Publicité

?Nous sommes déjà prêts à faire face à une baisse du prix du sucre?

16 février 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

?<B>Médine est davantage connu ces derniers temps pour ses projets fonciers et non pas pour le sucre. Comment expliquez-vous ce paradoxe ? </B>

C?est plus une perception. En ce moment, tout le monde parle de terre, on en achète, on parle de trouver un lopin pour les enfants, d?avoir un toit. Cet engouement pour l?octroi d?un terrain s?explique par le fait que le Mauricien a plus confiance dans l?appréciation du foncier que dans un faible taux d?intérêt bancaire.

Médine a beaucoup de projets dont on parle moins. L?établissement investit en ce moment dans les secteurs du loisir et du récréatif, l?hôtellerie et le commercial tout en injectant massivement dans l?aménagement de ses champs, la mécanisation et l?automatisation de l?usine, l?élevage et la culture vivrière.

Cela devrait être un bon signe que de voir le secteur sucrier investir aussi dans d?autres secteurs.

?Dans quelle mesure Médine est prêt à faire face à une baisse drastique du prix du sucre ?

Cela fait 15 ans déjà que Médine investit énormément dans l?amélioration de son foncier. La survie se résume en réduisant les coûts. Et diminuer les dépenses se traduit par la mécanisation.

Mécaniser, c?est épierrer, revoir la configuration des champs et s?assurer de l?efficience des machines. Aujourd?hui, la mécanisation n?équivaut pas à une machine au champ, c?est de s?assurer que les conditions de ce champ soient compatibles à un maximum d?efficience afin d?opérer au coût le plus bas possible.

Médine a beaucoup investi dans l?amélioration de son foncier : Rs 600 à 700 millions durant la dernière décennie. A ce jour, l?usine est mécanisée à 60 %. Dans deux ans la mécanisation passera à plus de 80 %. Cela a nécessité une vision de même que beaucoup de travail. Nous sommes certainement prêts à faire face aujourd?hui à une baisse du prix du sucre.

Mais quand vous parlez de ?37 % de réduction du prix, il y a encore du chemin à faire. il faut encore investir et ce rapidement pour être mécanisé à 100 %. Il faut encore réduire la main-d??uvre et revoir nos structures d?opérations internes et externes.

? L?Union européenne préconise une formule d?aide financière, déterminée au cas par cas. Quel mécanisme, selon vous, serait le plus adapté pour que toute l?industrie sucrière en bénéficie ?

C?est très complexe. Des gens plus compétents que moi travaillent là-dessus. Mais ce qui est sûr, c?est que cette aide doit être canalisée vers le producteur avec le minimum de dirigisme, laisser les entrepreneurs opérer et agir et leur faire confiance.

? Médine est promoteur d?un projet de l?Integrated Resorts Scheme. Quelle garantie donnez-vous que les bénéfices seront effectivement réinvesties pour assurer la pérennité de l?industrie sucrière ?

Une entreprise doit être dynamique et savoir s?adapter aux forces du marché et à son environnement. Je crois déplacé une obligation ou des garanties de réinvestir les bénéfices d?un projet (IRS) dans un autre secteur.

Il est clair que cela fait 350 ans que l?industrie sucrière investit dans le sucre. Une industrie ne survit pas 350 ans si on ne la soutient pas avec des investissements. Elle ne passerait pas 350 ans si elle ne change pas.

Dans le cas de Médine, on continue encore cette année à investir pour réduire les coûts. Notre objectif d?être compétitif dans les années à venir nous commande de continuer. Mais l?investissement ne peut se concevoir que dans un schéma de rentabilité.

Il ne faut pas oublier que les surplus des années du boom sucrier dans les années 70 ont permis au pays de voir l?émergence des secteurs textiles et hôteliers. Ils ont accompagné le pays durant ces 30 dernières années. Encore une fois, il faut laisser opérer les opérateurs et leur faire confiance.

? En fin de compte, l?avenir est-ce le sucre ou la canne ?

L?avenir c?est du sucre différent, un sucre avec un label de qualité. c?est certainement la canne pour produire de l?énergie, de l?alcohol, de l?éthanol, peut-être même la sucro-chimie. Mais c?est aussi l?optimisation dans l?utilisation des terres, dans l?épanouissement des compétences et des ressources humaines. C?est l?optimisation dans l?utilisation des services.

