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?Nous devons revoir notre stratégie énergétique?

30 octobre 2007, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>La bagasse est disponible localement. Pourquoi alors importer du charbon pour faire de l?électricité ? </B>

Nous utilisons toute la bagasse qui est disponible à Maurice. La demande est telle que malgré l?utilisation de toute la bagasse, il y a toujours une demande à satisfaire en termes d?énergie. Pour satisfaire cette demande, nous avons deux choix : utiliser l?huile lourde ou le charbon. Le charbon est moins cher et plus disponible que l?huile lourde.

Depuis les années 80, le secteur sucrier utilise du charbon aussi bien que de la bagasse. Chaque année, 5,5 millions de tonnes de cannes à sucre sont broyées pour l?électricité. Nous avons atteint un seuil. Ce que nous pouvons faire et ce que l?industrie sucrière aurait dû avoir fait depuis longtemps, c?est rendre les centrales plus efficaces avec l?utilisation de la bagasse. Leur efficacité est en train d?être optimisée afin de produire davantage d?énergie avec la même quantité de bagasse. Malgré cela, il y a un manque et nous devons nous rabattre sur le charbon.

● <B>Le PM dénonce les contrats d?achats d?électricité entre le CEB et les centrales thermiques... </B>

Ces contrats sont en déphasage avec les réalités économiques du pays. Certains sont une injustice envers le CEB car ils ne sont pas des win-win situations. Toutes les garanties, tous les avantages, tout le profit sont pour le secteur privé. Tous les risques et toutes les pertes sont pour le CEB. Et, par ricochet, pour la population. C?est une aberration.

Avec ces contrats signés ces 15 dernières années, aujourd?hui, en 2007, les sucriers nous font payer la bagasse plus chère par unité que le charbon. Le Premier ministre dit que c?est inacceptable. Moi je dis que c?est une aberration. Dans certains contrats, le prix de la bagasse est indexé sur le prix du charbon. Donc, quand le prix du charbon monte, le prix de la bagasse monte. J?ai cru comprendre que cette indexation découle du fait que la bagasse est la propriété du privé et que s?il ne nous la vendait pas, nous aurions eu à acheter du charbon.

Les contrats entre les sucriers et le CEB l?ont été avant même que ne soient construites les centrales. C?est un investissement garanti par le gouvernement mauricien. Si le taux des intérêts sur les prêts contractés par les sucriers augmente, le prix auquel ils nous vendent l?électricité augmente. Si le prêt a été contracté en euros ou en dollars et que ces devises augmentent, leur prix également prend l?ascenseur. Tous les coûts sont pour le CEB.

Pire. Leur prix est indexé au Consumer Price Index (CPI). Concrètement, cela veut dire que si le prix de la pomme d?amour, qui fait partie du CPI augmente, le prix de l?électricité que nous vendent les sucriers augmente lui aussi. Il est hors de question que nous signions encore des contrats avec de telles clauses au CEB. Du moins, pas avec moi à la tête du CEB.

● <B>Cherchez-vous à renégocier ces contrats ? </B>

Bien entendu. Depuis deux ans, nous disons que le secteur sucrier ne peut pas vivre dans un vacuum. Sur chaque unité d?électricité que nous achetons aux sucriers et vendons au public, le CEB perd 67 sous. Nous devons nous retrouver dans une win-win situation. Nous ne nions pas le fait que le secteur privé a le droit de faire du profit et d?avoir un retour sur son investissement. Nous disons juste que ce retour sur investissement doit être raisonnable afin que le CEB, lui aussi, puisse être viable.

Je ne rejette pas ces contrats dans leur ensemble, mais j?aurai souhaité renégocier certaines clauses avant leur échéance. Des clauses qui nous permettraient de nous retrouver en ligne avec les réalités économiques du pays. Tous les sucriers ont refusé.

Mon souhait serait que nous ayons un secteur privé qui prenne des risques. Faire du business, c?est prendre des risques. Quand le CEB investit dans une centrale thermique à Pointe-aux-Caves, il prend des risques. Dans les prochains contrats que nous signerons, les risques devront impérativement être partagés. Nous serons fermes à ce sujet. Le secteur privé, lui aussi, devra assumer ses responsabilités. Cela implique un partage des risques sur les emprunts et le coût des matières premières, entre autres. Nous allons également nous aligner sur ce qui se fait à l?étranger pour le retour sur investissement. Un retour sur investissement aussi astronomique n?est pas tolérable. Il doit y avoir une limite.

● <B>Avec le projet de Pointe-aux-Caves, le pays diversifie finalement ses moyens de production de l?électricité?</B>

La politique énergétique du pays de ces dix dernières années n?a pas été claire. Ce n?est pas aujourd?hui que nous constatons la tendance que prend le prix du pétrole. Ce n?est pas aujourd?hui non plus que nous voyons que le pétrole va devenir une denrée de plus en plus rare, sinon introuvable. Nous aurions dû avoir diversifié notre production énergétique depuis longtemps déjà. Le secteur privé l?a fait. Cela fait 20 ans que nous aurions dû avoir diversifié notre bouquet énergétique. Ce n?est qu?aujourd?hui, en 2007, que le CEB se penche sur la construction d?une centrale à charbon. Depuis 20 ans, nous aurions dû aller vers le charbon. Nous nous sommes cantonnés au fuel. C?est une erreur stratégique.

