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Nilam, la mode dans l?âme
?C?est une chance extraordinaire d?avoir été sollicitée pour assurer le défilé de la soirée Miss Elégance !? Nilam Lochunah, propriétaire du magasin Nuances à Grand-Baie, n?en revient pas encore. Elle est l?élégance personnifiée lors de la soirée de mercredi au Hong Kong Palace dans son ensemble churidar à l?européenne, qui lui encercle la taille d?un soleil orangé.
Elle nous reçoit hier en pantalon flou et kurta. Qu?on ne s?y méprenne pas. C?est un faux négligé car son top en batik est perlé de tikis. D?ailleurs, c?est ce style baba cool des années 70 qui l?a fait décoller dans le monde de la mode. Mais avant d?en arriver là, elle a été à l?opposé de tout ce qui était chiffon.
Déjà dans son album d?enfant, on la voit prenant la pose, le menton en avant, les mains sur les hanches. Très jeune, elle chipe les cholis de Maman qui deviennent des tops sur ses shorts, et se tord les chevilles dans les chaussures à hauts talons. Plus tard, c?est tout son argent ?tifin?, qu?elle économise sou par sou, pour s?acheter des fringues et des bijoux de pacotille au lieu des gâteaux et autres ?gonaz? dont on raffole à cet âge-là. Chaque samedi, il faut du neuf à Mademoiselle pour aller prendre des leçons. A tel point que ses parents lui répètent en plaisantant: ?Vaut mieux te nourrir que t?habiller, toi !?
Coquette jusqu?aux bout des ongles, Nilam vend ses tours de vaisselle. ?J?avais horreur de m?abîmer le vernis et mes cousines, qui habitaient dans la même cour, se battaient pour laver les assiettes à ma place. Il faut dire que j?offrais une roupie pour le boulot?? Combien de fois, pour des histoires d?ongles trop vivement colorés, n?a-t-elle pas provoqué le courroux de ses profs de secondaire qui la somment d?aller se débarbouiller. Tous sauf un, Bob, qui tombe pour elle. Ils se marient aussitôt ses études terminées. Leur unique enfant est une fille. Telle mère, telle fille, Mélina, la vingtaine éclose, possède la grâce de sa mère.
Nilam, jeune mariée et maman, ne compte pas rester inactive. Elle prend le premier job qu?elle trouve. Secrétaire médicale chez un dentiste, le Dr Jhowry. Elle y reste sept ans avant d?aller travailler pour la fille du dentiste, une opticienne. Elle y passe 12 ans.
Et le hasard sourit?
La mode la tenaille toujours autant. Elle ne connaît rien à la couture, mais? de fil en aiguille, elle apprend à couper des patrons et à dessiner ses vêtements avant de les faire coudre par sa couturière. ?Elle me demandait où j?allais chercher ces modèles qui ne ressemblaient pas à ce qu?on voyait dans les catalogues. Moi-même je n?en savais rien, ils me venaient comme cela.? Nilam ne sait même pas qu?elle est originale dans l?âme. Tout ce qu?elle veut, c?est ne pas s?habiller conventionnel. Idem pour ses colliers et bracelets qu?elle crée à l?aide de cordons et de perles, selon sa fantaisie.
Aussi, quand elle reçoit une offre pour travailler dans une bijouterie haut de gamme à Grand-Baie, elle répond oui dans la minute qui suit. C?est le commencement d?un autre parcours. Là enfin elle est dans son élément car elle côtoie le gratin du St-Tropez mauricien et les grands magasins du nord de l?île. Mais deux ans après, le propriétaire décide de fermer boutique.
Pour Nilam, c?est comme un déclic. ?Je ne me voyais pas à la recherche d?un autre boulot, recommencer à travailler pour les autres.? Elle décide de se mettre à son propre compte. Où, quand, comment ? Elle ne sait pas encore. ?Pendant mon préavis de licenciement, à l?heure du déjeuner, j?allais dans tous les coins de Grand-Baie à la recherche d?un emplacement.? Le hasard lui sourit. Sa promenade forcée l?amène un midi devant le Super U à peine érigé.
?Vis-à-vis du bâtiment, il y avait un go-down où on entassait du bois et des outils pour la construction du hypermarché. J?ai été voir le propriétaire pour lui demander de me le louer à l?achèvement des travaux.? Ce dernier n?est pas trop partant car les lieux sont dans un état déplorable. Mais Nilam use de tout son charme et insiste tant et si bien que trois jours après elle obtient la promesse ferme d?une location. Elle imagine déjà ce que va devenir la vieille remise.
Au collège, elle avait pris Art, entre autres sujets. C?est l?occasion de mettre ses connaissances à exécution. Elle dessine les plans de son magasin, et en route chez un ami qui travaille le fer forgé. Elle souhaite une décoration oscillant entre le style british et l?oriental. En salopette et casquette, elle peint les murs et le plafond à deux tons, installe des spots et des draperies. Le go-down métamorphosé devient Nuances, le magasin ?For women who care?. Il n?attend plus que les produits de Nilam.
Le nez en l?air, elle s?en va fouiner en Inde. Et c?est le hasard qui la fait tomber sur des vêtements hippy qui ont bercé l?élégance de sa jeunesse. ?Je me suis dit ça y est, je vais relancer la mode des 70, mais en plus distingué.? Nilam se met à la recherche de fournisseurs qui veulent bien coudre ses modèles à elle. Des ensemble kurtas, des tops, des pantalons et des sacs à main, rehaussés de paillettes, de broderies et autres colifichets. ?Puis j?ai fait une razzia de bijoux fait-main, comme je les aime, que j?ai mis en vente au magasin.?
Dans ses petits souliers
Il est novembre 2000. Le style Nuances est lancé. Les produits de Nilam intriguent, étonnent et séduisent. Dixit les clientes. C?est ce qui signe le succès de celle qui est partie de rien. En décembre, les ventes sont ?over expectations?.
Au fil des années, Nilam a quand même évolué en style, mariant à merveille l?orient à l?occident, et toujours un peu en avance sur les tendances. Elle privilégie le lin, confortable pour l?été, le voile vaporeux en soirée et la soie sauvage pour les grandes occasions. Elle importe aussi les marques européennes confectionnées en Inde.
Quand Primerose Obeegadoo, la responsable de Miss Mauritius, l?approche dernièrement pour sponsoriser le concours Miss Elégance, elle accepte après deux heures de réflexion. ?Il y a des fois où il ne faut pas beaucoup réfléchir : un coup de téléphone à ma fille qui me conseille de sauter sur l?occasion et puis voilà !?
Avant-hier au Hong Kong Palace, la petite fille aux grandes chaussures est dans ses petits souliers. Mais au dernier passage des candidates, elle sait déjà que c?est gagné. Toutes les tenues griffées qu?elle a choisies avec soin en Inde, pour chacune d?entre elles, ont récolté les faveurs des candidates elles-mêmes et des applaudissements nourris du public ainsi que des commandes fermes.
Elle a aussi présenté la ?Bridal Collection?, son nouveau service de confection sur mesure en Inde. Il va sans dire que Nilam est plus que satisfaite de ce qui lui arrive. Et sous toutes les coutures?
Helena REICH
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