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Neuro-scientifique par ?accident?
Il était en vacances à Maurice et il a déjà regagné Londres et, plus précisément, le campus d?Imperial College où il fait ses recherches doctorales. Si Reaz Vawda, 31 ans mais au visage d?éternel adolescent, a profité de ce séjour pour retrouver le revêtement des terrains de badminton, il a consacré la majeure partie de son temps à l?écriture de sa thèse qu?il soutiendra à la fin d?avril.
Celle-ci porte sur l?isolation et la différenciation des cellules souches du cordon ombilical et leur transformation subséquente en cellules du cerveau dans la lutte contre la sclérose en plaques. Le potentiel de régénération cellulaire des cellules souches constitue le plat de résistance actuel des scientifiques américains et européens car elles ont donné des résultats probants sur les cobayes animaux sur lesquels elles ont été testées.
Deux facteurs ont incité Reaz à se lancer dans la recherche neuro-scientifique. Lui et son père, Saïd Vawda, ingénieur informatique qui a passé 18 ans à l?étranger avant de se poser à Maurice avec sa famille, sont victimes d?un violent accident de la route. Reaz, 13 ans à l?époque et étudiant au collège Royal de Curepipe, présente une fracture avec perforation de la partie frontale de la boîte crânienne. Il est hospitalisé pendant plus de dix jours mais à sa sortie, il ne conserve aucune séquelle de l?accident. Du moins en apparence puisqu?il va même jusqu?à remporter un tournoi de badminton quelques mois plus tard.
Toutefois, la nécessité de boucher la perforation de la boîte crânienne finit par se faire sentir. Reaz est de nouveau hospitalisé pour que le trou soit recouvert d?une plaque en céramique. Or, quelques mois plus tard, alors qu?il se palpe le front, il sent comme un effritement sous-cutané. Il se rend compte que la céramique s?est mise à se dissoudre. ?Les médecins mauriciens ne disposaient pas de la technologie qui me convenait et ils ont mis ma vie en danger.?
Compte tenu des conséquences fâcheuses qui peuvent en résulter, ses parents décident de l?envoyer en Grande-Bretagne pour subir une intervention destinée à remplacer la céramique par une plaque en titane, façonnée après plusieurs scanners de son cerveau par un logiciel informatique.
Reaz est un parmi les premiers à bénéficier de cette nouvelle technologie. Cette intervention chirurgicale dure sept heures et la plaque en titane est vissée à son crâne. Avec autodérision, il demande : ?Vous connaissez le personnage Wolverine, dans le film X-Men, qui a des morceaux de titane greffés à ses os ? Eh bien, je suis une sorte de Wolverine !?
L?autre facteur déterminant dans son choix de carrière : une de ses tantes, dont il est très proche, présente la maladie de Parkinson, maladie du système nerveux, et plusieurs autres personnes dans la même famille, souffrent de cette maladie.
Cela incite Reaz à partir à Manchester, en Grande-Bretagne, pour entamer un Bachelor of Science sur le système nerveux, matière très pointue et nouvellement introduite dans le cursus universitaire.
Ses premières impressions ? ?C?est un peu comme la fiction de Star Trek car on ne sait jamais d?avance à quoi s?attendre. C?est l?aventure et l?excitation de faire une observation importante. On part d?une hypothèse et on ne sait pas sur quoi elle va déboucher. Lorsqu?on parvient à résoudre une équation, dix autres sont en suspens.?
?Vous connaissez le personnage Wolverine, dans le film X-Men, qui a des morceaux de titane greffés à ses os ? Eh bien, je suis une sorte de Wolverine !?
Cela n?empêche pas Reaz de réussir son BSc et d?embrayer avec une licence à l?Institut de neurologie de Londres. C?est à partir de là qu?il s?oriente vers les cellules souches émanant du cordon ombilical et du placenta. Il tient à préciser qu?il ne traite pas avec les cellules souches embryonnaires qui sont obtenues à la suite d?un avortement. ?Moi, je traite avec les cellules souches du cordon ombilical et du placenta qui vont à la poubelle lorsqu?une femme a accouché. Leur découverte est assez récente car elles datent de 2002.?
