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Mère d?un enfant séropositif, Josiane confie ses soucis

30 novembre 2004, 20:00

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A en juger par sa taille, Yohann fait nettement plus grand que ses six ans. Ses immenses yeux marron scrutent les visages non familiers. Mais sa méfiance est de courte durée. S?il s?exprime correctement, laissant échapper un ?chouette, c?est Pokémon? quand son dessin animé préféré est diffusé à la télévision, le ?dodo ? rouge, chiffon qu?il étreigne en permanence, est un constant rappel qu?il n?y a pas si longtemps, il n?était encore qu?un bout de chou.

Josiane et son mari n?ont jamais réussi à avoir un enfant, malgré leurs 20 ans de mariage. Ils se consolent en se disant que si cela ne vient pas, ils opteront pour l?adoption. Leurs proches n?approuvent pas, arguant, selon la croyance populaire, que ?piti ki pa pou ou zame pou vinn pou ou?. Josiane n?en a cure car à ses yeux, on ne fait pas un enfant pour s?attendre à quoi que ce soit en retour. On le fait car on a de l?amour à en revendre.

C?est dans cette optique qu?ils se sont fait inscrire auprès du National Adoption Council. Elle est prise de court quand son mari l?appelle un matin et lui annonce qu?un bébé d?un mois, abandonné par sa mère, les attend à l?hôpital. Ils y accourent. Et dès le premier regard, ils sont conquis. ?Le courant est passé tout de suite entre le nourrisson et nous. C?était comme si c?était moi qui avais accouché?, raconte Josiane.

Cette arrivée inopinée de Yohann ne vient aucunement chambouler leur vie. Du jour au lendemain, parents et amis les inondent de cadeaux, dont de la layette. A partir de l?âge d?un an, Yohann se met à faire de la température chaque semaine. Son pédiatre finit par demander à Josiane de lui faire un bilan sanguin complet. Test qui s?effectue à l?hôpital.

Choc

Josiane est sur son lieu de travail quand son mari lui téléphone pour l?informer que le médecin a appelé. Son diagnostic a l?effet d?une bombe : Yohann est séropositif. Il les réfère à la Aids Unit. Josiane et son mari sont catastrophés. Du sida, ils ne savent qu?une chose : il s?agit d?un virus mortel. Le Dr Joy Backory, affecté à l?époque à la Aids Unit, leur fournit les explications les plus complètes au sujet de ce mal. Le couple sort de là rassuré.

Comme le gouvernement n?a, à l?époque, pas encore décidé de distribuer gratuitement des antirétroviraux comme c?est aujourd?hui le cas, le praticien les réfère à Prévention, information et lutte contre le sida (PILS). En cherchant à localiser le siège de PILS, Josiane découvre le poids des préjugés. L?homme à qui elle demande sa route recule, avant de dire qu?il ignore où est situé PILS et de s?en aller rapidement.

PILS est leur bouée de sauvetage, leur fournissant les médicaments pour Yohann. ?Ce n?était pas facile car l?un des trois sirops était aussi fort que l?alcool. Yohann vomissait aussitôt après l?avoir avalé. Il fallait recommencer maintes fois et le cajoler pour qu?il parvienne à l?ingurgiter.?

A deux ans, Yohann souffre d?une bronchite. Josiane le fait admettre en clinique. Elle est choquée par l?ignorance des nurses qui gardent leurs distances de l?enfant comme s?il était un pestiféré. Elle est franchement dégoûtée quand elle les entend dire que la chambre où a séjourné Yohann sera placée en quarantaine.

En juillet dernier, Yohann souffre à nouveau d?une bronchite. Josiane préfère l?emmener à l?hôpital. Son fils y est accueilli à bras ouverts. Elle est même autorisée, comme les autres mères, à rester à son chevet 24 heures sur 24. Ce qui l?arrange car même si Yohann est traité pour ses bronches, elle doit lui administrer ses antirétroviraux.

?Il faut faire une exception?

Yohann rechute en octobre. Lorsqu?elle se rend de nouveau à l?hôpital, Josiane apprend une nouvelle qui la choque : un nouveau règlement hospitalier stipule qu?une mère ne peut rester au chevet de son enfant que si celui-ci a entre zéro et cinq ans. Ce qui n?est pas le cas de Yohann. ?Un médecin m?a dit : regleman se regleman. Al get seki ou envi, ou pa pou kapav reste.? Son plaidoyer au surintendant de l?hôpital reste vain.

