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Mon livre, ce grand ami

27 avril 2008, 00:00

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Nous autres, modernes. Et si nous inventions notre vie. Guérir les traces du passé. Vivre et lâcher prise. Le monde n?est pas un jouet. Savez-vous être heureux au quotidien ?

Coachez vos vies. Triomphez de vous-mêmes et des autres. Ne vous noyez pas dans un verre d?eau.

La vie est une rivière, dépassons les barrages.

De quoi parle-t-on dans ce dossier ? Toutes ces lignes sont, en fait, une juxtaposition de titres de livres disponibles en librairie. Ils montrent surtout qu?aujourd?hui, les livres traitent de tout et prétendent avoir réponse à tout. Ils ont de quoi nous consoler, nous amuser, nous faire rêver, nous guider, nous faire penser. Pour ces raisons, et pour d?autres, nous avons voulu consacrer ce dossier aux livres. Et rien de tel que de laisser la parole aux experts : les lecteurs invétérés.

Nous sommes tombés sur Gina Cassé-Gaspard, mordue de lecture, conseillère sociale et familiale pour le groupe Allied. C?est une boulimique de livres, une vraie de vraie. Elle dépense des fortunes en livres. « Pour ce qui est des vécus, j?achète des éditions de qualité, et pour les romans, je me contente des livres de poche, c?est moins cher. » Plus précise que ça, tu meurs.

Trouver un sens à sa vie

Et Gina est bien organisée. Elle surfe sur le site de la FNAC, est sans cesse à l?affût des nouveautés, et si elles ne sont pas disponibles ici, elles les? commande. Une à deux heures de lecture par jour, quatre livres en moyenne par mois. Voilà sa consommation. Elle veut bien prêter ses livres, les partager avec d?autres, mais attention, pas « d?oreilles », s?il vous plaît. Car l?objet- livre compte aussi. « J?ai besoin de le sentir, de m?attarder sur le papier? je me demande si je suis très nette », lâche-t-elle tout à coup.

Si Gina a une préférence pour les histoires vraies et les livres philosophiques et psychologiques, il y a un extrait du livre Le prophète, de Khalil Gibran, qui l?a marquée et qu?elle a bien voulu partager avec nous : « Vos enfants ne sont pas vos enfants? Ils viennent à travers vous, mais non de vous. Et bien qu?ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour, mais non point vos pensées, car ils ont leurs propres pensées? »

Kevin Pather, enseignant d?anglais, pourrait vous en dire long sur Wayne Dyer et sa philosophie. « La plupart du temps on vit, on est à l?aise matériellement, mais on n?arrive pas à savourer la vie. Le pourquoi des choses m?intéresse, leurs solutions aussi », explique-t- il. Ce qui est évident lorsqu?on sait aussi que l?ouvrage Il existe une solution spirituelle à tous vos problèmes est son livre fétiche. Ce bouquin propose des témoignages touchants, du pouvoir de l?amour. Kevin est d?avis qu?il faut que chacun trouve un sens à la vie, que dans ce monde de stress, l?espoir est dans la spiritualité. Contraire-ment à Gina, ce prof a des ma-nies, sans doute par déformation professionnelle.

« Je souligne les phrases qui me frappent, je mets des petites remarques et je peux revenir dessus un an après. »

Si Kevin ne boit pas et ne fume pas, il considère que son amour pour la lecture est une sorte de drogue. « Même quand je vais au supermarché, je ne peux pas m?empêcher d?aller au rayon des livres », confie-t-il.

Amarnath Hosany, qui propose un atelier d?écriture le 3 mai au Caudan Waterfront à 14 heures, trouve dans le livre un ticket pour voyager. « Quand je lis, je ne vois pas des mots, mais l?histoire qui vous sort de votre réalité et vous plonge dans d?autres », avance-t-il. Des Amarnath, Gina, Kevin, il y en a pas mal. Quoi qu?on en dise, ils sont nombreux à ne pas pouvoir vivre sans livre, à considérer que sans lecture, on passe à côté de choses essentielles. Malheureuse-ment, les libraires notent tout de même que la majorité des Mauriciens ne lisent pas. Par manque de temps. Parce que ça ne fait pas partie de leur culture.

On n?est jamais perdant

Certains estiment même que pour sauver la lecture, les parents devraient, dès les premiers mois de grossesse, faire de la lecture à leur enfant. Quoi qu?il en soit, on n?est jamais perdant quand on lit. Quoique? « Je regrette d?avoir lu des bouquins de la collection Harlequin dans ma première jeunesse. Leurs histoires d?amour n?ont rien à voir avec la réalité. On tombe de très haut », nous a fait remarquer, au passage, une lectrice. Mais, en règle générale, lire procure plus que du plaisir.

