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Mystères

29 juillet 2004, 20:00

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La culture du silence, ce n?est pas qu?un slogan à Maurice. Le refus de s?expliquer, d?expliquer leurs décisions, est un mode de (non-)communication courant parmi nos décideurs. Ainsi, la députée Françoise Labelle estime qu?elle peut démissionner d?une instance aussi importante que le comité parlementaire de l?Icac sans avoir à rendre des comptes à l?opinion publique.

Le plus souvent, les politiciens qui cherchent à esquiver les questions trouvent néanmoins le ton juste pour repousser aimablement les journalistes. Ce n?est pas le cas de Françoise Labelle. Visiblement, elle n?a pas la rhétorique habile. Elle a lancé, par exemple, un retentissant ?Ça me concerne? à un journaliste qui l?interrogeait sur les raisons de sa démission. A un autre, elle a dit : ?C?est derrière moi.?

Madame Labelle se trompe si elle croit pouvoir se soustraire si facilement au devoir de répondre de ses actes en tant qu?élue. Elle siégeait au comité parlementaire parce qu?elle est une représentante du peuple. Assumer une charge publique crée une obligation, celle de la transparence. Ses mandants ont le droit de savoir ce qu?elle fait en leur nom.

Les faits relevant de la vie publique d?un personnage politique ne peuvent être assimilés à des petits secrets personnels. Les raisons derrière l?acte spectaculaire de la députée concernent l?ensemble de la population.

Le comité parlementaire de l?Icac a un rôle fondamental dans la lutte contre la corruption. Elle a pour mission de ?monitor? la commission et de donner des instructions à l?Icac au sujet de sa gestion financière et des ressources humaines. Si un membre de ce comité trouve qu?il est opportun de claquer la porte, c?est un événement qui ne saurait s?arrêter à sa personne.

On peut comprendre que le droit du public à l?information ne saurait forcer quiconque à divulguer les procès-verbaux des réunions du comité. Personne ne peut blâmer Françoise Labelle d?être respectueuse au devoir de confidentialité qui est imposé aux membres du comité. Toutefois, rien ne l?oblige à se taire sur les manquements éventuels de ce comité et qui auraient provoqué son départ.

Certes on peut créditer Françoise Labelle d?un acte d?honneur parce qu?elle a eu le courage de démissionner d?un poste de responsabilité. Mais il lui manque l?audace d?aller jusqu?au bout de sa logique. Elle rate une occasion de dénoncer des pratiques qui lui ont sans doute inspiré du dégoût.

On ne peut s?empêcher de penser qu?elle garde le silence afin de ménager des intérêts partisans. Le président du comité qui est en cause, Rasheed Dawreeawoo, est un MSM tandis que la démissionnaire appartient au MMM.

La posture de Françoise Labelle et son appréciation erronée de ce qui relève ou pas du domaine public est une caractéristique de nombreuses personnes exerçant une activité ou une fonction publique. Certains le font savoir avec finesse, d?autres pas, mais la plupart ne reconnaissent pas le droit de la population de demander et de recevoir toute information concernant les affaires publiques. Parfois il faut entamer un véritable parcours du combattant pour accéder à un renseignement somme toute anodin.

Quand les dirigeants dénoncent l?industrie à palabres qui fonctionnerait à plein régime, ils ne tiennent pas compte de la rétention d?information qui l?alimente. Les rumeurs se propagent facilement parce que les hauts niveaux de la sphère décisionnelle restent brumeux.

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