retrouvaient le sourire avec les 37 % d?augmentation moyenne accordés par le Pay Research Bureau. Aujourd?hui, ce sont les employés du secteur privé qui se demandent ce que leur réserve le National Remuneration Board. Mais selon certains, il ne faudrait pas s?attendre à autant de générosité?

Certains l?ont accueilli comme l?incarnation d?un changement drastique dans la culture du travail à Maurice. Le rapport 2008 du Pay Research Bureau (PRB) a accordé une augmentation d?environ 37 % en moyenne aux fonctionnaires la semaine dernière. Mais si globalement, ce rapport a été bien accueilli par environ 83 000 fonctionnaires, plus du triple de ce nombre exerçant dans le privé n?avait qu?une question aux lèvres : « Et nous alors ? » Mais leurs salaires sont suivis et jaugés par une tout autre instance : le National Renumeration Board (NRB).

Pendant des années, la différence entre la rémunération entre le secteur privé et le secteur public se justifiait par les compétences, les responsabilités, mais surtout par la performance. Aujourd?hui, l?équilibre est rétabli, et les rémunérations du secteur public dépassent même celles du privé dans certains cas. La réaction était prévisible. Plusieurs voix se sont élevées pour demander que le NRB s?aligne sur le PRB, afin de déboucher à des recommandations similaires pour les autres 250 000 employés.

« On ne peut pas comparer le secteur public au secteur privé. Ce sont deux entités différentes, fonctionnant différemment et obéissant à des règles différentes », soutient Marion Hélène, président du NRB. « Le NRB ne peut fonctionner de la même façon que le PRB. » Car à l?inverse du secteur public, le secteur privé est composé de plusieurs secteurs, qui sont eux-mêmes fragmentés en plusieurs industries.

Et ces industries sont, elles, sujettes à des appréciations et à des évaluations diverses selon leur performance et leur productivité. Eléments que le NRB prend en considération lors de ses consultations. « Nous prenons en compte la taille de l?entreprise. Certaines sont des franchises de multinationales, d?autres de grands groupes mauriciens. Mais il y a aussi de petites entreprises familiales qui n?ont pas les mêmes capacités à payer », poursuit Marion Hélène.

« Cette absence d?homogénéité nous oblige à nous pencher sur chaque secteur individuellement. Le PRB n?a pas ces spécificités à prendre en compte, dont la capacité à payer des entreprises sans risquer gros », rajoute-t-il. « De toute façon, qui a déjà entendu parler d?un organisme de l?État qui a mis les clés sous la porte pour cause de faillite ? » Autant de différences qui balayent d?un revers de main toute comparaison possible entre le PRB et le NRB.

Ces différences sont d?ailleurs reprises par la Mauritius Employers Federation (MEF). « Il faut savoir que les conditions qui prévalent dans le secteur privé et le secteur public ne sont pas les mêmes. Dans ce dernier, il n?y a qu?un employeur, alors que dans le secteur privé, il y en a plusieurs », explique Laval Wong Moi Sang, conseiller auprès de la MEF. « Dans le secteur privé, il y a 29 Remuneration Orders (NdlR : une recommandation du NRB avalisée par le Conseil des ministres et ayant force de loi) pour des secteurs d?activités qui sont variables et diversifiés. »

« Aucune obligation de s?aligner sur le public »</B>

Mais ces raisons n?excusent en rien ce que les employés du privé reprochent au NRB. Car des reproches, il y en a. Les syndicats citent l?exemple de Remuneration Orders qui n?ont pas été mis à jour depuis 25 ans dans le secteur de la zone franche. Ou encore des recommandations qui n?ont jamais été appliquées dans beaucoup de cas. « La raison est que les recommandations du NRB n?ont pas force de loi. Le patronat peut les contester », avance Giandev Peeharry, président de la Federation of Progressive Unions (FPU).