En laboratoire, il effectue des tests pour voir le potentiel de régénération cellulaire des cellules souches sur des maladies cérébrales telles que celle de Parkinson, celle d?Alzheimer et les ruptures de la moelle épinière. Appelé à dire comment réagissent ces cellules souches, Reaz explique que les recherches publiées font état de rats qui peinaient à se mouvoir et qui se sont mis à courir. ?Ça, c?est extrêmement motivant pour un chercheur.?
Reaz réussit sa licence et son mémoire est très apprécié. Si bien que lorsqu?il postule pour pouvoir faire des recherches approfondies sur les cellules isolées du cerveau au King?s College de Londres, sa requête est immédiatement acceptée et il obtient le financement nécessaire.
Ainsi, pendant trois ans et sous la supervision de Stephen Minger, chargé de cours et directeur du laboratoire des cellules souches, Reaz expérimente la différenciation résultant de leur contact avec certaines cellules du cerveau dans le cas de la sclérose en plaques. ?Nos recherches sont terminées mais n?ont pas encore été publiées. Tout ce que je peux dire, c?est qu?il y a trois types de cellules du cerveau, les astrocytes, les neurones et les oligo-dendrocytes. Les cellules souches peuvent se transformer en l?un de ces trois types de cellules dépendant de leur exposition aux protéines animales. Nous avons réussi la transformation mais il faut maintenant qu?un laboratoire s?y intéresse et l?expérimente sur des cellules humaines.?
Reaz qui n?en a toujours pas assez, a complété son doctorat à l?Imperial College sous la direction du Dr Husseyin Mehmet, neuro-scientifique. Il y est toujours question de cellules souches du cordon ombilical et de leur effet sur la sclérose en plaques. ?Ces cellules souches ont le potentiel de se transformer en cellules du cerveau, en os, en graisse ou en cartilage. Imaginez qu?un cartilage de genou soit abîmé et qu?avec une injection de cellules souches, le cartilage s?en trouve remplacé. Cela peut ressembler à de la fiction mais le potentiel est immense dans la mesure où il y a eu des résultats intéressants sur les chevaux. Donc pourquoi pas sur les humains ??
Reaz ne craint pas de déchanter si ces recherches n?aboutissent à pas grand-chose. ?Il n?y a aucune garantie de réussite avec les sciences biologiques. C?est comme mener une enquête policière. Si l?acide désoxyribonucléique de vos suspects ne correspond pas à celui trouvé sur la victime, vous devez changer votre fusil d?épaule et trouver d?autres suspects. C?est exactement ce qui se passe avec la recherche. Il y a toujours des tas d?avenues à prospecter.?
Le jeune homme souhaite consacrer encore trois années de recherches post-doctorat en Grande-Bretagne ou au Canada. Mais si d?aventure le sujet se met à passionner les académiques de l?université de Maurice, il se dit prêt à revenir au pays pour présenter les derniers développements sur le sujet. ?Sans vouloir être prétentieux, je serai tout à fait disponible pour partager ces découvertes ici mais tout dépendra de ce qui s?y fait.?
Reaz a encore une autre passion. C?est la préservation de l?environnement et il compte mettre sur pied un programme de préservation et de régénération de la flore et de la faune mauricienne. ?À Maurice, l?exploitation des ressources se fait sur le court terme alors qu?il y a des normes internationales de préservation qui devraient aussi s?appliquer ici. Deux conservateurs irlandais, les docteurs Timothy O?Higgins et Linda Aherm et moi avons décidé d?élaborer ce plan pour Maurice. Nous travaillerons avec le gouvernement et toutes les parties concernées. Vous en saurez plus bientôt.? Comme quoi, Reaz entend être présent sur bien des fronts?
Reaz Vawda peut être contacté au [email protected]
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