Peut-être que l?on pourrait imaginer pour l?année prochaine une bookparade, comme cela se fait ailleurs. Lecteurs et lectrices descendraient dans les rues avec leur bouquin préféré, histoire de séduire plus de gens pour les livres et la lecture.

TROP BEAUX, LES BOUQUINS

Ils sont chers, mais ils nous emportent ailleurs. Dans la nature, entre deux mers, deux frontières. Ils nous font explorer le monde, les arts, les nus, les paysages, l?Histoire. Belles images, belles reliures, les beaux livres font souvent office de cadeaux d?exception. C?est qu?ils dégagent de l?émotion. Notre coup de c?ur : le magnifique album d?Anne Geddes, Comme les images. C?est une vraie ?uvre d?art. La photographe célèbre les nouveau-nés, les transforme en anges, en musiciens, les met en scène poétiquement, allongés parmi des fleurs, installés dans des pots, déguisés en papillons? Bref, des photos qui transpirent une tendresse particulière et une créativité époustouflante. Disponible chez Allot, à Curepipe, et dans d?autres librairies.

POUR EUX, LE LIVRE EST?

Meera Mohun, de la librairie Bookworld Bookshop :

« Une université à la maison »

« Le livre permet une ouverture sur le monde de la connaissance. Il vous forme, vous structure, vous permet de prendre du recul dans votre vie, de comprendre ce que vous vivez et ce qui se passe autour de vous.

Il change votre regard sur les autres. Mon auteur préféré est Wayne Dyer, il nous enseigne l?amour, la paix? »

Claudine Martial, de la librairie Allot :

« Un trésor »

« Il a plus de valeur qu?un bijou. Il me nourrit, m?apprend des choses sur moi-même et sur les autres. Les livres de Christine Singer, par exemple, me procurent un apaisement. Ceux d?Éric-Emmanuel Schmitt sont pleins de sentiments. Quand j?ai le livre entre les mains, ce n?est plus un objet, mais un tête-à-tête avec l?auteur. »

Ahmad Sulliman, des Éditions

Le Printemps :

« Toute ma vie »

« Plus qu?un business, le livre façonne mon être. Depuis quelque temps, ce sont les biographies qui m?intéressent. Je m?inspire du parcours des grands, lire la vie de Gandhi vous donne une autre perception. Je dévore aussi des livres spirituels qui me permettent de comprendre ce qui nous échappe. »

Jugdish Nowbuth, de la librairie Kohinoor :

« Un océan de connaissances »

« Sans livres, on serait comme dans un désert. Si on n?a pas de connaissances, on reste dans l?ignorance. Pour moi, le livre est un moyen de sentir qu?on existe, d?appréhender l?essence de la vie. Je lis beaucoup de livres philosophiques, j?adore Robin Sharma et Shiv Kera. Ils vous enseignent la fraternité universelle. »

Ming Cheng, de la librairie Le Cygne :

« Une source de plaisir »

« Il est placé très haut dans ma liste de plaisirs. Il n?a pas son égal. Un livre apporte du partage. On y apprend des choses et une fois qu?on s?est imprégné de ce qui est écrit, on le partage à notre tour. Je considère qu?il a le pouvoir de nous emmener vers un monde meilleur. »

Jinny Lam, de Bookcourt :

« Un compagnon »

« Un livre est un pur bonheur. Il contient pas mal de réponses sur les questions qu?on se pose. Il me permet d?appréhender beaucoup de choses, de faire face à des faits parfois incompréhensibles. Tout ce qui est spiritualité, psychologie, développement personnel m?intéresse. Je ne me sens pas seule quand je suis avec un livre. »

QUAND IL DEVIENT UN OBJET

Un petit tour en librairies et vous êtes transporté. On in-vente de plus en plus de nouvelles formes. On bouleverse les conventions, on expérimente de nouvelles matières, on crée des ouvrages insolites. Le livre ne se contente plus d?ê-tre carré, ni même du papier et de l?encre. Il peut ainsi devenir une sculpture, une architecture, une boîte, une valise, un coffre, un magnet que l?on pose sur son réfrigérateur.

On ne fait pas que le lire, mais on le regarde aussi car il accueil-le des objets, en plus des notes, des écritures et des images. Il prend des formes différentes, épouse d?autres matières, le tissu ou le plastique, par exem-ple, et il déclenche des effets sonores, contient des surpri-ses? Il donne l?envie de s?y promener, de marcher, d?entrer dans son monde.

Niche marketing pour les éditeurs ? Sans doute, mais peut-on empêcher l?invention, l?imagination de se mettre au service du livre, de le transformer en moyen d?expression novateur ? Finale-ment, il n?y a pas que des écrivains dans le domaine du livre, mais aussi des artisans.