Donc, il faudrait un regroupement d?activités autour du sucre. Avec les compétences humaines, on pourrait s?en servir comme moyens de développement dans diverses régions du pays, s?ouvrir et être partie prenante.

Mais pour Maurice, l?avenir doit obligatoirement passer par le maintien d?un secteur agricole fort et adapté. Il ne faut pas oublier que la beauté de l?île est très liée à la tradition agricole du pays. Le touriste qui arrive est séduit par le survol de l?île. imaginez l?île sans cannes ? La canne donne un air de discipline et de bien tenu à notre île (qui ne se confirme pas malheureusement après)? L?aspect environnement et sociale de la canne ne peut être négligé.

?Comment y parvenir ?

Il faut laisser faire les opérateurs. Les autres acteurs doivent agir comme facilitateurs, accompagner et soutenir financièrement. Il faut réduire les contraintes là où elles existent, cesser d?utiliser le secteur comme arme électorale. Permettre à tous les partenaires de regarder dans la même direction avec un objectif commun.

Le succès et l?avenir ne sont qu?à ce prix. Chacun a un rôle important à jouer ? certains ont un rôle politique, d?autres dans le lobbying, le social et encore d?autres de produire au moindre coût. Il ne faut pas que certains jouent un rôle qui ne leur convient pas.

Qu?est-ce qui a motivé ces investissements massifs dans la mécanisation ?

L?établissement sucrier, dans les années 75, possédait un système d?irrigation et un niveau d?empierrement qui ne lui permettait pas d?entretenir la possibilité de passer à un stade de mécanisation intégrale. Suite à la vision du chef de culture et du soutien financier du Board, Médine a transformé son système d?irrigation et a investi dans l?épierrage massif de ses champs. La motivation pour ses investissements relève sûrement d?une envie de maintenir le secteur à flot. Certainement , de la soif d?innover et de créer un nouveau mode de production afin de maintenir une activité agricole rentable.

En France, on peut passer de la culture de la betterave sucrière au colza, celle du blé à l?élevage, sans gros problème. A Maurice, avec notre vulnérabilité face aux cyclones, il est difficile de concevoir autre chose que de la canne sur une aussi grande surface.

L?établissement sucrier propose des terres agricoles à Henrietta. En quoi ces terres sont-elles différentes ?

Dans le schéma du Médine de demain, il faut que toutes les terres à cannes puissent être mécanisées. Ce n?est que dans ces terres mécanisées que l?on produira la canne à un moindre coût. Il y a des terres très productives mais qui ne peuvent être mécanisées à cause du climat et de la topographie. Par contre, les planteurs qui sont moins régis par les contraintes des lois du travail, eux, peuvent maintenir la rentabilité agricole de ces parcelles en les travaillant eux-mêmes.

Dans le souci d?optimiser la production sur les terres agricoles, se trouve le projet de Morcellement agricole de Henrietta. Ces terres sont mieux adaptées pour le secteur des petits planteurs que pour le secteur ?corporate? ? secteur qui ne peut que continuer à cultiver que des terres mécanisées. Ce morcellement agricole fait donc partie d?une politique de démocratisation des terres de même que d?une optimisation de production.

? Le gouvernement évoque un plan d?action pour accélérer la réforme. Dans dix ans, où situez-vous l?industrie sucrière ?

Il est difficile de prévoir car trop de facteurs peuvent influencer le futur tant sur le plan local qu?international. Si je me hasarde, je dirais que dans 10 ans on produira 350 000 tonnes de sucre par an. Cette production sera très fortement mécanisée. Le secteur agricole, je l?espère, sera regroupé et géré sur une base coopérative. Je vois de la valeur ajoutée partout ? électricité, éthanol, sucres spéciaux, sucro chimie, élevage ? je vois aussi une optimisation dans l?utilisation des terres avec des investissements dans le loisir, dans le récréatif, dans le foncier. J?espère que l?on verra un développement foncier plus en harmonie avec la beauté de l?île.

Pourquoi pas une réduction de moins de 37 %. Non pas sur le prix mais sur le volume à exporter vers l?Europe. On produirait alors 320 000 tonnes de sucre à un prix rémunérateur et non 505 000 tonnes, et ce à un prix suicide. C?est à nous de bien défendre notre cause.

?Il faut réduire les contraintes là où elles existent, cesser d?utiliser le secteur comme arme électorale.?

Propos recueillis par Kamlesh bhuckory

Publicité