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Natty jah vision réaliste d?une grande vogue

9 janvier 2004, 20:00

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Il insiste. «Rien n?a changé.» En 2003, la Mauritius Society of Authors (MASA) a vendu 8500 vignettes pour les CD et 1700 timbres pour les cassettes de Vanité. Tel est le titre du premier album de Natty Jah sorti en mars 2003. C?est l?une des meilleures performances des douze mois écoulés. Cette chanson a été consacrée titre préféré des auditeurs de Radio One.

D?un trait de plume, appuyé par Geda Production, quinze ans de galère ont pris fin. Quinze ans de méfiance entretenue vis-à-vis des futilités de l?existence : «ène sofa ki pli zoli ki séki pou mo voisin, bann zafer matérialiste. Bisin combat l?envie.» Presque deux décennies à faire le tour des petits concerts improvisés, d?abord en tant que membre du groupe Natty Jah, puis comme seul détenteur de ce nom de scène qui mélange philosophie rasta et culte du naturel. Sa chemise blanche trop grande pour lui, ne laisse filtrer aucune preuve matérielle de l?impact du plébiscite populaire. Pas de bijoux. Des mèches grises où le désordre est tout sauf étudié. Des yeux qui envoient régulièrement des signaux simples à décoder : souriant, pensif, concentré, étonné, sceptique? Une voix posée. Et surtout des mains, où sont répandues plusieurs cicatrices anciennes. Souvenirs de coups de marteaux maladroits pour les doigts de gauche. Tatouage d?un poisson ? son signe astrologique ? sur le dessus de la main droite. Mais «parler du quotidien dans les chansons, c?est éphémère.» Comme il le dit dans son tube, Natty Jah n?a pas de vanités. C?est au fond de sa «grotte» à Goodlands que le chanteur à la voix claire, laisse s?enchaîner les jours. Lever aux aurores. Journée chargée, le marteau, l?équerre et la tourelle de tailleur de pierres à la main. Nuits de sommeil sur un tapis, car aucun meuble n?accapare l?espace restreint qu?il appelle «chez lui.» Là, Natty Jah redevient Patrice Leung Kai. Un quadragénaire qui tient pardessus tout à sa tranquillité. Même s?il a eu du mal à quitter sa famille. «Mes parents ne voulaient pas que je quitte la maison sans être marié.» Le jeune homme foncièrement indépendant trouve la parade. Dans le jardin familial, patiemment, il empile du basalt. Construit une unique pièce qui sert d?abord de débarras, puis de salle de répétition avant de devenir l?abri de sa vie.

Le travail manuel il connaît. Six ans à réparer des «machines diesel ek l?essence.» Trois ans à conduire des poids lourds dans des champs de canne. Avant de consacrer sa sueur à la taille des entrailles de la terre. «L?homme fer mirak. Comparez une pierre à l?état brut dans un champ de canne et le produit fini. Les couleurs, les formes, le grain de la matière est transformé sans que l?on ait eu recours à autre chose que de la volonté.»

La même image transposée dans le milieu musical, cela donne un titre écrit, il y a de cela, une quinzaine d?années. Vanité. Il colle toujours à l?actualité. Comme une main tendue vers l?universalité. Et pourquoi pas l?immortalité. Natty Jah a un geste de recul. Il ne comprend pas. Pourquoi veut-on le faire sortir de la sécurité que lui offre sa simplicité ? Son parcours à lui est tout tracé. Entre les manuscrits de toutes les chansons écrites depuis qu?il a fait sienne la réalité rasta, au milieu des années 80.

La pression du deuxième album- celui que beaucoup d?artistes qualifient de calvaire où l?on est attendu au tournant - Natty Jah ne la ressent pas. Il est prêt. En toute sérénité. Sa «cagnotte» de Vanité, il a choisi de ne pas y toucher. «Garde pou létemps dir.» Ces mois et ces années où il n?aura plus la force de vivre en façonnant la nature. Ne lui restera plus alors qu?à céder au vertige de la passion. Celle de dire sa vérité. Chanter des histoires rigoureusement autobiographiques. Le prochain album devrait s?intituler Si to lé. Le public en voudra-t-il ?

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