A Rodrigues, nous avons trois turbines. Nous travaillons actuellement sur une extension de notre parc éolien là-bas. A Maurice également, nous essayons de réduire notre dépendance au diesel. Avec notre projet de Pointe-aux-Caves, nous allons vers le charbon qui est moins cher. Nous devons revoir notre stratégie énergétique. Mais il faudra attendre au moins dix ans avant de voir les résultats de ce que nous sommes en train d?essayer de faire aujourd?hui.

En 2003, l?implantation de la Centrale thermique du Sud (CTDS) n?aurait pas dû se faire. La CTDS n?aurait pas dû fonctionner uniquement avec du charbon. Elle aurait dû être une centrale bagasse-charbon. Et, ce, afin d?optimiser la production d?énergie à partir de la bagasse. En 2003, il y avait de la marge qui permettait l?optimisation de l?utilisation de la bagasse. C?est pourquoi aujourd?hui, nous sommes en train de négocier avec Savannah pour une extension de 15 MegaWatt. Mises à part les zones d?ombre face à la mise en place de la centrale de Savannah, on peut dire que c?était une erreur qu?on ne pourra pas réparer. C?est une décision qui a mal été prise.

● <B>Pourquoi alors investissez-vous aujourd?hui dans une centrale à 100 % charbon ? </B>

Tout simplement parce qu?il n?y a plus suffisamment de bagasse. Si nous voulons que ceux qui sont en train de faire du bruit restent tranquilles, il suffit que nous abandonnions notre projet de Pointe-aux-Caves et leur donnions à produire ces 110 MegaWatt que nous voulons produire là-bas. C?est ce qui intéresse les sucriers. Pour le moment, l?électricité que nous achetons aux sucriers est produite à 30 % par la bagasse et 70 % par le charbon.

Pour les sucriers, en optimisant l?utilisation de la bagasse, plus besoin de Pointe-aux-Caves. Ce qu?ils ne disent pas, c?est que si nous abandonnons le projet de Pointe-aux-Caves et distribuons ces 110 Watts à produire entre les sucriers, eux non plus n?utiliseront pas la bagasse mais du charbon. C?est leur production à travers le charbon qui va augmenter.

● <B>Quel est le coût par kwh de la production d?électricité ? </B>

Nous sommes en négociation avec les sucriers. Je préfère ne pas entrer dans les détails de prix. D?autant plus que c?est difficile à dire. Cela dépend de la machine que nous utilisons. La machine de Saint-Louis est nouvelle et efficace. Son prix est abordable. Au CEB, à un certain moment, nous produisions, avec de l?huile lourde, de l?électricité à moins cher que les sucriers qui utilisaient de la bagasse. C?est une aberration. C?est un subside que nous leur donnons. Est-ce que c?est possible de continuer comme cela ?

● <B>En rétrospective, quel bilan faites-vous des centrales qui opèrent déjà ? </B>

Le rendement technique est satisfaisant. Par contre, là où nous ne sommes pas satisfaits, c?est par rapport aux prix que nous trouvons trop élevés. Ce que nous payons actuellement au secteur sucrier est une manne tombée du ciel. Le profit du CEB en 2008 sera de Rs 8 milliards. De cette somme, nous devrons payer aux Independent Power Producers, Rs 4,5 milliards pour l?énergie que nous leur achetons.

A Maurice, il n?y a aucune autorité qui puisse évaluer l?investissement réel des sucriers. Pour certains contrats, nous payons une capa-city charge. Sur 20 ans que durent les contrats, nous remboursons l?investissement que les sucriers ont fait. De plus, nous payons une energy charge, c?est-à-dire que pour toute l?énergie que nous achetons avec eux, nous leur payons une somme. On leur paie également un Bagasse Transfer Price. On le leur paie parce qu?ils ont la bagasse et qu?on la leur achète. Au final, tout l?investissement qui est fait, c?est le CEB qui paie. Dans ce business-là, tel qu?il est, il n?y a pas de risques. Le secteur sucrier doit pouvoir prendre plus de risques. Nous allons d?ailleurs revoir les clauses de pénalité. Elles doivent impérativement être indexées sur le coût de la vie.

Pour les contrats signés il y a cinq ans, le coût des pénalités est en déphasage total avec les réalités économiques du jour. Vendredi, Savannah était en panne. Nous avons dû faire ?rouler? notre centrale de Nicolay. Elle produit l?unité à Rs 12 et nous la vendons à Rs 3. Ce sont des pertes sèches pour nous. Et pour Savannah, ce sont des pénalités minimes. Dans les prochains contrats, ces pénalités devront être à la même valeur que nos pertes.

