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Nouvelle donne, nouveaux produits

19 juillet 2007, 00:00

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?Avec ces exemptions et déductions, un contribuable peut parvenir à payer moins de taxe qu?une autre personne qui touche la moitié moins que lui. C?est une invitation aux abus?, déclarait le ministre des Finances, Rama Sithanen, lors de sa présentation du budget 2006. Les habitudes d?épargne des Mauriciens ont évolué. Les plans d?assurances et les fonds de pension constituaient un système d?épargne que de nombreux Mauriciens utilisaient.

Très clairement, les exonérations fiscales constituaient le principal argument de vente des compagnies d?assurances. Assurance-vie, contributions à un fonds de pension ou placements en vue de financer les études des enfants ou l?achat d?une maison, tous ces produits donnaient droit à des abattements sur l?impôt. Pour Louis Rivalland, président de l?Insurers? Association, ?les déductions fiscales rendaient les produits d?assurances plus tangibles?, les fruits de l?investissement étant quasi-immédiats.

Les maisons d?assurances ont dû développer une nouvelle stratégie de marketing pour vendre leurs services. L?argument de vente répondait aux motivations fiscales des souscripteurs. A présent, les assureurs doivent vanter les mérites de leurs produits en insistant sur d?autres critères. L?offre se diversifie. Cependant, ?le marché est mal informé et mal assuré?, souligne Gaël Aliphon, responsable du service assurance-vie et pension à la Mauritius Union.

L?impact de la suppression des avantages fiscaux sur l?épargne est important. Selon Gaël Aliphon, à la Mauritius Union ?il y a eu une augmentation drastique des annulations de polices?. ?Le business a été un peu touché par le démantèlement des incitations fiscales?, nuance Louis Rivalland. Les maisons d?assurances doivent donc se plier aux nouvelles forces du marché. Les clients doivent mieux comprendre le système d?assurances et l?importance de voir sur le long terme. La formation des intermédiaires doit aussi être assurée afin de mieux comprendre les attentes des assurés. Le problème est néanmoins plus global. ?La suppression des avantages fiscaux est arrivée à un moment où l?épargne baissait compte tenu de l?inflation?, note Gaël Aliphon.

Les nouveaux produits se veulent plus transparents et plus flexibles. ?Auparavant, il s?agissait surtout de plans conventionnels difficiles à détailler par nature. Aujourd?hui, on évolue davantage vers des plans d?investissements plus transparents, pour lesquels les clients sont mieux informés?, indique le responsable du service assurance-vie de la Mauritius Union. Relevés de compte, suivi, flexibilité dans la cotisation et l?anticipation des projets garantissent la transparence des nouveaux produits.

Nombreux sont les clients qui se perdent dans les méandres des contrats d?assurances. Clauses et termes techniques effraient les assurés. C?est pourquoi l?information est nécessaire. L?interaction entre les clients et les compagnies d?assurance se renforce. De nouvelles habitudes sont appelées à se développer tant au niveau du marché que du prestataire.

Le système d?assurances est en mutation. Les compagnies devront se restructurer pour tenir la compétition dans le secteur. ?Les petites maisons d?assurance pourraient par exemple nouer des partenariats stratégiques ou fusionner?, prévoit un ancien cadre de la Prudence Mauricienne. Le marché doit s?adapter à la nouvelle donne. Les contours d?une nouvelle façon de prévoir l?avenir se dessinent. Les déductions fiscales étaient un moyen pour l?Etat d?encourager l?épargne et l?investissement. Or leur suppression, la baisse du pouvoir d?achat et l?inflation ont contribué à la diminution de l?épargne. Il n?empêche que le secteur des assurances se porte bien.

?Auparavant, il s?agissait surtout de plans conventionnels difficiles à détailler par nature. Aujourd?hui, on évolue davantage vers des plans d?investissements plus transparents, pour lesquels les clients sont mieux informés?

Les assurés mauriciens doivent apprendre à mieux saisir les tenants et les aboutissants des produits d?assurances. ?Les produits d?assurances gardent leur attrait en terme de planification, les clients souscrivent à des polices d?assurances en fonction de leurs besoins et non plus sur la base de considérations fiscales?, fait ressortir Louis Rivalland. Les assureurs proposent davantage de flexibilité et de transparence, plus de communication. L?Insurance Act de 1987 va être revu dans ce sens.

