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Notre histoire maritime, capitaine Gaëtan de Chazal

30 septembre 2007, 00:00

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Chaque ligne de son récit résonne comme un coup de canon. Les faits anecdotiques et même historiques se suivent avec la régularité d?une mitraille. Le lecteur, hypnotisé, envoûté, ne peut détacher son attention de ce récit endiablé. C?est à peine s?il peut prendre le temps d?accorder un coup d??il aux illustrations qui sont, au récit, ce que les pierres les plus précieuses et aux couleurs les plus éclatantes sont à la monture d?un bijou.

Gaëtan de Chazal ignore à coup sûr le sens du verbe « s?attarder ». On le devine pressé de conduire son lecteur à bon port, autrement dit au terme de son récit. Il sait aller trop vite. Il sait laisser de côté des détails peut-être encore plus savoureux que ceux qu?il a sélectionnés, fruits d?une méditation incessante ou presque, et objets de ses meilleurs soins. Il craint surtout de lasser son lecteur en prolongeant indûment l?une ou l?autre escale. Il saute donc allègrement d?une époque à une autre, d?une colonisation à la suivante, d?un héros à son émule.

Il préfère, à juste titre, nous savoir essoufflés à essayer de le suivre de la proue à la poupe, de bâbord à tribord, des haubans à la quille en fond de cale. Il ne nous fait grâce d?aucun détail qu?il estime indispensable si l?on veut comprendre pourquoi Labourdonnais parvient à enlever Madras à Morse au grand dam de Dupleix, le vilain jaloux, pourquoi Surcouf, 19 ans, réussit avec seulement 19 compagnons d?armes à capturer le Triton anglais, ses 150 hommes d?équipage, ses 26 canons, pourquoi Bouvet de la Maisonneuve supprime les précieuses balises grandporiennes avant la glorieuse victoire de l?île de la Passe, pourquoi Suffren meurt avant que Napoléon ne fasse de lui le Nelson de la France, pourquoi Le Même force le gouverneur de Padang, Sumatra, à donner sa fille au jeune officier danois Christiern.

Heureux fruit de sa passion

Gaëtan de Chazal, député PMSD de Curepipe de 1967 à 1972, un des rares démissionnaires de cette dernière année, car ne pouvant concevoir conserver son siège parlementaire sans avoir été réélu par le peuple souverain, le directeur de Comajora, la plus connue de toutes nos fabriques de maquettes de bateau, nous offre cette semaine un livre fabuleux, Histoire maritime des Mascareignes, l?heureux fruit de sa nouvelle passion pour notre histoire maritime, faite de mille anecdotes, les unes plus pittoresques ou plus chevaleresques que les autres, anecdotes qui ressuscitent, dans nos souvenirs, par le simple fait que privilège nous est donné de contempler, même en photos, les plus belles maquettes sorties des mains de fée des membres d?équipage du bâtiment Comajora, capitaine Gaëtan de Chazal.

Ces maquettes ne sont pourtant que morceaux de bois, certes des plus précieux, quelques cordages et la voilerie requise. Il suffit cependant de les contempler, en connaisseurs de toute l?histoire marine que leurs flancs et leur fière allure renferment, pour que nous monte au nez l?odeur de la mitraille, pour que nos oreilles résonnent des bruits d?abordage et de corps à corps, pour que nous devenions petits devant les hauts faits d?armes, d?exploration, de découvertes, d?avancées économiques qui leur sont sous-jacents et qu?évoque le beau livre de Gaëtan de Chazal.

Les plus belles bordées de notre histoire

Rare est le plaisir particulièrement savoureux que l?on peut éprouver en feuilletant les 200 pages de ce beau livre des Éditions du Corsaire (Jean-Pierre Lenoir), publié grâce au soutien financier de la firme De Chazal Du Mée et dans lequel Gaëtan de Chazal, son auteur particulièrement inspiré, met le meilleur de sa belle et noble âme, pour le plus grand bonheur de ses lecteurs.

