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Nouvelles méthodes et grincements de dents
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Nouvelles méthodes et grincements de dents
Premier étage de l?IKS Building, où se trouve le siège de la douane, mercredi. L?absence de Customs Clerks dans les couloirs et les bureaux, la nouvelle couche de peinture d?un bleu pâle que des douaniers, eux-mêmes, ont appliqué sur les classeurs ainsi que les deux écrans d?ordinateur installés au deuxième étage laissent Marc, Customs Clerk dans une entreprise privée, totalement indifférent. Il a du mal à s?adapter au nouveau système de traitement des récépissés de déchargement ou de dédouanement. La première phase du plan de réforme de Bert Cunningham, le contrôleur des douanes, est en vigueur depuis 48 heures à peine.
Cette phase consiste à remplacer le traitement de récépissés de chargement ou de déchargement de marchandises (bill of lading) par un système informatisé. L?ancienne méthode mettait les Customs Clerks en relation avec les douaniers tout au long de la procédure. La nouvelle élimine presque toutes les situations où ils sont en contact direct avec les douaniers.
« Du jamais vu »
Depuis lundi, c?est la grogne parmi les Customs Clerks et dans une moindre mesure au niveau de la Chambre du commerce et d?industrie (CCI) et de la Mauritius Export Processing Zone Association (Mepza) qui estiment que cette première phase aurait dû être reportée au début de l?année prochaine à cause des retards dans le dédouanement des marchandises qu?elle provoque. Même si la Mepza, la CCI, l?Association des courtiers maritimes, l?Association des transitaires professionnels et le syndicat des douaniers accueillent favorablement la nécessité d?une réforme.
Pour un Customs Clerk visiblement hors de lui, le nouveau système ne luttera pas plus contre la corruption. « Avant, on versait une récompense pour accélérer le traitement des dossiers. Le nouveau système va encourager davantage la corruption. Qui peut empêcher un Customs Clerk ou n?importe qui d?utiliser son téléphone pour contacter un douanier ? On aurait dû garder le même système. Vous voyez le résultat : il y a des retards partout dans le traitement des dossiers. Personne ne peut combattre la corruption à la douane », assure-t-il.
« Cela ne peut plus continuer », déclare Iqbal à Mamode Aniff Khodaboccus, Principal Customs & Excise Officer. « Pas moins de 45 dossiers déposés il y a deux jours n?ont pas été traités. C?est du jamais vu. Mes clients me harcèlent. Les dossiers des cargaisons expédiées à l?unité de vérification des produits importés située à Mer-Rouge n?ont pas été traités non plus. Mes clients ignorent le montant qu?ils vont payer pour chaque jour supplémentaire où les marchandises restent au dépôt. Et qui va payer la note si ce ne sont pas les consommateurs eux-mêmes ? Je suis le premier à applaudir le contrôleur des douanes pour sa réforme. Mais il a mal choisi son moment. Il aurait dû la reporter au début de l?année prochaine. »
Derrière les trois comptoirs, les douaniers restent impassibles. Les protestations des Customs Clerks ne les intimident guère. Ils réceptionnent les dossiers pour lesquels les paiements exigés ont été déjà effectués. Après les avoir examinés, les douaniers leur attribuent une couleur. Le vert indique que la livraison des marchandises se fera rapidement parce que toutes les informations ont été fournies. Le jaune est attribué aux dossiers traitant de produits pour lesquels une autorisation spéciale est exigée. Le rouge impose une vérification systématique des produits avant leur livraison.
Les dossiers verts et jaunes sont ensuite examinés par des Com-pliance Officers. Auparavant, il n?était pas rare de voir quatre ou cinq Customs Clerks autour de chacun d?entre eux. Aujourd?hui, c?est fini. « Je peux me concentrer davantage sur mon travail. C?est plus agréable de travailler. Le public n?a pas accès à notre bureau. Avant, c?était une véritable pagaille », explique un douanier.
Les bureaux des douaniers chargés d?effectuer une contre-vérification des dossiers déjà approuvés se trouvent plus loin. L?environnement climatisé incite une bonne partie des douaniers à manger sur place. « Nous ne traitons pas moins de 400 dossiers par jour. L?idéal est de les examiner un par un. Cela exigera un personnel plus conséquent. Nous contre-vérifions un maximum de dossiers », assure l?un d?entre eux.
Plus au fond, dans une salle inaccessible au grand public, nous entrons dans le c?ur du système. C?est ici que se trouve le réseau informatique de la douane. Près d?une vingtaine d?officiers, y compris des informaticiens « prêtés » par la Central Information & System Division (CISD), gèrent ce poumon informatique auquel sont reliés plus de 600 ordinateurs appartenant aux compagnies privées. C?est grâce à ce système de liaison informatique que les Customs Clerks sont informés du parcours de leur dossier et du statut qui leur est accordé.
Un poumon informatique
Une des particularités de ce réseau, c?est qu?il peut effectuer une vérification par sondage ou échantillonnage de 10 % sur un ensemble d?importateurs. « La surprise peut tomber sur n?importe qui sans discrimination aucune. »
Au deuxième étage, l?ambiance est moins tendue. Les Customs Clerks peuvent consulter les écrans de deux ordinateurs mis à leur disposition pour suivre l?évolution de leur dossier. Ce jour-là, la Customs & Excise Officer, Veena Jankee-Dhunput, avait pour tâche d?apprendre aux Customs Clerks qui le désiraient à manipuler le clavier de ces ordinateurs. « Je travaille à mon propre compte. J?ai du mal à manipuler les touches du clavier. C?est peut-être dû au fait que je suis stressé parce que mes produits n?ont pas encore été dédouanés. Je ne crois pas que je parviendrai à maîtriser ce système informatique », explique Ziyad Dowlut qui se jette sur un banc comme pour faire oublier son cauchemar.
Dans un des bureaux, des douaniers examinent les dossiers portant un label de couleur rouge. D?abord réticent à expliquer ce qui motive l?attribution du label, un douanier accepte de parler. « Ce sont des importations où il y a de gros risques de malversation. Notre service de renseignements nous permet de répertorier de telles importations. Dans ce cas, des vérifications physiques complètes sont effectuées sur les produits. Si on constate qu?il n?y a rien d?anormal, on accorde le feu vert pour la livraison. »
Pour Bert Cunningham dont le bureau se trouve au troisième étage, bien protégé par un policier en uniforme, la douane a franchi un pas vers sa modernisation. « Nous avions prévu ce dont vous avez été témoin aujourd?hui. Quand on change de système, il faut compter avec les imprévus, les résistances internes et externes et les difficultés d?adaptation. Cela va durer quelques jours et puis on aura l?occasion d?apprécier les avantages de ce nouveau système. »
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