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Nagalingum ou la simplicité d?un artiste émotif

10 juillet 2006, 00:00

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Nagalingum est double. Artiste et homme. Corps contre terre, c?est à même le sol que les deux communiquent sur le canevas. ?Le nouveau Nagalingum demande à l?ancien de s?en aller.? Et survient très vite la puissance de l?inspiration. ?C?est la force de la terre qui m?élève vers le céleste.?

Moorthy Nagalingum a toujours besoin ?d?une excuse? pour entrer dans le canevas. Il existe chez cet homme une lueur constante qui crépite dans le regard. Il préfère l?effacement à la gloire. C?est sans doute pour cela qu?il baisse les yeux quand les compliments pleuvent. Cela explique aussi pourquoi le Portlouisien qu?il était, s?en est allé du côté du ravin du Balfour pour y bâtir son nid.

Rétrospective est une rencontre à laquelle il ne s?attendait pas. Mala Ramyead Chummun, directrice de l?Institut des Beaux Arts du Mahatma Gandhi Institute lui en avait parlé il y a un an. D?abord ?non?. Puis, il a hésité. Vu l?insistance, il a craqué. ?Mais à une condition, que ce soit une petite exposition.? Une ?petite? exposition qui marque 49 ans de carrière.

200 tableaux. Des revues de presse étalées. Une monographie publiée. Le Premier ministre invité. ?C?était trop?? s?excuse presque l?artiste.

Tout comme dans ces ?uvres d?art qui offrent à profusion, de grands effets de couleurs pastel, Moorthy Nagalingum préfère être discret. Il ne parle pas beaucoup. Seulement pour dire l?essentiel. Ses peintures aussi d?ailleurs. ?Vous verrez beaucoup cet effet d?effacement dans mon travail. Le blanc sur blanc. Certains disent que je suis avare. Avare de lignes. De formes. De couleurs. Je n?ai rien contre ces gens-là. Au contraire, je prends cela comme un compliment.?

Vous lui parlerez d?ambition, de l?effet d?être autant félicité et admiré, l?artiste demeurera toujours très simple. Au fait, il n?a jamais eu de ? grandes ambitions?. ?Il ne faut pas se prendre trop au sérieux dans la vie?, lâche-t-il.

Quand il a débuté, il voulait d?abord être musicien. C?est son oncle Surya qui lui a offert un violon, sans prévenir, pour lui faire plaisir. ?Il avait deviné que je n?étais pas fait pour les mathématiques ou autres sujets de ce genre. Il m?a présenté à France Alleaume, un musicien de talent.? Ce sera le déclic.

Aussi fine et captivante qu?est la musique, Moorthy Nagalingum découvrira aux côtés de France Alleaume, la peinture. Une fidèle amie creusa en lui ce désir d?aller en Inde, à l?université de Santiniketan. ?Là-bas, il n?y avait que la nature. Mon logis se trouvait juste à côté de l?université. Il n?y avait ni télé, ni cinéma. J?étais en communion avec le pays.? Il n?avait toujours pas d?ambition. Il voulait seulement acquérir la connaissance. L?Inde lui a appris nombre de techniques. De 1957 à 1963, il s?est plu à se découvrir. De Santiniketan à Madras.

Mais il savait, en optant pour l?art, que la vie à Maurice allait être compliquée. ? Je suis resté trois années au chômage. J?ai subi, sans rancune. Le regard des autres m?importait peu. L?essentiel, c?est d?avoir travaillé.? Puis tout alla très vite.

L?enseignement l?a attiré vers un collège de Beau-Bassin, puis au Queen Elizabeth College durant 13 ans et 18 ans au MGI à partir de 1976. Lentement, il réussissait à montrer ?un petit commencement de modernisme dans l?art mauricien.? Il y a eu plusieurs réussites, dont le Salon de mai, créé, il y a 25 ans parce que ?toute école d?art appelle une exposition.?

L?enseignant puis directeur du MGI s?adonnait pleinement. ?On avait à toucher à tout, la technique, la peinture, je me suis équipé pour donner le maximum aux étudiants. Toutes ces choses apprises, je les ai passées à ces derniers.? Les expositions se sont enfilées. La voix devient plus souple. Il nous fait comprendre que c?est le présent qui compte.

Si ses canevas démontrent dernièrement une tendance vers les couleurs, sachez que c?est pour ?plaire au public?. Rétrospective a sorti toutes ces vieilles toiles qu?ils avaient enfouies dans une malle à son retour de l?Inde.

Sur toute l?époque, ses ?uvres finissent par s?épurer car ?on se fait un peu pur pour le dernier voyage?. Il marque une pause. Derrière les lunettes rondes, brille la même lueur. ?I?ve been happy, murmure-t-il. I?ve been happy?? Comme ses toiles, Moorthy Nagalingum est quelqu?un que l?on quitte sur la pointe des pieds. Sans poser trop de questions.

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