Et l?exemple de Rose-Hill Transport et, plus récemment de Securicor, qui ont eu recours au judiciaire pour contester les décisions du NRB, illustrent parfaitement cela. Mais la discrétion dont fait preuvele NRB par rapport au PRB, alors qu?ils?occupe de 75 % de la main-d??uvre à Maurice, est plus profonde. « D?abord les responsables du NRB ont toujours été des nominés politiques. Et quelque part, le NRB se retrouve à la merci du ministère du Travail », affirme Giandev Peeharry. Ainsi, le manque d?indépendance ou d?autonomie est fortement décrié.

Mais malgré cette disparité entre les deux institutions, les mandats du PRB et du NRB se rapprochent. « Le rôle du NRB est celui d?une institution visant à donner aux employés du secteur privé un salaire décent », affirme le syndicaliste Reaz Chuttoo. «

Et il est légitime que les employés du secteur privé s?attendent à être compensés, alors que les employés du secteur public ont vu leur perte de pouvoir d?achat rattrapée par les recommandations du PRB. »

Mais le patronat du secteur privé ne voit pas cela du même ?il. « Le secteur privé n?a aucune obligation de s?aligner sur le secteur public. Tout employé obtient un contrat de travail dans lequel ses salaires sont stipulés », précise Laval Wong Moi Sang. « L?employé peut passer par la filière établie au sein de son entreprise pour discuter de son salaire. De toute façon, le NRB est une institution qui ne peut donner que le minimum. »

Une idée sur laquelle Marion Hélène s?aligne, reconnaissant les limites du NRB. « Le PRB propose un minimum qui quelque part est un aussi un maximum. Le secteur public ne peut négocier, à l?inverse du secteur privé. Le NRB n?est pas une fin, mais ouvre la porte aux syndicats pour négocier avec le patronat. » Mais force est de constater que malgré la présence de syndicats dans le secteur privé, les négociations sont rares, ou sinon disparates. Car, comme le démontre Reeaz Chuttoo, seulement 15 % des employés du secteur privé sont syndiqués.

« Il n?y a aucune synergie au niveau des employés du secteur privé. C?est l?une des raisons pour lesquelles certains employeurs irrespectueux du droit des travailleurs se permettent de ne pas respecter les recommandations du NRB », déplore-t-il. Car un Remuneration Order ne concerne qu?une fraction de la main-d??uvre du privé.

Et à l?image des secteurs qui ne touchent que 200 personnes, les autres employés du privé ne se soucient guère de ce qui ne les concerne pas.

Cette absence de solidarité ronge le pouvoir de négociation des employés du secteur privé. Et faute d?avoir la possibilité de compter sur le NRB pour s?imposer sur les employeurs, les travailleurs du secteur privé ne peuvent espérer grand-chose. La seule voie de se voir accorder une augmentation demeure donc, les négociations individuelles.

<B>En chiffres</B>

  1. C?est l?année où le National Remuneration Board a été institué, alors que le Pay Research Bureau a été mis sur pied en 1987. Toutefois, ces deux instances ont été maintes fois remises en question, notamment par le rapport du professeur singapourien, Lim Chong Yan.

75 %. C?est le ratio de la main-d??uvre nationale que touche le National Remuneration Board. Les 25 % restants de la population active, dont le nombre oscille autour de 400 000 personnes sont, quant à eux, concernés par le Pay Research Bureau.

29 secteurs distincts et hétérogènes composent le secteur privé. Le National Remuneration Board s?affaire à organiser des rounds de consultations avec les parties prenantes de chaque secteur, avant de publier leurs recommandations.

  1. C?est le nombre d?officiers et de techniciens qui s?occupent de l?organisation du travail du National Remuneration Board, en dehors du corps administratif et du Chairman de l?institution.

En comparaison, le Pay Research Bureau est constitué d?une équipe d?environ une cinquantaine d?officiers.

25 ans que les Remuneration Orders de la zone franche n?ont pas été mis à jour. Dans certains de ces cas, même si les décrets avalisés par le Conseil des ministres ont été proclamés, les employeurs ont toutefois refusé de les appliquer.

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