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Mosquée Al-Aqsa : Le culte de la simplicité

7 octobre 2005, 20:00

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«Tu veux aller à la mosquée ?» Les réactions ont varié entre surprise et scepticisme. «Mais on ne va pas te laisser entrer.» Ton catégorique, fin de la discussion. L?idée mijotait depuis la mi-juillet. Ce qui correspond au début des activités organisées par l?Association pour la commémoration du bicentenaire de la mosquée Al-Aqsa, présidée par l?ancien président de la République, Cassam Uteem.

L?occasion s?est présentée cette semaine, à la faveur du jour du bicentenaire de la mosquée de Plaine-Verte, ainsi nommée en référence à celle de Jérusalem. Au bout de quelques détours dans le quartier, nous remarquons les deux drapeaux flottant au vent de la capitale, l?un blanc, l?autre vert.

C?est là. Notre guide, Hassenjee Sobdar, secrétaire de la mosquée nous attend. Escorté par lui et bientôt rejoints par Ayoob Coowar, membre actif de l?association gérant la mosquée, qui s?est retiré depuis sa récente élection aux municipales, nous aurons le droit d?entrer presque partout.

Une salle nous est interdite. La principale. Celle se trouvant au c?ur même de la mosquée Al-Aqsa. C?est là que se tient l?imam (le prêtre) pour diriger la prière, avant de délivrer son sermon. Avec douceur mais fermeté, Ayoob Coowar prend le soin de nous prévenir. «Missié fotograf la kapav rentre fer foto.» Le message est clair.

<B>Une profusion de lustres</B>

Nos pieds nus s?arrêtent devant ce saint des saints. Fascination de l?inaccessible. Les femmes n?y entrent pas. L?interdit ne nous empêche pas d?y plonger le regard. D?effleurer les murs tout blancs, de contourner arches et colonnades. Deux choses nous retiennent dans ce lieu à la fois austère et confiné.

D?abord la profusion de lustres, donations des fidèles. Il y en a au moins une douzaine ? toutes tailles confondues ? suspendus à côté des ventilateurs. Des modèles classiques avec trois rangées de cristaux, d?autres en forme de fleur ou de bougeoir. «Parfoi nou dir bann fidel donn nou enn lot kitsoz, sinon la sal la pou fer kouma dir magazin», lâche Ayoob Coowar. Autre détail frappant : la couleur de la moquette à mis chemin entre le rose bois et le saumoné. Nos yeux préparés pour l?uniformité du blanc et du vert détaillent les motifs géométriques qui décorent ce revêtement de ce sol inattendu. C?est la seule salle d?Al-Aqsa qui est tapissée ainsi, les autres étant seulement garnies de nattes.

Mosquée synonyme des débuts de l?islam dans l?île, Al-Aqsa est parlante de simplicité. Ni cour intérieure, ni porte d?entrée massive. Ni pans de murs ornés de calligraphie élaborée. Ce n?est qu?une fois arrivée sur le toit que nous remarquerons l?unique dattier devant la mosquée. Al-Aqsa, c?est aussi un lieu de culte coincé entre ses voisins. Toute expansion ne peut désormais se faire qu?en hauteur. Les 260 toises ? étendue du terrain acheté par les «matelots lascards» le 5 octobre 1805 - a été entièrement utilisée.

Orientée vers la Kaaba (la Mecque). Et résolument tournée vers la modernité. Pour son bicentenaire, Al-Aqsa s?offre un nouveau visage. Celui lisse et frais du marbre vert tendre. La mosquée de la rue Hassen Sakir, ex-Pagoda, est en rénovation. Perchés sur des échafaudages, les ouvriers réparent les fissures creusées par le temps avant d?y sceller des carreaux. L?un d?eux, intrigué par notre présence, délaissera même son travail pour terminer la visite avec nous. Sans rien dire. Trahissant simplement son étonnement de notre présence, par son body language.

