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Mots à maux
Le monde politique donne le sentiment d?être de plus en plus voué à la palabre. Il transforme, le temps d?une campagne électorale, ses paroles en événements médiatiques pour épater, pour appâter. Et ces « événements » n?entretiennent bien souvent qu?un lien évanescent avec la réalisation économique, sociale, culturelle et internationale de notre société.
Une relecture de « l?express » du 1er juillet 2005 illustre à quel point nos politiques excellent dans le maniement du verbe. Ils forment en fait un habile cercle de discoureurs, qui s?échangent des slogans, qui influent, de par leurs mots, sur l?opinion publique.
À deux jours des dernières élections, Navin Ramgoolam, le poing levé, fait des ravages avec ses formules bien ciselées : « Nous ne proposons que des mesures réalisables. » Six mois plus tard, le leader de l?opposition, devenu entre-temps Premier ministre, mesure à quel point le discours est aussi facile que l?action est difficile. Sur un camion, l?action s?avère moins bruyante et elle s?efface volontiers, surtout quand on vocifère au micro, derrière le verbe.
Entre la réfexion générale, l?analyse détaillée, les consultations et négociations (passons sous silence les « trade-off »), il s?écoule du temps. Temps d?un changement. Changement de vie, pas forcément. Mais certainement changement de discours : « Il n?y aura pas de ranking. J?ai toujours été contre ce système », déclarait, ce 1er juillet 2005, Navin Ramgoolam. Aujourd?hui, avec un peu de recul, on mesure le décalage entre la promesse et la réalité.
En campagne, les politiques ont besoin de projeter une image. Navin Ramgoolam vendait du rêve dans un joli emballage de socialisme démocratique. À l?affiche de son manifeste, on vantait les mérites d?une île Maurice qui allait assurer une éducation de qualité à tous ses enfants. « L?éducation publique, jusqu?ici empêtrée dans des controverses, doit relever des défis multiples, entre autres, retrouver la sérénité d?un traitement paritaire. » Ramgoolam peut s?élever contre le « ranking », mais le système que son gouvernement introduit comporte, qu?il le veuille ou non, une cruelle réintroduction du « ranking ». Sinon comment va-t-on sélectionner les 1 260 meilleurs élèves pour remplir les collèges nationaux ? La sémantique ici ne peut voiler le terrible calcul mathématique qui devrait ségréguer les petits cerveaux de nos enfants.
Et si les politiques changent de postures, les slogans sont alors réappropriés. La parole perdure. Sithanen reprend à satiété l?ancien slogan de Pravind Jugnauth : « Nous avons hérité d?une situation économique catastrophique. » Le leader du MSM vantait hier les mérites d?une cybercité qui a décollé. Aujourd?hui, Sithanen qualifie cette même cybercité de « faillite ».
Le MMM hier disait toute sa confiance en l?électorat, flattant « l?intelligence du peuple mauricien ». Aujourd?hui, pour les besoins d?un discours d?opposition, le leader de ce parti lance « elections fine coquin », insultant au passage l?intelligence, illimitée ou pas, de tous ces Mauriciens ? pourtant majoritaires ? qui ont voté pour l?Alliance sociale.
En s?écartant de leurs petites phrases de campagne, les politiciens se rendent responsables de leur propre discrédit auprès de l?opinion. Avec le temps, les paroles s?envolent, mais les mots, dans nos archives davantage que dans nos mémoires, restent. Ces mots d?hier mettent à nu les maux de nos politiciens. Leur action est bien moins superbe que leur verbe. Puissions-nous comprendre cela, au lieu de nous morfondre à les attendre tenir parole?
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