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Mon pays pour une forêt
Les temps changent et les priorités avec. Rien ne reflète mieux cet état de choses que la liste des lauréats du Prix Nobel de la Paix. En effet, si les années 1990 ont vu cette consécration suprême revenir à des figures éminemment politiques, à l?instar des Mikhaïl Gorbatchev, Nelson Mandela, Yitzhak Rabin, et autres, celle de 2004 a récompensé Wangari Maathai qui mène, depuis près de 30 ans, une campagne de plantation d?arbres dans son Kenya natal.
Alors que l?Institut Nobel pense bon de décerner l?objet de toutes les convoitises à une planteuse d?arbres, trois gouvernements mauriciens successifs ont choisi de condamner la merveilleuse forêt de Ferney. Et ce malgré une pléthore d?engagements pris au plus haut niveau pour protéger notre biodiversité nationale qui s?amenuise un peu plus d?année en année. Si Ferney est sur toutes les lèvres en ce moment, qu?en est-il du reste de la masse forestière de Maurice ?
Un recensement effectué par la Mauritian Wildlife Foundation (MWF) et financé par la World Conservation Union en 1997 avait révélé que seulement 1,9 % de la superficie totale du pays était recouverte de forêts de «bonne qualité», c?est-à-dire celles qui ont été relativement peu envahies par des espèces exotiques. Donc sur les 186 000 hectares (ha) que comptent le pays, seuls 3 100 abritent une forêt indigène capable d?offrir un cadre de vie à nos animaux et plantes. Mais, selon Vikash Tatayah de la MWF, ce pourcentage, déjà infime il y a sept ans de cela, a sûrement accusé une baisse depuis le recensement. S?il attribue cette détérioration à « la prolifération des plantes exotiques », il souligne également que l?activité humaine n?a pas non plus aidé à renverser cette tendance.
Information confirmée par la journaliste Axelle Lamusse. «D?après les estimations officielles, il ne resterait pas plus d?environ 2 % de la forêt d?origine. Mais elle est elle-même extrêmement menacée par l?invasion des plantes exotiques, telle la goyave de Chine. Dans notre jargon botanique, nous parlons de forêts très dégradées sauf dans des petites zones où on a arraché toutes les plantes exotiques pour retrouver la forêt d?origine dans son état pur.»
Même le parc national des Gorges de la Rivière-Noire qui s?étend sur 6 574 ha, soit 3,5 % de la superficie totale de l?île, ne compte qu?une cinquantaine d?hectares où les pestes végétales sont contrôlées. Brise Fer (24 ha), Fixon (6,3 ha), et Belloguet (2,6 ha) à Bel-Ombre et Pétrin (6,4 ha), Florin (2,5 ha) et de Mare-Longue à Maccabée, pour ne citer qu?eux, sont parmi les forêts indigènes qu?abrite le parc national. En dehors du parc, c?est près d?Henrietta, à Mondrain (5 ha), Perrier (1 ha), sur l?Ile Ronde et l?Ile aux Aigrettes qu?on trouve des forêts de très bonne qualité qui sont en voie d?être restaurées.
<B>Commencer par les plantes pionnières</B>
À l?invasion des exotiques, on peut ajouter la situation que le directeur du programme environnemental du Programme de développement des Nations unies (PNUD), Alexandre Côté, résume en ces termes : «il y a la recherche d?une amélioration de la qualité de la vie, qui s?accompagne d?une demande accrue des revenus monétaires et qui conduit à des choix économiques qui tiennent peu compte des aspects sociaux et environnementaux du développement». Aussi, «la planification de l?utilisation des terres et des ressources naturelles implique de multiples parties prenantes et de décideurs, ce qui pose des difficultés importantes.»
