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Notre roupie : Adieu DTS !
En nos jours de 2008, nos exportateurs et autres chefs d?entreprise pestent contre l?appréciation de notre roupie face aux principales devises dont le dollar états-uniens, pour ne pas dire universel, la livre sterling, enfin passée au système métrique, du moins nous l?espérons, l?euro de l?UE. Ils râlent, forcément. Ils exportent les mêmes produits et engrangent moins de roupies sonnantes et trébuchantes.
Nous nous tournons vers les consommateurs, espérant entendre, de leur part, le satisfecit national, devant une baisse également nationale des prix des produits importés. Nul cri de joie ni de triomphe pourtant, de ce côté. Mais la plus grande réserve sinon réprobation. Mystère impénétrable de l?économie et qu?il est, bien sûr, inutile d?essayer de comprendre. Les bonnes raisons des initiés l?emporteront toujours sur l?incompréhension crasse des masses. Tout consommateur sait que trop, en effet, que toute baisse des prix c?est pour mieux augmenter, dans un proche avenir, tout en se donnant bonne conscience. Quelques jours de baisse justifient des mois et des mois d?augmentation. Et quand il n?y a aucune réduction de prix, il y a même une légère hausse afin que les consommateurs ne perdent pas les bénéfices de la constante ascèse, l?habituant à accepter docilement toute hausse des prix touc...toucqué, de la méthode indolore du soufflé mordé.
En mars 1983, notre roupie effectue un changement conséquent mais que lui recommandent et vivement Banque mondiale et FMI. Elle quitte les Droits de tirages spéciaux pour confier son sort et son change à un panier de devises, à la formule ultra-secrète, nouveau panier, sensé mieux refléter la réalité de notre commerce extérieur.
Tout cela invite à narrer de nouveau l?histoire de la valeur de notre roupie. Pourquoi roupie pour commencer ? Pour cela, il nous faut remonter à la seconde moitié du XIXe siècle. Nos ancêtres commercent à qui mieux mieux, non pas avec la lointaine Albion, mais avec l?Inde si proche et si fraternelle. Elle nous achète notre sucre. Nous lui achetons riz et grains secs. Nous faisons venir ses travailleurs agricoles pour qu?ils se mettent au service de notre industrie sucrière.
Ceux-là sont suffisamment désorientés, à leur arrivée, pour que notre société mauricienne consente à les mettre à l?aise, en leur permettant de conserver leur monnaie indienne, composée de roupie, de cash, de marqué, de souverain. Pas question de les fatiguer la tête, et nous avec, avec guinée, couronne, demi-couronne, schilling, farthing, penny et pence. Si bien qu?un beau jour, las de cette confusion monétaire, le gouvernement colonial décrète que notre monnaie sera une roupie, divisée en cent sous, y compris les cinq sous manquant pour faire une roupie.
Avant l?Indépendance, notre roupie est liée à la livre sterling anglaise. Celle-ci vaut Rs 13.40. Tous les employés de bureau, surtout ceux des banques, connaissent alors et par c?ur cette table de Rs 13.40 : Rs 13.40, 26.80, 40.20, 53.60, 67, 80.40, 93.80, 107.20, 120.60, 134 car la calculatrice n?a pas encore fait son apparition sur les bureaux.
Avec l?Indépendance, nos analystes financiers prennent du galon et de l?audace. Le rattachement avec la livre sterling n?a pas que des avantages. Nous les snobons, sur les perfides conseils onusiens de la Banque mondiale et du FMI, pour lier notre roupie aux DTS. Ce sigle barbare signifie Droits de Tirages spéciaux. Au début, tout baigne car les DTS regroupent une quinzaine de devises étrangères, faisant l?affaire de nos exportateurs et importateurs. Patatras ! les DTS ne regroupent, ensuite, que cinq devises dont le dollar, le yen, la livre sterling, le franc français et le deutschemark. Rebelote ! grincements de dents du côté des hommes d?affaires, tant exportateurs qu?importateurs.
Paul Bérenger, ministre des Finances, en ce début de mars 1983, mais pour encore une vingtaine de jours, agrée au rattachement de notre roupie à notre panier de devises. C?est tellement local que sa composition est un secret d?Etat bien gardé. L?on sait seulement que ce nouveau panier de devises reflète mieux que les DTS onusiens la réalité de notre commerce extérieur. Pierre Dinan déclare que c?est un pas majeur dans la bonne direction. Six ans de rattachement aux DTS, c?est trop. Il croit savoir que le dollar états-unien jouissait, à nos yeux mauriciens, d?un poids trop lourd dans le panier des DTS. Nos recettes d?exportations prennent davantage la forme des livres sterling et des monnaies européennes que celle du billet vert américain. Il y subodore une meilleure compétitivité pour notre zone franche, une destination touristique moins chère pour nos visiteurs, une hausse des revenus de nos producteurs exportateurs. On peut même parler de dévaluation déguisée, sinon de dépréciation mordé soufflé.
L?appréciation de notre roupie 2008 est un mauvais signe donné à nos producteurs car comme dit l?adage : Malheur au pays qui chouchoute ses consommateurs à des fins électoralistes et clientélistes aux dépens des producteurs et des entrepreneurs. Le casse-pipe n?est pas loin.
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