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Mouvements sur mesure
Corps musculeux, visages massifs, mouvements aériens, souples, magiques et ravannes envoûtantes. Voilà en somme, ce que le Théâtre Talipot, associé à Cyper Produktion et le Centre culturel Charles Baudelaire ont proposé à un parterre de privilégiés mercredi dernier dans la salle des fêtes du Plaza. Objectif : inciter des sponsors à financer le premier spectacle indianocéanique, monté par les stagiaires de Philippe Pelen Baldini.
Une fois la mise en bouche consommée, place aux artistes. Et quels artistes ! Ce sont tous des techniciens du corps qui maîtrisent le mouvement comme personne. Sur scène, des danseurs et des musiciens de Maurice, de Madagascar, de la Réunion et du Sri Lanka.
Un melting-pot inédit, témoin d?un formidable métissage de toutes ces cultures inhérentes. Sur le bois, au milieu de la mêlée, avec des mains plus agiles que celles d?un sculpteur, ils travaillent le mouvement à même le corps et à même le sol. Comme un couturier travaille le tissu, chaque partie de leur corps épouse leurs mouvements. Ils se plient et se déplient, tournent et se retournent. Virevoltent, filent et faufilent avec grâce, virilité et légèreté.
Des créatures moitié humaines, moitié bestiales qui avancent à quatre pattes. Des déplacements étudiés, des corps libres de toutes contraintes, des bouches qui s?ouvrent et produisent des chants de griot. Des gestes méticuleux jusqu?à l?obsession, une symbiose parfaite.
Le souffle est travaillé, il est porteur de vie, de cette énergie revigorante que seul un travail acharné peut laisser échapper.
Il n?y a que la puissance du geste, celle d?hommes en parfaite harmonie avec l?énergie vitale, celle de la terre, de l?air et du feu. Au milieu de ces corps en sueur, la peau tendue du tambour, celle de la ravanne, palpite, dicte les mouvements, créée une étonnante et contagieuse frénésie.
<B>Virilité brute</B>
C?est la célébration du corps et de l?être, celle d?hommes libres, libérés de tout exil et de toute chaîne. Truculence, démence, désespérance. Ils glissent d?un registre à l?autre, s?apaisent, s?observent, s?imbriquent. Parfois, dans une sorte de virilité brute, les corps se soulèvent. Concentré d?énergie fauve, intense, passionnante, gigantesque.
Tout cela n?est qu?une ébauche de ce que le Théâtre Talipot, au bout de vingt ans de frottement avec ces artistes peut produire. Le vrai spectacle, s?il est financé, devrait être totalement abouti en 2007.
«Ce ne sont que des bribes d?une fin de stage, le résultat de quelques semaines de travail, celui de nos vingt ans de partage, de communion et de fraternité,» laisse échapper Philippe Pelen Baldini.
La ravanne, «tambour commun à toutes les îles des Mascareignes», est devenue pour ce dernier, et pour tous les artistes qui ont suivi ses cours sur l?art, le symbole d?une fraternité indianocéanique.
<B>Colère et passion</B>
L?aventure Théâtre Talipot ne pouvait guère se noyer dans le manque de financement. «Il faut toujours se battre pour sa passion.
Cela fait vingt ans que nous essayons, vingt ans que nous survivons.
Pour que Mâ Ravan puisse espérer un jour finir sur la scène de l?Opéra de Paris, nous avons besoin de financement. L?état et le privé peuvent nous aider, parce que la culture mauricienne et la culture indianocéanique doivent exister, » explique avec raison Percy Yip Tong de Cyper Produktion.
Cette quête sans fin pour pouvoir «exister», se nourrit autant de colère que de passion pour tous ces artistes. S?ils ne manquent jamais de conviction quand ils sont portés par leur souffle vital, ces artistes ont réussi à séduire en mettant leurs âmes à nue. Le talent est là. Pour qu?il éclose, il doit être soutenu par des institutions capables de financer le coût de déplacements de ces artistes, ainsi que leur prise en charge. Reste aussi les décors et la logistique. Tout cela coûte cher. Sans financement, ces artistes n?iront hélas jamais loin.
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