La guerre contre les exotiques se mène sur plusieurs fronts et parfois même de façon assez insolite. Sur l?Ile aux Aigrettes, par exemple, la progression des mauvaises herbes est rendue plus difficile par la présence de tortues géantes qui dînent volontiers sur cette flore pernicieuse. Déclarée réserve naturelle en 1965, cette île de 26 ha abrite la dernière forêt côtière de basse altitude du pays. Grâce à un programme de restauration, la forêt sur l?Ile aux Aigrettes a été entièrement rétablie. De plus, la restauration de l?île a permis à 40 laboureurs, qui avaient pris leur retraite grâce au Voluntary Retirement Scheme (VRS), de retrouver du travail.
«Il n?est jamais trop tard mais il ne faut pas non plus attendre avant de passer à l?action. Surtout que beaucoup d?arbres indigènes prennent 30 ans pour arriver à maturité. à ce rythme, on pourra perdre d?autres espèces», dit Vikash Tatayah qui parle de l?urgente nécessité d?entreprendre un projet de reboisement à l?échelle nationale.
Pour Alexandre Côté, un aménagement durable des forêts dans les Petits états insulaires en développement (PEID) passe obligatoirement par «un équilibre entre les trois piliers du développement durable, soit la justice sociale, la protection de l?environnement et le développement économique». «Plus précisément, il faudra améliorer l?information sur les forêts dans le monde, améliorer les méthodes d?évaluation des forêts, poursuivre un dialogue constructif entre les divers groupes d?intérêt et améliorer la coordination entre les divers organismes engagés dans l?aménagement des forêts et l?utilisation des ressources forestières.»
Si des considérations écologiques sont le moteur d?un projet national de reforestation, son rôle de générateur d?emplois n?est pas négligeable non plus. à ce titre, il est utile de rappeler que l?Afrique du Sud emploie plus de 20 000 personnes pour abattre et déraciner des espèces étrangères !
Selon Axelle Lamusse, l?exemple du pays de Nelson Mandela est pertinent à plus d?un titre. Elle explique que le Kruger Park avait initialement été créé pour protéger des espèces animales menacées mais qu?il est devenu un atout touristique majeur pour le pays. «C?est sûr que les touristes ne viennent pas à Maurice pour voir du ciment. En plus de leur valeur environnementale, les forêts peuvent avoir un potentiel touristique. Il ne faut pas oublier non plus que l?arbre a une place importante dans notre équilibre physique et psychologique», estime-t-elle. Dans le contexte de la chute inévitable du prix du sucre, cette idée devrait interpeller nos décideurs.
«Il faut commencer par des plantes pionnières, tels les veloutiers verts et argentés, qui poussent rapidement et offrent une protection aux autres plantes. Il est également important de trouver un bon mélange de plantes afin d?éviter la monoculture», suggère Vikash Tatayah.
Quoi qu?on en pense, l?avenir des forêts à Maurice ne se limite pas uniquement au débat qui fait rage autour de Ferney. Toutefois, le dénouement de cette histoire démontrera, de la façon la plus claire qui soit, l?importance que donne le gouvernement à un patrimoine naturel qui doit non seulement survivre aux attaques des exotiques mais aussi à celles des hommes. «Quand on a conscience des liens entre l?environnement et le gouvernement, on peut améliorer les deux.» Cette réflexion de Wangari Maathai nous indique le chemin à suivre. Le reste dépend de nous.
<B>Revendication environnementale</B>
Incroyable mais vrai. Une mesure environnementale était au c?ur des revendications locales pour la réforme constitutionnelle à la fin du 19ème siècle. L?administration coloniale, en la personne du gouverneur britannique Napier Broome, avait en effet fait passer une loi obligeant les planteurs de canne à sucre à « concéder ou vendre » 50 pieds de terrain de réserve sur les berges des rivières sur les propriétés sucrières.
Cette mesure impopulaire a permis aux planteurs de revendiquer une constitution plus libérale, ainsi qu?une présence mauricienne sur le conseil législatif. C?était en 1880. En 1882, une pétition réclamant la réforme constitutionnelle est lancée. Le reste, comme on dit, is history.
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