DOUILLET

C?est un livre qui se manipule sans risque. Il est douillet et surtout, développe le toucher. C?est qu?il est en tissu, se glisse facilement dans le lit. Sous les étoiles comprend même une musique dou-ce. Chez Allot, à Curepipe.

ET QUE ÇA CHANTE !

Pour bien commencer la journée, ou avant de s?endormir, on peut retrouver Bambi et ses amis en chansons !

Il suffit d?appuyer sur le triangle, le rond, l?étoile ou le carré pour entendre une petite musique et, pourquoi pas, chanter en même temps. Disponible chez Agora, à Riche-Terre.

LE HOCHET

Il sert à la fois de jouet en peluche, de hochet, d?anneau de dentition et de miroir. Caillou est un petit livre-hochet avec des couleurs vives qui initie agréablement bébé aux plaisirs de la lecture. Il est en tissu et peut être séparé de son support. Chez Agora, à Riche-Terre.

DRING DRING !

Princesse Améthusye. Voici un petit ouvrage tout en carton, en forme de portable. De quoi éveiller la curiosité de votre fille et la faire sonner le téléphone à chaque fin de page. Disponible chez Allot, à Curepipe.

QUESTIONS A KUMARI ISSUR, RESPONSABLE DU DEPARTEMENT DE FRANÇAIS A L?UNIVERSITE DE MAURICE

« Lire permet de grandir et de mûrir »

Où va le li-vre ? Faut-il le sauver, à votre avis ?

Je dirai plutôt qu?il faut se con-centrer sur les activités qui l?entourent et le font exister, c?est-à-dire l?écriture et la lecture. Le livre n?est qu?un support, on voit de plus en plus de livres électroniques par exemple? même si j?avoue un faible pour l?objet-livre.

Vous considérez donc qu?Internet, c?est aussi une lecture qui compte ?

Il existe différents types de lecture, mais on ne confond pas lire un livre de recettes avec un arti-cle de journal ou un texte littéraire, qu?on appelle-ra volontiers un « livre d?Histoire ». Chaque type de lecture a des finalités différentes. La lecture littéraire ne modèle pas seulement l?esprit, elle construit l?intériorité, l?imaginaire, en d?autres mots, elle développe notre part d?humanité, voire d?humanisme.

Il y a comme une culpabilité qui pèse sur ceux qui ne lisent pas. Est-ce bien juste ?

La lecture et la culpabilité ne font pas bon ménage, en effet. Il faut tout faire pour associer la lecture au plaisir. Et pour cela, commencer très tôt, éveiller le goût de la lecture chez les enfants alors qu?ils sont encore très jeunes. Quant aux « grands » qui ne lisent pas, leur culpabilité est sans doute justifiée : ils passent vraiment à côté de quelque chose de fondamental ! Si seulement leur sens de culpabilité pouvait servir de déclic?

Pourquoi lire quand il y a tant d?autres choses à faire ?

Il ne s?agit pas de lire au détriment de toutes les autres occupations. L?inverse est aussi vrai : on ne va pas que jouer ou regarder la télé lorsqu?on peut saisir l?occasion de lire !

Imaginez un tel slogan : « Il ne faut pas obliger les enfants à lire. » Comment y réagiriez-vous ?

Cette formule équivaudrait à : « Il ne faut pas s?occuper du bien-être des enfants » ! Lire permet de grandir et de mûrir, de se forger une personnalité, aussi bien que de découvrir le monde. Lire, c?est aussi une des meilleures façons de maîtriser une langue. On ne lit pas parce qu?on connaît une langue, surtout lorsqu?on est enfant, on apprend une langue en lisant. Cependant on devrait davantage inciter plutôt que forcer les enfants à lire.

Comment faire pour que les jeunes lisent ?

À chaque âge correspond un certain type de lecture. Un(e) jeune adolescent(e) ne lira pas nécessairement Balzac ou Shakespeare. Qu?on ne vienne pas dire que les jeunes n?aiment pas ou ne savent pas lire. Le phénomène Harry Potter prouve le contraire, que les jeunes peuvent dévorer de très gros volumes lorsqu?ils le souhaitent.

Que pouvez-vous conseiller à quelqu?un qui aimerait bien acquérir les plaisirs de la lecture, mais qui ne trouve pas le temps ou a du mal à s?y mettre ?

Je conçois qu?on n?ait pas toujours le temps de se lancer dans un gros roman, mais lire un conte, une nouvelle ou un poème ne requiert guère de temps ni d?efforts. On peut aussi parcourir quelques pages tous les jours avant d?aller se coucher, c?est un moment privilégié qu?on s?accorderait. Et puis, quand on aime, on trouve toujours le temps?

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