C?est sur le long terme, dans le sens d?une consommation différée du produit, mais aussi d?une couverture en cas d?accident (décès, invalidité), que doivent penser les assurés. Les polices d?assurances s?avèrent utiles, si ce n?est nécessaires, pour pallier les insuffisances du système de sécurité sociale. Le risque est de voir beaucoup de Mauriciens sans revenus complémentaires à la retraite ou sans indemnisations liées aux accidents de la vie, fait-on ressortir à l?association des assureurs.

QUESTIONS À?

<B>Eric ng ping cheun, économiste et directeur de pluriconseil

● <B>Selon vous, quel a été l?impact de la suppression des déductions fiscales sur les primes d?assurances et les contributions aux plans de pension suite au budget 2006 ? Y a-t-il eu une baisse notable de l?épargne par exemple ? </B>

Il est devenu plus difficile pour les compagnies d?assurance de vendre leurs produits. Au niveau des indicateurs macroéconomiques, on note une légère baisse du taux d?épargne par rapport au produit intérieur brut (PIB). En 2005, le taux d?épargne représentait 17,4 % du PIB, 16,9 % en 2006, et on s?attend à un taux de 16,6 % pour 2007. Est-ce seulement l?effet de l?abolition des déductions ? En fait, depuis une dizaine d?années le taux d?épargne suit une pente descendante. En 2004, le taux d?épargne national était de 22,6 %. La baisse en 2005 a été beaucoup plus brutale (-5,2 %). Cette baisse a précédé l?amendement sur les déductions fiscales de 2006. L?impact réel au niveau national a donc été assez limité. Au niveau du secteur des assurances, on remarque qu?en 2007 le taux de croissance réel est meilleur qu?en 2006. De 2004 à 2006, le taux de croissance se maintenait à 5 %. Pour 2007, on prévoit une croissance du secteur de 5,5 %. Le secteur est performant. Il ne faut pas oublier que les Mauriciens ont une forte tradition de placer leur argent. Par ailleurs, il n?y a pas une grande variété de services d?épargne : banques, bourse et assurances, chacun proposant ses produits. C?est un secteur qui mérite d?être suivi par des régulateurs.

● <B>Quels sont les effets de la suppression des déductions fiscales sur les politiques d?investissements des maisons d?assurances ? </B>

Le principal effet concerne l?attrait de leur produit. Les assureurs ne peuvent plus compter sur les déductions. Ils doivent trouver de meilleurs produits, qui doivent plaire, et résister à la concurrence d?autres produits financiers, notamment des banques et de la bourse. Le consommateur, quant à lui, tiendra compte du risque que représente son investissement, qu?il choisisse une assurance-vie, un plan de pension, un dépôt bancaire ou l?achat de valeurs boursières. Le taux d?imposition est pour tous de 15 %, la compétition est lancée. Il reste néanmoins à régler le problème du lump sum qu?on obtient sous les plans de pensions. Les lump sums sont taxables au-delà de Rs 1 million à hauteur de 15 %. Le problème est qu?il y a une double imposition si l?on opte pour la nouvelle formule de souscription à un fonds de pension. Dans le lump sum, il faut bien distinguer le capital d?origine constitué des cotisations et les intérêts. L?idéal serait que seuls les intérêts soient taxés pour éviter la double imposition. Il est nécessaire, à ce sujet, de trouver une formule moins pénalisante. Au final, l?uniformisation du secteur est plutôt une bonne chose. Le taux d?imposition à 15% et la hausse du taux d?intérêt, surtout si les produits sont attractifs, favorisent l?épargne.

● <B> Comment l?Etat peut-il pallier la baisse, envisagée suite au budget 2006, de la capacité d?investissement des compagnies d?assurances ? </B>

Le fait que l?impôt sur les sociétés soit passé, avec le budget 2007, de 22,5 % à 15 %, permet de dégager des profits pour les compagnies d?assurances. Ces surplus peuvent être réinvestis par ces compagnies. Les provisions du dernier budget devraient corriger ce risque de baisse de l?investissement. J?accueille favorablement la compétition dans le secteur des services financiers. Le marché va évoluer. Les différents acteurs proposent déjà des produits plus diversifiés et relativement rentables. L?accent devra porter sur le service offert. Par exemple, il est nécessaire que les maisons d?assurance aient un bureau spécifique chargé de gérer les doléances des clients pour garantir l?efficacité du service.

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