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Natacha Constantin, la cantatrice fauve

26 novembre 2007, 00:00

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En coulisses, des «oh» des «ah» ! Des pas précipités, une main qui ouvre un rideau. C?est Natacha Constantin, toute en joie d?avoir vu la photo d?elle accrochée à un mur du conservatoire de musique François-Mitterand.

Sur la photo, elle a 15 ans. 12 ans plus tard, retour aux sources. Cheveux courts, idées longues. Toute embastillée qu?elle est ? Natacha Constantin est soliste à l?Opéra Bastille ? la soprano grand lyrique a encore des enthousiasmes d?adolescente.

Vivante, volubile, vraie. Son émotion est communicative. Colorée. Natacha n?est jamais à court d?anecdotes. Ni de gestes pour les ponctuer. Et pourtant derrière le titre ronflant, derrière les subtilités de spécialistes ? «certains disent que je suis une soprano dramatico coloratura, moi je dis que je suis en chantier» -, sa vie a des airs de marathon.

En aparté, Régis Finette, son grand-père, présent au conservatoire, confirme : «Vous savez que la dernière fois qu?elle est venue à Maurice, elle n?est restée que pour le déjeuner.» Ce qui ne l?empêche pas d?aller lui rendre visite en France. Elle, consciente de cette «bulle vitale pour la concentration» imposée à ses proches, s?excuse presque. «Il doit croire que je fais exprès, mais dans cette bulle, on est tout le temps en train de courir. En plus il faut dormir beaucoup. On ne parle pas trop pour ménager sa voix et c?est sûr que pour l?entourage, c?est très difficile.» Une bulle où en plus Natacha a décidé de maigrir, «parce qu?il y a des théâtres qui le demandent et que la lumière et le maquillage, cela grossit».

Et dire qu?au départ, quand Natacha s?installe à Toulouse en 1998, «je voulais être directrice des ressources humaines». Elle est inscrite à la fois en fac de psychologie et au conservatoire. «On nous a fait comprendre qu?il y avait beaucoup de chômage dans la psychologie et que cela ne valait pas vraiment la peine de continuer.»

Comme la Mauricienne est bénéficiaire d?une bourse de l?ambassade de France pour des études de musique, elle réoriente son parcours. «Mais je me balade toujours avec des bouquins de psychologie. J?ai 27 ans, je me dis qu?un jour je m?y remettrai.»

«Etre doublure, c?est avoir beau_ coup de diplomatie. C?est être assez discret pour ne pas faire sentir au titulaire qu?on est une menace.»

Commence alors un cursus auréolé de prix. D?ailleurs, à 19 ans quand ses professeurs découvrent son timbre de voix « où il y a une couleur sombre» ? d?où le «dramatico» - ils la font tout de suite passer de la première année du premier cycle à celle de troisième cycle.

Diplômée du conservatoire national de la région de Toulouse, du centre d?études supérieures de musique et de danse de Toulouse, elle est Premier prix de mélodie au concours international de chant de Marmande, prix Carpeau pour la saison 2003-2004 à l?Opéra de Paris, finaliste du concours international de chant de Toulouse en 2006. Désormais intermittente du spectacle, elle est soliste à l?Opéra Bastille.

Avec recul, elle constate : «Je ne suis pas encore arrivée à maturité.» Elle se souvient qu?à 21 ans, sa liste de prix lui a valu une avalanche de propositions de rôles. Mais elle a fait le choix de refuser. «J?étais consciente d?avoir fait tout trop vite.» Elle refusera pour «se protéger». Pour ne pas «commencer trop jeune et se briser les ailes plus tard».

Son refuge sera l?Atelier lyrique. Où elle va vite déchanter. «En arrivant, je pensais que j?avais un certain niveau. On ne m?a pas dit que j?étais nulle mais on m?a appris à chanter des choses qui me mettaient en danger.» Parce que la fameuse «couleur sombre dans la voix» avant l?Atelier, Natacha l?avoue, elle «en usait et abusait». «On m?a expliqué que pour ma santé vocale, je devais avoir de la réserve.»

Ce long apprentissage volontaire lui a ouvert les portes d?une vie d?intermittente du spectacle. Ce qui signifie : pas de salaire fixe. Une vie à courir les auditions. Une vie de doublure sur deux productions à la fois. Avec le plaisir de «chanter pour le public élitiste et exigeant de l?Opéra Bastille» depuis 2003.

«Etre doublure, c?est avoir beaucoup de diplomatie. C?est être assez discret pour ne pas faire sentir au titulaire qu?on est une menace.» C?est être prêt à enfiler le costume au pied levé même en pleine représentation. Une doublure, c?est la personne qui est disponible de 10 à 22 heures. Celle qui «quémande quelques minutes pour manger avant de monter sur scène».

Un univers impitoyable où «si on annonce trop tard qu?on est malade, non seulement on n?est pas payé mais on doit son cachet». Un monde du détail où la moindre note, le moindre geste compte, «parce que le metteur en scène peut vous faire des histoires pendant dix ans pour un petit doigt mal placé».

Ses rôles vont d?Inès dans Il Trovatore en 2004 à l?Opéra Bastille, doublure pour le rôle de Donna Elvira dans Don Giovanni mis en scène par le cinéaste Michael Haneke à l?Opéra National de Paris. Elle double également Dawn Upshaw dans le rôle de Blanche de La Force dans Le Dialogue des Carmélites de Francis Poulenc à l?Opéra Bastille sous la direction de Kent Nagano. Cette année, elle a interprété Camille dans Louise toujours à Bastille. Une quête de justesse et de technique pour «respecter la partition tout en gardant le naturel. Pour arriver dans un deuxième temps à se défaire de la partition».

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