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Nirveda Alleck reconstructed
Dix ans de création. A se poser finalement les mêmes questions. A égratigner souvent son journal intime à coups de ?I am tired, tired of living, of being, of fighting feelings, of fighting the unknown.?
Désespérance de l?être. Mais aussi sursaut de l?âme. Qui se soumet aux exigences de la lucidité. De la subtilité. Aux règles de la raison. Celle qui admet les ?je ne sais pas?. Qui accepte une longue période d?inactivité. Mais qui ne se résigne jamais.
Démarche d?artiste sur une décennie. Pour un Présent immobile. Celui de la plasticienne Nirveda Alleck. Du 31 octobre au 9 novembre, elle s?empare de La Citadelle pour y exposer tableaux, installations et vidéo.
Le choix du lieu même nous ramène à un présent conjugué au mode stagnation. Alors que des concerts prévus à La Citadelle ont dû être renvoyés, et que nous ne pouvons que nous souvenir de mémorables émotions de spectacle. Nirveda Alleck, pour nous sortir du?bouge fixe?, nous invite à explorer les vieilles pierres sous un jour nouveau. Nous entraînant ainsi dans sa quête du différent. Hors des galeries conventionnelles. Avec leurs lumières déjà faites. Leurs murs blancs. Leur public acquis. Pour ne pas dire restreint.
?Je cherchais un endroit pour prendre des risques, pour creuser, construire.? Il s?agit maintenant pour le regardeur d?éviter le piège de trop regarder La Citadelle, ses perspectives ouvertes sur Port-Louis, ses couloirs où l?air résonne, ses escaliers dérobés. Pour entrer dans l?univers encombré, torturé mais somme toute logique de Nirveda Alleck.
De prendre le temps de lire les petits textes qui accompagnent ses travaux. Ces bribes de vécu, consignés dans un journal, dans ses instants d?éternité. ?Ces moments où je m?arrête pour regarder où j?en suis, où je suis. Où j?essaye de voir clair.? La plasticienne nous prévient : ?Ce n?est pas de la littérature, c?est très personnel?. Elle a pris soin de gommer certains noms. De ne conserver que l?universel. Le sel de son mal-être. L?impression de n?aboutir à rien. Et voir la contradiction entre l?impression d?être immobile et le présent où la plasticienne met des mots sur ce qu?elle est. Est plus active que jamais. Avant d?être créative. D?être à présent mobile. Pour se transporter jusqu?à La Citadelle.
?La plasticienne va à la rencontre d?elle-même?
Ecouter Nirveda Alleck se raconter, c?est passer par une porte entrebâillée, avoir à peine le temps de visiter l?un des coins de la pièce avant que l?auteur des travaux exposés à l?oeil nu ne lance un ?c?est banal?.
Surtout ne pas la croire. Croiser fréquemment son image dans ses oeuvres. Reflet de ses états d?âme. Des photos qui ne cherchent pas à être flatteuses. Elle y pose sans fards, les cheveux en bataille, les yeux hagards. L?air perdu. Au cours de ces dix dernières années, Nirveda Alleck a l?honnêteté de dire souvent: ?je ne sais pas, je ne sais plus?. Ce qui alimente ses recherches. Son désir par exemple de mettre en contact deux de ses phobies ( les corbeaux et les graines de pissenlit) pour qu?ils la laissent en paix.
Travail thérapie. La plasticienne va à la rencontre d?elle-même. Elle qui n?hésite pas à se poster près de la poste centrale par exemple ou dans un quartier de Johannesbourg, pour demander à des inconnus si elle peut les prendre en photo. Et remarquer qu?à Maurice, ?personne ne marche seul?. Qu?ici, ?personne ne m?a dit non?. Pour en faire Continuum. Des personnages doublés, les mêmes identités dans différentes positions. Choisis pour l?expressivité de leur visage, comme ce couple avec des jumelles ou le petit garçon avec sa barbe à papa. Nirveda Alleck expose là ses talents de portraitiste. Sort du domaine de la peinture abstraite, ?celle ou l?on peut se cacher? pour ?isoler les gens, montrer ce qui les définît?. et au final, apporter sa goutte d?eau à ?un océan de gens dans un espace blanc?.
1997 ? 2007. Dix ans de création que Nirveda Alleck retrace. N?allez pas conclure que c?est une rétrospective. A quelques exemptions près, ces oeuvres n?ont jamais été montrées à Maurice, parce que créées et exposées en Afrique du Sud et en Ecosse. Parce que c?est à partir de phrases écrites sur une décennie que l?inspiration est venue. Parce que ?c?est dix ans de textes et pas dix ans de moi?.
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