Publicité
Musicology le nouveau défi de Prince
N?évoquez pas devant Prince, le terme comeback. Son Altesse risque de prendre la mouche. Le chanteur se défend d?avoir fait son retour à la musique avec Musicology, son nouvel album. «I would ask people who want to call this a comeback, where they think I'm coming back from?» Et vlan ! La star de 45 ans, connue pour sa petite taille, ses talons aiguille et ses vêtements violets, refuse de passer pour celui qui revient d?un échec. Surtout aux yeux de ses pires ennemis : les critiques. Pourtant, avec un nouvel album, une tournée, des couvertures de magazines et de nombreux passages à la télévision, Prince fait bel et bien son retour sur le devant de la scène, après plus d?une dizaine d?années d?absence.
Dans les années 80 et 90, l?artiste connu comme Prince a vendu une centaine de millions d?albums sur lesquels figurent des hits comme Kiss, Little Red Corvette ou Purple Rain, titre également de son premier film sorti en 1984. En ce temps-là, Prince partageait le trône de superstar avec Michael Jackson et Madonna. Pourtant, Prince semblait appartenir à un univers particulier. Les critiques d?alors le qualifiaient de véritable génie musical, éblouissant le public, à la guitare, au piano. Sans oublier ses numéros de danse. Prince était connu pour avoir écrit et produit toutes ses chansons qui se classaient dans différents genres : pop, r ?n? b, rock. Sa touche particulière : la sensualité et l?érotisme.
Parallèlement à ce succès, Prince fait figure d?énigme dans la planète showbiz. Après son conflit très médiatisé avec Warner Bros, sa maison de disques, Prince est non seulement devenu un mystère mais surtout une star au nom imprononçable. Eh oui, il refusait le nom Prince et exigeait de se faire appeler The Love Symbol ou The Artist Formely Known As Prince. Ne pouvant mettre fin à son contrat avec Warner Bros, Prince s?est même fait tatouer le mot «slave», esclave, sur la joue.
Les choses ont continué à se gâter.Finalement libéré de sa maison de disques, Prince a choisi de diffuser sa musique sur Internet. Résultat : une baisse drastique des ventes et de sa notoriété. Cependant, Prince ne voit pas les choses ainsi. Il estime avoir connu plus de succès sans le soutien d?une maison de disques. «Je touche de l?argent sur tout ce que je vends. Cela me convient. Même mon banquier est heureux !» Il a beau affirmer ne pas être aigri mais il compare l?industrie musicale au Matrix. Comme Neo, il veut s?affranchir de la tutelle de cette entité dominatrice. Prince est fier de pouvoir décider des lieux de vente de ses disques, des dates de ses tournées et du type de musique qu?il souhaite réaliser. «En montrant que vous avez du succès en artiste indépendant, le cordon ombilical est brisé. Les contrats ressemblent à une relation parents-enfants. Il y a beaucoup de contraintes.»
Pourtant pour Musicology, Prince le rebelle, a dû se tourner vers une maison de disques, Columbia Records, afin de le produire et de le distribuer en collaboration avec son propre label, New Power Generation (NPGMC) Records. Pour les besoins de la promotion, Prince a même daigné sortir de sa retraite, lui qui s?est toujours montré avare en interviews. En février, il a ouvert la cérémonie des Grammy Awards avec un numéro époustouflant avec Beyonce. Il a ensuite enchaîné avec des participations dans des talk-shows, des interviews dans la presse. Le chanteur a ensuite été intronisé au Rock Hall of Fame. Prince a tout l?air de vouloir regagner son trône.
«CE N?EST PAS LA TERRE PROMISE»
Une stratégie qui marche. Musicology est d?ores et déjà bien placé dans les charts américains. «J?ai toujours participé à des talk-shows. J?ai toujours été invité aux Grammy Awards. J?ai décidé d?accepter l?invitation cette année.» Et son aversion pour les maisons de disques. «Ils sont là pour enrichir mon projet. Columbia ne représente pas la terre promise.» En effet, Prince avait déjà un accord avec Arista Records et pourrait sortir un album instrumental sur Blue Note Records, - le label jazz par excellence ? plus tard dans l?année.
Musicology apparaît comme une leçon de choses. L?artiste montre son talent de faiseur de tubes. «La composition de chansons m?a beaucoup manqué dans la musique. Il n?y a plus de véritables chansons de nos jours.» C?est peut-être pour cela que Musicology s'avère d'une fraîcheur étonnante. Sans fioritures, Prince revient à ses trois amours : funk, rock, pop. Terminées les démonstrations savantes qui ont fait son succès dans les années 90. Bénéficiant d'une production léchée, l'album privilégie la composition, l'interprétation et un son organique. Prince explique : «Musicology n'a ni frontière ni format, c'est un retour à l'art et au travail musical».
L'album débute par le morceau titre, Musicology, un vrai tube de la vieille école avec une guitare soul à la James Brown et des paroles rapidement entêtantes. Des sons de claviers revenus des années 80 terminent le morceau. Malgré un nom à coucher dehors, Illusion, Coma, Pimp & Circumstance est une vraie bombe funky. Un titre énergique et inspiré, et qui rejoint des morceaux P-Funk des années 80. A Million Days apporte la fraîcheur d'un grand morceau de l'époque Revolution (comme Splash ou 17 Days). Cinnamon Girl offre un côté pop-rock rarement entendu chez Prince. Dear Mr Man est considéré comme la perle de Musicology. La chanson propose d'écrire une lettre à Mr Man pour lui demander pourquoi les humains doivent toujours faire la guerre. La chanson comporte aussi des arrangements d'orchestre classique. Ce sont surtout les ballades torrides (Call my Name, On the Couch, Reflection) qui risquent de marquer les esprits et les corps. On n'est pas très loin de Purple Rain. Au final, Musicology est un album réussi qui permettra aux amateurs anciens et nouveaux de (re)découvrir Prince.
Un artiste généreux
Comme toujours chez Prince, il est intéressant de s'attarder sur le système de distribution pour cet album. Lors d?une conférence de presse en février, Prince a annoncé qu'il souhaitait voir Musicology édité par tous les labels qui souhaiteraient le distribuer. Ce qui signifierait qu'aucune maison de disque n'aurait l'exclusivité pour distribuer cet album dans le commerce.
L?artiste distribuera l'album complet gratuitement à toute personne qui achète un ticket de concert du Musicology Tour. En fait, le CD est compris dans le prix du billet! Ce stratagème permettra à Prince d'écouler tout au long de la tournée américaine près de 400 000 exemplaires de l'album Musicology!
Depuis le 29 mars 2004, le NPGMC a ouvert sa section Download sur Internet et propose au total sept albums en téléchargement dont bien sur Musicology! Les autres albums proposés sont principalement des compilations d'anciens morceaux provenant des années 2001-2003, ainsi que les albums CD N.E.W.S., Xpectation et The Rainbow Children.
Publicité
Publicité
Les plus récents