Fin de matinée. Marteaux, perceuses et truelles se fondent dans l?activité de cette rue commerçante. Et réveillent l?écho des salles de prière. Pour l?heure, les nattes moelleuses de la première salle sont inoccupées. D?une voix posée et patiente, Hassenjee Sobdar, secrétaire de la mosquée nous guide dans ces lieux feutrés. Il ne tardera pas à nous révéler fièrement qu?il est un descendant des premiers imams de la mosquée Al-Aqsa.

Suivant son exemple, nous ôtons nos sandales pour nous approcher de la rangée de petits sièges en béton réservés aux ablutions. «L?intention de se purifier commence par le corps.» À côté de chaque robinet ? une dizaine ? un morceau de savon et un bout de savonnette. Le rite commence par les mains, la bouche et les narines. Se poursuit avec le visage et les avant-bras. «Le fidèle passe ses mains sur la tête pour y enlever la poussière. Il se lave ensuite les pieds avec la main gauche, en commençant par le pied droit.»

Après l?enveloppe corporelle, place au spirituel. La mosquée compte quatre salles, deux au rez-de-chaussée, le reste à l?étage. Des repères du culte sont accrochés aux murs de la pièce située à l?entrée. Deux rectangles noirs ornés de calligraphie dorée restituent, pour l?un, les motifs qui ornent la porte de la Kaaba, et pour l?autre, les «99 noms d?Allah», c?est-à-dire ses attributs, dont la bonté, la pitié?

En-dessous, à hauteur d?homme : les horaires de namaz (prières) pour toute l?année coranique. Une colonne toute blanche soutient le plafond dans cette salle. Y est accrochée, la généalogie du prophète Muhammad. Le dessin floral prend tout son sens quand Ayoob Coowar, grimpe sur une chaise pour nous montrer du doigt la fleur représentant Abraham (Ibrahim), Moïse (Moussa), Issa (Jésus) et Ismaël, l?ancêtre de Muhammad.

À l?extérieur de la salle principale, posé par terre contre le mur : le janaza, cercueil métallique que la mosquée met gracieusement à la disposition des fidèles touchés par la mortalité d?un proche. À l?étage, sous le toit en tôle qui craque au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel, le madrassa (école coranique). Elle accueille les enfants à partir de l?âge de cinq ans. Dans la pièce nue, les élèves apprennent l?arabe, l?ourdou et les versets du Coran. Petit coup d??il à la pièce voisine ? qui ressemble à la précédente ? à l?exception du tas de chaises rangées sur l?un des côtés. Elles sont louées aux fidèles à l?occasion des mariages.

Nos guides nous escortent jusqu?à la terrasse, qui à l?occasion, se transforme aussi en lieu de prière. «Pendant les jours ordinaires, Al-Aqsa accueille environ 300 à 400 personnes alors qu?en période de ramadan, l?affluence monte jusqu?à 1 500 ? 2 000 personnes.» n

<B>Al-Aqsa ou la lutte des «matelots lascards»</B>

Recrutés par la Compagnie des Indes qui administrait alors l?île de France, les matelots musulmans sous contrat, plus précisément connus sous l?appellation de «lascards», sont les racines de l?islam à Maurice. Leur histoire est recensée dans la mosquée Al-Aqsa (1805 ? 2005). L?ouvrage a été lancé le jour du bicentenaire de l?édifice par ses éditeurs : l?ancien président de la République Cassam Uteem et Basheer Taleb. Publié aux Editions Le Printemps, le livre est à Rs 250. Ces gens de la mer désirant témoigner de leur foi à terre présentèrent donc des pétitions au gouverneur du jour pour obtenir une concession. Après deux tentatives infructueuses, le gouverneur français Géneral Decaen accéda à leur requête, le 5 octobre 1805. Le contrat fait état d?un terrain de 260 toises acquis pour la somme de 215 francs et 5 centimes.

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