Malgré son état, Josiane retire Yohann de l?hôpital et consulte le médecin du Aids Secretariat. Celui-ci l?avertit toutefois que si l?état de l?enfant empire, il faudra l?hospitaliser à nouveau. C?est le cas le lendemain. Heureusement pour Josiane, elle a affaire à une doctoresse compréhensive qui l?autorise à rester au chevet de son enfant.

Josiane appréhende désormais une hospitalisation pour son fils. Elle s?insurge contre ce règlement, non seulement pour Yohann mais pour tous les enfants en bas âge qui ont besoin de leur mère. ?Cette autorisation ne peut dépendre des médecins de service. C?est absurde. Il faut faire une exception non seulement pour un enfant séropositif mais pour n?importe quel enfant en bas âge. Les infirmiers s?occupent médicalement de l?enfant malade. Mais ce dernier a besoin d?amour et d?une présence familière pour guérir plus vite.? Est-ce vraiment trop demander?

Lutter contre la féminisation du sida

A Maurice, le conservatisme ambiant commence à céder la place à une parole libérée. On s?exprime plus ouvertement. Cette année 2004, un thème : ?Femmes et filles, face au VIH et au sida.? Et ces femmes mauriciennes, atteintes du virus et plus souvent victimes que complices, prennent de plus en plus la parole pour dire leur refus des flétrissures et de la discrimination.

La prévention et le droit à l?information autant qu?aux traitements demeurent les objectifs premiers de tous ceux engagés dans cette lutte contre le VIH-sida. Cette maladie a provoqué plus de 3 millions de morts en 2004 et quelque quarante millions de personnes infectées. Le consensus est mondial pour un combat de tous les instants.

Mais les moyens préconisés diffèrent. De l?option préservatif à la distribution gratuite de seringues au sein de la communauté des toxicomanes, à Maurice comme dans d?autres pays, on enregistre certaines tergiversations. Toutes les positions étant défendables, on finit par demeurer dans le statu quo.

Ce n?est pas pour autant que les différents stakeholders, engagés dans cette lutte à Maurice, se privent d?initiatives les unes plus louables que les autres. De l?association Pils à la Aids Unit du ministère de la Santé en passant par la Mauritius Family Planning Association ou l?Action familiale, aucun effort n?est ménagé pour contenir le sida et encadrer les personnes infectées.

Un premier cas en 1987

Depuis 1987, 115 personnes sont décédées de la maladie alors que le premier cas avait été repéré durant la même année. Depuis, 1032 cas ont été relevés. De janvier à septembre 2004, 326 nouveaux cas de séropositivité ont été enregistrés.

En moyenne, pour chaque trois hommes infectés, on compte une femme et la contamination se fait davantage par voie intraveineuse. Ce dernier élément pousse les différents protagonistes, actifs dans le secteur, à encourager des actions plus poussées pour accompagner la communauté des toxicomanes. Ceux qui recommandent la distribution de seringues précisent qu?une telle distribution n?inclut pas le monde carcéral. En même temps, ils assurent que c?est l?un des moyens les plus efficaces pour limiter la propagation parmi les toxicomanes. Ces actions ciblent particulièrement les femmes.

Selon le rapport annuel de l?Onusida, le Programme commun des Nations unies sur le VIH-sida, les femmes comptent pour près de la moitié de quelque 40 millions de personnes atteintes. D?où la décision de mettre la femme au c?ur du problème cette année. C?est également un moyen pour mieux encadrer une population vulnérable qui subit directement les effets de la discrimination et qui, par conséquent, a le moins accès aux soins et à l?information.

Dans certains pays, les tabous et la victimisation des femmes perdurent. Celles-ci ne peuvent même pas objecter aux rapports sexuels à risque. Autant de raisons qui font que le combat contre le sida passe par la protection des femmes surtout lorsqu?on sait que les comportements déviants des hommes sont l?une des causes d?infection des femmes.

Les indicateurs sont d?ailleurs alarmants. Le nombre de femmes porteuses du virus est en progression constante. Les hausses les plus élevées sont enregistrées en Asie de l?Est, en Europe de l?Est et au sein de la région la plus fortement touchée, soit l?Afrique subsaharienne.

A Maurice, le plaidoyer pour un changement d?attitude se fait davantage entendre. En ce 1er décembre 2004, des voix se font entendre? pour qu?une autre infamie ne soit pas commise contre la femme.

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