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?Nous faisons la radio de demain?
Pourquoi créer une nouvelle grille des programmes ?
Dans quelques jours, Radio One aura deux ans. Nous avons évalué le chemin parcouru et identifié nos forces et nos faiblesses. Sur certains points, une dérive par rapport à nos ambitions initiales a été constatée, même si nous sommes, selon le dernier sondage, la première radio nationale. Il fallait rectifier le tir. Du reste, il n?y a rien d?anormal qu?une radio revoie sa grille des programmes. Dans les pays qui ont une grande tradition radiophonique, il y a même une ?rentrée? de la radio quand on introduit des nouveautés et présente de nouveaux animateurs.
A quel niveau y-a-t-il eu dérive ?
L?ambition de Radio One est de s?élever en une radio nationale ouverte à toutes les cultures. Nous voulons devenir un vecteur de l?interculturalité. Nous évoluons dans ce sens, mais pas suffisamment. Nous avions encore des émissions consacrées à des groupes culturels spécifiques, exclusives des autres groupes. A travers la nouvelle grille, nous avons voulu mettre fin, autant que faire se peut, à cette ghettoïsation culturelle. Du coup, la musique orientale est infiniment plus présente à l?antenne.
Qu?est-ce qui a changé ?
Nous avons fait tomber les cloisons. La musique orientale cohabite à longueur de journée avec les titres européens et créoles. L?auditeur peut écouter ses tubes préférés tout en apprenant à apprécier des sonorités auxquelles il ne s?identifie pas au premier abord. C?est une éducation, c?est un partage. Beaucoup d?auditeurs aiment, certains moins, mais nous pensons que c?est le chemin de l?avenir.
On dit que la nouvelle grille a été définie unilatéralement.
Ce n?est pas vrai. Nous avons consulté les journalistes, les animateurs et les techniciens. Nous avons même retenu les services de psychologues industriels pour agir comme modérateur. La nouvelle stratégie a été acceptée par tous, ce qui est normal : comment peut-on être contre le partage culturel?
Comment expliquez-vous la démission de Neelam ?
Nous avons eu à gérer un problème d?ego. La radio existe pour faire les émissions des auditeurs, pas celles des animateurs. Nous regrettons Neelam, qui a du talent. Mais malheureusement, elle n?a pas su s?adapter aux exigences d?une émission de grande écoute.
L?adaptation aurait signifié quoi dans ce contexte ?
Neelam présentait une émission en début d?après-midi, avec une audience moyenne, mais où elle pouvait improviser librement, sur un ton assez badin. Elle a été promue à une tranche horaire de forte écoute, dans un format qui nécessite plus de travail de la part de l?animateur. Le talent seul ne suffisait plus. Il fallait faire preuve de rigueur, de recherche? Il fallait donner de la substance à l?émission. Dans le contexte de cette ouverture culturelle, les animateurs sont appelés à éduquer les auditeurs.
Que sont devenues les émissions spécifiques comme Kuch Khati Kuch Mithi ?
Elles sont toujours là. Mais nous avons demandé aux animateurs d?introduire une dose de musique européenne et mauricienne dans les émissions orientales et vice versa. L?idée, c?est de n?exclure jamais personne et de pousser à la découverte.
La complicité nécessaire à la co-présentation des émissions était-elle absente de la tranche matinale ?
Je ne le pense pas. Ce sont des gens qui s?entendent bien et cela est audible. C?est plutôt le concept qui a posé problème. Neelam est partie et c?est Vikas, un excellent présentateur, qui la remplace. Yves Hermann et Sandra Mayotte, qui sont les deux autres animateurs de la tranche matinale font une excellente prestation et déploient un grand talent. J?ai confiance que l?expérience sera concluante. Et puis, il y a tant de talents à Radio One : Indira Chettiar, Abdoollah Earally, Fabrice Aquilina et Claude Cziffra sont des professionnels matures, à côté d?individus prometteurs comme Karishma Beeharry, Sylvia Edouard, Ousha Mossaë et d?autres encore...
Pourquoi Bhagheerutty, l?autre membre de votre ?Dream Team?, est-il parti ?
Par ignorance et méconnaissance, nous avions introduit au début des émissions spécifiques sur le sport, notamment un bulletin d?information de quatre minutes à l?heure de pointe. Les sondages nous ont démontré depuis que ces émissions ont une relativement faible audience. Il était plus logique d?inclure les nouvelles de sport dans le bulletin d?informations générales.
Ce changement a vexé Vikash. Il retourne à la MBC. Je crois que c?est beaucoup mieux pour lui...Vous savez, dans Dream Team, il y a Team. A Radio One, on ne peut jouer solo.
Est-ce un manque d?audience qui a motivé la suppression du bulletin d?information en hindoustani de 5 h 30 du matin ?
Effectivement. Il n?y a pas une grande audience à cette heure et les auditeurs écoutent plutôt Radio Mauritius, pour des raisons historiques. Cela n?a aucun sens de mobiliser autant de ressources pour animer un bulletin qui a très peu d?écoute. Faire un bulletin d?information à 5 h30 du matin, c?est plutôt le rôle du service public.
Après deux ans, diriez-vous que Radio One a pu se forger une identité ?
Non. Nous nous cherchons encore. Deux ans, ce n?est rien. Les sondages nous aident mais nous allons devoir attendre un peu avant de voir émerger des tendances fiables. Nous pouvons nous tromper, mais l?essentiel est que nous avançons et que nous savons où aller. Nous sommes en bonne voie. En un an, la part de marché des trois radios privées est passée d?un tiers à la moitié de la population. C?est une progression spectaculaire.
Et ce n?est pas fini !
Radio One n?est-elle pas trop jeune pour relever le pari du partage culturel ?
Nous le sommes certainement. Ce que nous faisons relève davantage de la mission du service public. Mais nous comptons persévérer car nous sommes convaincus que c?est cela la radio de demain. Nous avons aussi constaté que Taal FM, consacrée exclusivement à la musique orientale, a perdu huit points dans l?audimat en un an. En revanche, nous avons des réactions encourageantes par rapport à la nouvelle grille de partage culturel.
Le gouvernement parle de contrôler les émissions en direct ?
Comme toujours, le gouvernement est en train d?exagérer. En deux ans d?émissions quotidiennes, il y a eu peu de dérapages sur les radios privées, moins que dans la presse écrite, certainement. Dans le cas le plus récent, Radio Plus a été plutôt victime de ses interlocuteurs. Il lui faudra certainement assumer une part de responsabilité, mais il ne faut pas faire porter le chapeau à toutes les radios privées.
Propos recueillis par Shyama SOONDUR
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