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Médecins ?
Le souci de l?homme pour sa santé remonte aux âges les plus reculés, sans que l?on possède, avant l?écriture, des documents certains. Il suffit de voir comment, de nos jours, les remèdes traditionnels tirés de la nature sont encore utilisés, au sein de peuplades retirées comme en nos campagnes, pour s?en faire une idée.
A partir de l?époque romaine, nous savons quelles étaient les « modes » médicales ? car dans ce domaine aussi il y a des modes (modus latin signifie « manière ») qui prévalent, et qui sont sous l?autorité du « paterfamilias », le père étant aussi responsable de la santé des siens. On connaît, par exemple, dans la Rome des premiers siècles, l?engouement pour le chou. Véritable panacée, le chou servait de « guérit-tout ». On le mangeait, on en faisait des décoctions, des cataplasmes réputés pour combattre l?inflammation, les douleurs des os? Au Moyen Age, les apothicaires, (qui deviendront nos pharmaciens) sont aussi « guérisseurs » et inventeurs de potions compliquées, dans lesquelles entrent des ingrédients divers , une cinquantaine au moins, comme : de l?extrait de vipère, des rognons de castor, de l?araignée broyée, du sureau, du safran, des piments rouges d?Orient, de la réglisse, des huiles de cade et de ricin, etc. mélanges bizarres dont chaque inventeur gardait le secret. Ces « thériaques » étaient aussi réputés contre les poisons, si courants à cette époque.
Dans les siècles suivants, s?affirme cette idée que la nature végétale, mais aussi animale et minérale contiennent des substances utiles en thérapeutique, vision déjà moderne du remède, spécialement en médecine homéopathique qui tire de ces trois règnes l?essentiel de sa pharmacopée. C?est surtout au XVIIe siècle que la vogue des médicaments animaux fut la plus tenace. Extraits d?os, de cervelle, grenouille, lézard, sang de rat, urine, tout cela trituré, mélangé à des huiles, des extraits de plantes? Une infinité de produits ? produits surtout par l?imagination - garnissait ainsi la boutique des apothicaires? Seule est demeurée vivace les traitements végétaux, toujours utilisés de nos jours.
Et les médecins dans tout cet amateurisme ? On ne peut les évoquer, sans que Molière (qui les avait beaucoup subis) surgisse en nos mémoires. Il les égratigne largement en plusieurs de ses comédies. On connaît l?immuable principe du temps qu?il ridiculise : « Clysterium donare, ensuita purgare, tertia saignare. » Ce latin de? cuisine thérapeutique livre toute la méthode du temps : administrer des lavements intestinaux, purger le malade avant de le saigner. Avec des traitements aussi héroïques, nul doute que seules résistaient les constitutions particulièrement robustes. On raconte que Louis XIV encaissa, au cours de son règne, plus de deux mille purgations !...Tous ces « Docteurs Diafoirus » avaient la main lourde, la prescription radicale? Louis XIII fut saigné plus de quarante fois en une année. Les gens mangeaient beaucoup (pas les pauvres évidemment) trop de viandes et de gibier, une nourriture forte, à l?origine de bien des malaises. D?où, cette indication d?éliminer l?abondance du sang. On sait d?ailleurs que cette pratique de la saignée se retrouve dans maintes traditions médicales. A Rome déjà, nous rapporte
Pline l?Ancien. En Afrique, en procédant par coupures superficielles sur la peau, (scarification du genre de celle pratiquée dans la cuti-réaction)?
Quant au lavement, c?était une véritable obsession des Daquin, des Fagot, sommités médicales de l?époque, toujours flanqués, comme chez Molière, de leurs aides porteurs d?énormes seringues. Ces « infirmiers », on les appelait les « limonadiers du postérieur » .
Au fil du temps, la médecine évolue, grâce aux recherches sur l?organisation du corps humain, et l?essai de substances nouvelles ; par exemple le quinquina, importé d?Amérique, qui donnera la quinine. Dès que l?Eglise n?interdira plus l?ouverture des cadavres, que sera établie la circulation du sang, le rôle précis de chacun de nos organes, la médecine, grâce à des maîtres prestigieux tels que Laennec (inventeur du stéthoscope d?auscultation, et d?études sérieuses sur la cirrhose alcoolique du foie) avancera rapidement vers des médications appropriées. Ainsi, il fallut la connaissance de la vitamine C pour mettre en évidence l?origine du scorbut, qui décimait les équipages des bateaux, isolés en mer durant des mois, et donc privés de légumes et de fruits frais.
Même chose pour la pratique de la vaccination ? contre la variole, par exemple ? qu?un remède empirique, bien avant le vaccin de Jenner, avait précédé en Turquie : à Constantinople, on inoculait aux enfants quelques gouttes de pus d?un malade pour les protéger de la maladie. Mais il est évident que le rôle du prescripteur est capital. Le malade se confie à son médecin avec l?espoir de guérir. Nous n?en sommes plus au temps de Molière. La science médicale fournit aujourd?hui au praticien un arsenal sans cesse perfectionné de pratiques et de remèdes. Des grands noms de médecins emplissent des dictionnaires. Bienfaiteurs passionnés que nous ne connaissons qu?à peine.
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