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Moyen-Orient :George Bush accumule les échecs
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Moyen-Orient :George Bush accumule les échecs
A l’approche des élections au Congrés, au milieu de son second et dernier mandat présidentiel, le bilan de George W. Bush au Moyen-Orient - la région actuellement la plus importante pour la politique internationale - paraît calamiteux. L’Irak est au bord de la guerre civile. Les élections du 15 décembre 2005 ont favorisé une logique communautaire dévastatrice, et la tâche du nouveau premier ministre apparaît écrasante. La situation économique du pays est désastreuse. Les infrastructures se sont dégradées par rapport à l’avant-guerre. La moitié seulement de la population a accés à l’eau courante.
Dans les pays arabes, la radicalisation est en marche. En Égypte, le Parlement compte désormais 88 islamistes. Dans les territoires palestiniens, les élections démocratiques du 25 janvier ont porté massivement le Hamas au pouvoir. Le régime syrien, soumis à une forte pression internationale, semble avoir repris les choses en main. Il s’efforce de réduire l’opposition au silence et fait désormais, lui aussi, une place croissante aux islamistes et à leurs valeurs.
Parallèlement à ces développements, la tension est à son zénith entre les États-Unis et l’Iran. Tout suggère que ce pays est tellement sûr de lui qu’il n’hésite pas à multiplier les provocations. Sur un plan strictement juridique, il n’est d’ailleurs pas totalement démuni. Certes, la République islamique n’a pas honoré ses engagements en ne déclarant pas à l’Agence internationale de l’Ènergie atomique (AIEA) des activités d’enrichissement de l’uranium et de production d’eau lourde, découvertes en 2002. Il n’en reste pas moins que les États non dotés de l’arme nucléaire signataires du traité de non-prolifération nucléaire (TNP) sont toujours fondés considérant que la coopération internationale prévue par ce traité pour le développement des applications pacifiques de l’atome est restée lettre morte, comme les compensations qui leur avaient été promises en échange de leur renonciation à l’arme nucléaire.
Sur le plan politique, l’Iran s’estime en position de force, pour trois raisons. Premièrement, la population soutient le régime dans cette épreuve de force. Deuxièmement, les dirigeants savent que la Russie et la Chine s’opposeront à toute action excessive menée par les États-Unis. Enfin, dans le cas où malgré tout la superpuissance se lancerait dans une aventure militaire, Téhéran aurait les moyens de le lui faire chèrement payer (en Irak, en Palestine, sur les marchés pétroliers, etc…) Sans doute les Iraniens n’ont-ils pas intérêt à aller à marche forcée jusqu’à l’arme nucléaire - ce qui n’est de toute façon pas pour demain - mais ils pensent pouvoir s’en rapprocher sans risques excessifs. De leur point de vue, la cause est légitime puisque le Pakistan et - officieusement - Israël font partie du club nucléaire.
Face à cette situation, les élections du 28 mars ont mis en évidence la fragmentation de la société israélienne et la priorité désormais accordée par l’électorat aux questions économiques et sociales. La question de la sécurité du pays est perçue différemment. Plus personne ou presque ne croit aux bénéfices d’une négociation avec les Palestiniens. On adhère à la politique de séparation d’Ariel Sharon, qu’Ehoud Olmert a reprise à son compte. Après le retrait unilatéral de Gaza, certains points de peuplement juifs isolés en Judée et Samarie seront évacués, et au bout du compte les frontières d’un état palestinien en forme de “peau de léopard” seront décidées par les seuls Israéliens.
Qui peut croire qu’un tel processus aboutisse à la paix ? L’administration Bush n’aura jamais cessé de soutenir cet unilatéralisme. Elle réclame davantage de démocratie mais, au risque du chaos, refuse de laisser au Hamas le temps, et peut-être une chance, de tempérer son intransigeance et de définir une stratégie face à Israël. D’une manière générale, elle s’oppose à tout dialogue avec des islamistes même modérés, dialogue qui tôt ou tard apparaîtra pourtant inévitable. Bien qu’il soit question de l’ouverture de conversations avec l’Iran limitées à l’Irak, et en dépit de l’échec de l’intervention dans ce pays, Washington laisse à nouveau entendre des bruits de bottes.
<B>Aucune stratégie d’ensemble</B>
Aucune stratégie d’ensemble ne se dégage. Certes les États-Unis sont redevenus plus prudents avec l’Arabie saoudite. Ce vieil allié, accusé de tous les maux au lendemain du 11 septembre 2001, a retrouvé sa place d’interlocuteur privilégié, parce que le roi Abdallah manœuvre avec sagesse, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Mieux encore, il arrive désormais, aux dires des plus hautes autorités du Royaume, que les dignitaires américains non seulement écoutent leurs analyses, mais sollicitent leur avis.
Faute d’une réorientation fondamentale de la politique américaine, la situation d’ensemble au Moyen-Orient continuera de se dégrader. Dans un document rendu public sur le site de la Harvard University, deux universitaires américains très respectés, John Mearsheimer et Stephen Walt, ont mis radicalement en cause la politique des États-Unis vis-à-vis d’Israël, n’hésitant pas à écrire que, pour la première et unique fois dans leur histoire, les États-Unis avaient mis de côté leurs propres intérêts et ceux de beaucoup de leurs alliés au profit des intérêts d’un autre état. Il faut espérer que ce travail approfondi fera l’objet d’un large débat.
De fait, une posture plus équilibrée des États-Unis changerait toute la donne. Le processus envisagé par la “feuille de route”, condamné par l’unilatéralisme américano-israélien, pourrait reprendre et redonner ses chances à la paix. Dans le même esprit si, au lieu de s’arc-bouter sur l’objectif illusoire de renverser le régime des mollahs, Washington entreprenait dans un mime mouvement de négocier avec Téhéran en commençant par des sujets d’intérêt commun, comme l’Irak, une dynamique nouvelle et positive serait instaurée. Ainsi les États-Unis ont-ils commencé avec la Chine en 1972 avec la diplomatie dite du “ping-pong”. Pareille démarche a notamment été proposée, en novembre 2004, par un groupe d’experts américains présidé par Zbigniew Brzezinski et Robert M. Gates dans le cadre du Council on Foreign Relations de New York.
Dans l’immédiat et malgré les difficultés dans lesquelles elle continue de patauger depuis l’échec du référendum français sur le projet de traité constitutionnel, l’Union européenne ne doit pas baisser la garde sur le dossier du Moyen-Orient et céder à la tentation de s’aligner sur les États-Unis. Seule une approche exhaustive et équilibrée de la question permettra d’interrompre l’enchaînement diabolique des catastrophes auquel rien, sinon nos propres bêtises, ne saurait nous condamner.
<B>Thierry de Montribal
© Le Monde 2006.
Distribué par The New York Times Syndicate</B>
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