Grâce au généreux mécénat de DCDM, ayant eu assez d?intelligence pour comprendre l?importance de faire partie d?une telle épopée, Gaëtan de Chazal et les Éditions du Corsaire font ce qu?il faut pour que cette Histoire maritime des Mascareignes soit la nouvelle pièce de collection que tout bibliophile, intéressé par notre océan Indien, voudra demain acquérir à n?importe quel prix.

Difficile de dire qui de la qualité du récit ou de l?extrême richesse iconographique l?emporte, dans ce livre, appelé à figurer en bonne place, dans les meilleures bibliothèques Mauriciana, aux côtés de Mauritius Illustrated, du Mémorial de la Réunion, de la réédition de l?Album d?Antoine Roussin, de Sur la Route des épices de Denis Piat, de Maurice le temps d?une île, de La Revue rétrospective, du Dictionnaire de biographie mauricienne, de Maurice, images du XXe siècle de Mauritius Telecom, des Plantes et leur histoire à Maurice de Guy Rouillard et de Joseph Guého, de Ile Maurice, ancienne Isle de France de l?inoubliable Philippe Lenoir, sans oublier, bien sûr, le truculent L?île Maurice en 25 leçons de l?inséparable tandem Yvan Lagesse-Roger Merven.

En 200 pages, Gaëtan de Chazal nous promène à travers les couloirs du temps et les plus belles bordées de notre histoire maritime. Si elle commence avec les Phéniciens, les Malais, les Arabes et autres Lascars, elle prend son envol avec les Portugais ravissant aux Vénitiens et à leurs doges le monopole des soieries et des épices venus d?Orient et d?Extrême-Orient.

L?étoile portugaise pâlit à son tour quand les Hollandais, privés arbitrairement des ports ibériques, se lancent encore plus hardiment à travers notre océan Indien, en prenant bien soin de se ravitailler en terre mauricienne. Mahé de Labourdonnais transforme une simple, mais salutaire escale de ravitaillement, en port d?attache, pouvant offrir à un marin, épuisé par une traversée interminable, tout ce qui peut nourrir ses fantasmes même les plus secrets.

Pierre Poivre et d?autres améliorent encore la construction de notre pays commencée par le génial entrepreneur malouin. Si bien que, sous la Révolution française et l?Empire napoléonien, notre Isle de France devient ce nid de corsaires dont les Anglais ne peuvent que jurer la perte. Ils ne peuvent pas digérer que si les États-uniens de Washington et de Benjamin Franklin leur ont ravi leur indépendance politique, c?est grâce en grande partie aux marins français et mauriciens qui retiennent de force dans notre océan Indien les navires anglais qui ont hâte de mater la rébellion américaine dans l?Atlantique.

Clé du développement de l?océan Indien

Si l?Isle de France ne peut empêcher à la France de perdre les arpents de neige du Québec canadien, elle facilite au moins l?indépendance de ces États-Unis, coupables pourtant du recel de nos Chagos. Gaëtan de Chazal excelle encore dans l?art de nous rappeler, à bon escient, tout ce que la découverte des continents antarctique et océanien doivent à l?escale inévitable de notre Port-Louis.

L?Histoire maritime des Mascareignes de Gaëtan de Chazal ne peut que raviver notre fierté d?être Mauriciens par toutes les fibres de notre corps et de notre c?ur, notre fierté d?appartenir à une île qui, en dépit de son exiguïté et de son éloignement, demeure la clé de l?histoire et du développement de notre océan Indien. Il suffit de savoir que jusqu?en 1810 nous avons empêché l?Anglais d?être maître de l?Inde et que, demain, nous serons, encore plus qu?aujourd?hui, le précieux pont entre l?Afrique, l?Inde et la Chine. Merci à Gaëtan de Chazal de nous le rappeler avec tant d?élégance, tout en respectant si fidèlement la Vérité historique.

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