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Myopie politique
En politique, chaque déroute est mise sur le compte d?un leader. Celui-ci porte la responsabilité des contrecoups que subit son camp. Il est moins jugé sur son bilan que sur sa volonté de gagner et sa capacité à éviter les coups fourrés. À un peu plus d?une d?année des prochaines élections législatives, les grandes man?uvres ou le jeu des supputations, c?est selon, ont commencé. Le paysage politique mauricien étant si aléatoire en termes de configurations électorales qu?il est vain de tenter d?anticiper sur les événements. Cependant, il y a des faits et on ne peut les occulter.
Depuis l?Indépendance, l?île Maurice n?a connu que quatre différents Premiers ministres. Le renouvellement de leadership obéit jusqu?ici aux impératifs dynastiques. Toutes les formations traditionnelles ont été en alliance, à un moment ou à un autre, les unes avec les autres. En termes de regroupement de compétences et de synergies de travail, on sait d?avance ce que les éventuelles alliances peuvent produire et le temps qu?elles dureront. Un tel arrière-fond ne laisse place à un aucun espoir de régénération politique. Cette impression est d?autant plus confirmée qu?après l?ère Ramgoolam père et celui de Jugnauth père, Navin Ramgoolam, dans un passé récent, et Bérenger actuellement n?ont pas su prendre des postures convaincantes ou réinventer leurs partis sinon le paysage politique lui-même.
Ce n?est pas étonnant dans ce contexte si on entend de nouveau dire que les partis traditionnels ont commencé à machiner des alliances. Malgré ses réalisations et ses efforts, l?actuel gouvernement ne parvient pas non plus à marquer une rupture avec une certaine manière de faire en politique. Ainsi en dépit d?une législature qui s?annonce complète au pouvoir, d?une politique de réformes, souvent tatillonne rarement décisive, d?une série de mesures qui s?éloigne de nos traditions jacobines, entre autres, l?alliance MSM-MMM peine à trouver ses marques en vue des prochaines législatives. Des déclarations surfaites de l?actuel Premier ministre aux pressions que doit subir le leader du MSM ont sérieusement entamé la belle dynamique qu?on nous annonçait en début de législature.
Le jeu politique est limpide désormais. L?opposition concentre ses tirs contre Paul Bérenger, courtise ouvertement Pravind Jugnauth alors que la mécanique gouvernementale hoquette dans un climat de tension latent entre les lieutenants. La plus grossière erreur que commettrait cette alliance, si elle devait se maintenir jusqu?aux prochaines élections, c?est de persister dans un discours électoral qui est loin d?être porteur. En mettant l?accent sur son bilan et en insistant sur le fait qu?elle compte poursuivre le travail engagé, elle compromettra définitivement ses chances. La rupture de ton et de projet devient inéluctable dans cette perspective. Sauf que les dirigeants de l?alliance gouvernementale s?obstinent à pratiquer l?inverse, ignorant le fait que la logique ne fait pas le poids face à la psychologie. C?est ce vide laissé par le gouvernement qu?occupent l?opposition travailliste et ses alliés en spectacularisant toutes les espérances imaginables.
À l?heure de la défaite, c?est le leader qui en fera les frais. Grâce à une démarche populiste, Navin Ramgoolam obtient un soutien ostentatoire de ses partisans que les hiérarques de son parti peuvent difficilement contester. En face, son adversaire direct, Paul Bérenger, dit détenir des formules magiques, de surcroît secrètes, qui au lieu de charmer, semblent lui aliéner ses soutiens et traduisent une certaine myopie politique.
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