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Monique la battante

5 mars 2006, 00:00

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La tristesse qui, ce 1er mars, envahit la modeste et sympathique maison à étage des Doorye à l?avenue des Flamboyants, Curepipe, n?a pas de commune mesure avec la joie qu?elle a connue, le 6 février, jour de la proclamation des résultats des examens du HSC.

Cette joie, la famille Doorye la doit à leur petit-enfant, Dominique Jean-Jacques Théodore. Ce dernier, fils de Cyril, cordonnier le jour et gardien la nuit, et de Monique, femme de ménage, est l?un des lauréats de la cuvée de 2005.

Cette tristesse vient de Monique. Non pas qu?elle soit une rabat-joie, elle qui aime croquer la vie à pleines dents, mais parce que vingt jours seulement après avoir félicité son fils sur son lit à l?hôpital Victoria à Candos, elle a rendu l?âme.

Une affaire de famille

« Depuis l?année dernière, elle a cessé de travailler comme bonne à cause d?un cancer. Depuis elle a fait le va-et-vient entre notre maison familiale de Castel et l?hôpital. Cepen-dant, le dimanche précédant l?arrivée des résultats du HSC, elle est a été de nouveau admise à l?hôpital. Et c?est un cadavre qui nous est revenu au petit matin du 26. Le jour de la proclamation des résultats, je suis allé la voir. Elle parlait difficilement, mais elle a pu me féliciter. Elle m?a dit qu?elle avait toujours cru en mes capacités. »

Au moment où Monique prononce ses paroles, ni Dominique, ni ses s?urs jumelles Vanessa et Valérie, encore moins sa mère Aline ne peuvent s?imaginer qu?elle va mourir.

« La tristesse d?avoir perdu le pilier de mon existence a totalement fait disparaître la joie de ma réussite scolaire. En prenant du recul, je me suis dit que je n?avais pas le droit de considérer ce départ comme une voie sans issue. Le plus beau cadeau que ma mère m?a fait, c?est d?avoir cru en mes capacités. La responsabilité d?une vraie mère ne s?arrête pas avec sa mort. C?est lorsqu?elle est partie que je me suis rendu compte du trésor que ma mère avait placé entre les mains. Le plus grand hommage que je peux lui faire, c?est de terminer seul, ce qu?elle a commencé avec moi », confie Dominique.

De nature timide, ce dernier interrompt son récit. Il jette un regard attendri en direction de sa tante Marina qui, pour le protéger des chiens, se fait un devoir d?aller le rencontrer lorsqu?il vient chez les grands parents Doorye. Les Doorye ont fait de la réussite de Dominique une affaire de famille. « Tous ont participé à sa réussite. Nous nous préparons à le soutenir pendant ses études universitaires. Monique trouvera en chacun de nous, le soutien dont ses enfants et son mari ont besoin pour réussir leur vie », explique Patricia, la s?ur cadette de Monique.

La clé qui ouvrira les portes de la vie

« Les journées de ma mère commençaient toujours à 5 heures », poursuit Dominique. Et c?est à 9 heures que Monique quittait la maison pour aller travailler comme ménagère. Cyril, le père de Dominique, une fois rentré de son travail de nuit, devait se rendre à la cordonnerie de Curepipe. « Ma mère n?était pas une femme autoritaire. Elle veut tout simplement s?assurer que chaque enfant fasse ses devoirs. »

Et la grand-mère Aline d?ajouter : « En ce qui concerne Dominique, elle n?a pas eu à exercer de pression sur lui. C?est un enfant studieux. Nous venons d?une famille modeste, mais nous avons toujours cru que l?éducation est la clé qui ouvre les portes du succès. Dominique n?a fait que suivre une tradition familiale. »

Quand elle rentrait vers 17 heures, ce n?est que vers 22 heures que Monique pouvait vraiment se reposer. Le dimanche pour les Théodore était vraiment un jour spécial. C?est le seul jour où la petite famille pouvait enfin se retrouver autour de Monique. Mais cette Monique-là a tourné la page, laissant Dominique seul face à son destin avec en main, la clé qui ouvrira les portes de la vie.

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