● <B>Le PM dit que lorsque la Multi Annual Adaptation Strategy (MAAS) a été écrit, ?on n?avait pas les éléments d?informations que nous avons désormais?. De quels éléments parle-t-il ? </B>

Il faudrait le lui demander mais on peut dire que lors de la rédaction de l?Outline of Energy Policy, certains éléments sont remontés à la surface. Certaines réalités et exigences du CEB? Certaines choses doivent changer dans la MAAS. Surtout concernant l?énergie.

Quand les gens viennent dire que c?est un crime, un sacrilège de toucher à la MAAS, ils ne savent pas ce qu?ils disent. Certaines clauses de la MAAS doivent changer. Ce ne sera pas la première fois. La MAAS a déjà changé. Il devait normalement y avoir quatre centrales de 42 MegaWatt. L?Outline of Energy Policy a changé ces données. Aujourd?hui, Savannah a une centrale de 15 MegaWatt et non de 42. L?Outline of Energy Policy et la MAAS doivent être agencées pour répondre aux exigences de la population.

?Ces contrats sont une injustice envers le CEB car ils ne sont pas des ?win-win situations?. Toutes les garanties, tous les avantages et tout le profit sont pour le secteur privé.?

● <B>Que faites-vous pour réduire la consommation d?électricité à Maurice ? </B>

Nous misons sur des campagnes de sensibilisation. C?est une ongoing campaign. Nous avons distribué 355 000 livrets de référence sur comment faire pour utiliser moins d?énergie. A l?île de la Réunion, une campagne agressive en ce sens a permis de réduire la consommation d?énergie. C?est possible à Maurice également.

Le point central demeure toutefois la réduction de l?écart entre l?heure de pointe et le reste de la journée. Ce laps de temps de 18 h 30 à 20 heures nous coûte très cher. C?est à cause de cette heure de pointe que nous avons dû investir dans des machines additionnelles. 60 % de l?électricité est fourni par le privé et 40 % par le CEB. Ce qui est malheureux, c?est que l?énergie produite par le secteur sucrier ne fournit que le base load. L?énergie en heure de pointe, en cas de panne ou pour raison d?entretien, c?est le CEB qui la fournit. A cause de cela, nous devons toujours avoir une spinning reserve. Nous avons investi dans des machines et des pièces de rechange. Nous devons toujours avoir de la main-d??uvre disponible.

Il y a de très fortes dépenses qui sont associées à ces centrales. C?est un investissement qui n?est pas rentable. On pourrait l?expliquer en disant que j?ai une voiture que je conduis tous les jours mais j?ai également un taxi à ma disposition. Je ne l?utilise qu?en cas de panne mais je paye le chauffeur, la déclaration et l?assurance de la voiture.

● <B>Pourquoi le faites-vous alors ? </B>

Parce que le CEB a la responsabilité d?éclairer le pays. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir d?électricité. Il faut toujours que nous ayons cette réserve, ?au cas où? et cela nous coûte beaucoup d?argent. Beaucoup trop. Surtout que at the end of the day, c?est le consommateur qui paie.

?L?éolienne est l?alternative la plus plausible. Nous avons déjà un projet pilote à Trèfles, à Rodrigues, dont nous sommes satisfaits. Nous avons également fait une étude de faisabilité très encourageante à Grenade.?

● <B>A terme (20-25 ans), envisagez-vous le nucléaire, l?éolienne ou la marée motrice ? </B>

Le nucléaire, je ne pense pas. Nous sommes une petite île isolée. Nous ne sommes liés à aucun autre pays avec qui nous pourrions partager notre électricité. Nous étudions la possibilité de la marée motrice mais c?est une technologie qui nécessite un investissement très lourd. Ce serait rentable à très long terme mais le CEB n?a pas les moyens d?in-vestir autant. Nous avons un budget de développement de Rs 400 millions chaque année. Un budget dans lequel nous devons puiser pour upgrade nos lignes et nos équipements. Nous avons peu de moyens.

L?éolienne est l?alternative la plus plausible. Nous avons déjà un projet pilote à Trèfles, à Rodrigues, dont nous sommes très satisfaits. Nous avons également fait une étude de faisabilité très encourageante à Grenade. Le projet du parc à éoliennes prend forme. Mais c?est aussi un investissement qui coûte cher.

Pour que nous puissions faire décoller le projet de ferme d?éoliennes à Maurice, il faut une volonté du gouvernement. Je souhaite que dans le prochain budget, le ministre des Finances nous donne les fonds nécessaires pour démarrer un projet d?énergies renouvelables. Dans tous les pays où cela a marché, il y a eu un incentive financier de l?Etat. Nous discutons depuis quelque temps avec la firme Suzlon. On bloque sur le prix. Mais s?il y a une volonté politique, avant 2010, la ferme d?éolienne à Bigara sera une réalité.

Propos recueillis par <B>Valérie OLLA</B>

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