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Mixed Signal
Que de choses se passent en un mois ! Depuis notre dernier baromètre, divers changements de facteurs d?analyse sont intervenus : au niveau politique, les démissions de ministres, de députés et de membres de parti ; au niveau économique, la révision à la baisse du taux de croissance pour l?année 2004 ; au niveau monétaire, le deuxième relèvement consécutif du taux Lombard ; et au niveau international, le regain subit du dollar accentué par la sixième hausse du taux directeur de la Fed. Quelques précisions s?imposent...
L?enquête du présent baromètre a été réalisée en pleine tempête politique qui a secoué le gouvernement mais juste avant la décision de la Banque de Maurice (BoM) qui était annoncée dans l?après-midi du jeudi 10 janvier. Manifestement, ces turbulences politiques ont eu peu d?effets sur l?humeur de nos analystes économiques et financiers. Car comme pour le mois dernier, il y a 50 % d?optimistes et 50 % de pessimistes sur les perspectives économiques d?ici à un an.
Du côté des optimistes, ces événements politiques ont peu d?incidence sur l?évolution de notre économie et ne devraient pas vraiment affecter l?orientation du prochain budget national. Pour les pessimistes, quoi qu?il arrive au plan politique, le budget 2005-2006 sera définitivement électoraliste. Les ?très pessimistes? ? qui passent à 13 % ce mois-ci ? pensent même que les bouleversements politiques risquent de donner au budget une coloration encore plus électorale. La campagne électorale, qui débutera après le 12 mars et avant la présentation du budget, pèsera longuement sur le climat économique.
C?est dire que nul n?est assez insensé pour ignorer le contexte politique dans les mois à venir. Et il importe à la BoM de ne pas prêter le flanc à la critique au regard de son indépendance supposée vis-à-vis de la politique. En cette année électorale, on ne se pose plus la question de savoir si la BoM va monter le taux d?intérêt, tant il est vrai que c?est devenu quelque chose d?inévitable : la récente hausse du taux Lombard était ?long overdue?, et tout le monde dit avec certitude que d?autres hausses se profilent à l?horizon. Le véritable enjeu maintenant, c?est comment la BoM choisit son moment pour resserrer sa politique monétaire.
Il n?est pas nécessaire d?être expert en science politique pour affirmer qu?une hausse du taux d?intérêt a des effets bénéfiques sur les électeurs ruraux qui vivent de leur épargne. Surtout sur les petits planteurs qui ont mis en dépôt leur ?lump sum?. Ce sont tous des épargnants qui ont vu les montants des intérêts chuter par 50 % en quelques années. Par une étrange coïncidence, la BoM a choisi de relever le taux Lombard juste après la cascade de démissions de ministres et de députés jugés proches de l?électorat rural. Pourquoi a-t-elle attendu tout ce temps alors qu?elle aurait pu le faire une semaine plus tôt ?
Analysons le communiqué de presse annonçant le changement du taux Lombard :
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La BoM dit prendre en compte ?the upward trend of interest rates abroad?. Or la Fed avait augmenté son taux directeur dès le 2 février.
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La BoM écrit que la croissance économique sera ?above its trend rate?. Or les prévisions économiques du Central Statistics Office (CSO) étaient connues dès le 31 janvier.
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La BoM note que l?inflation a atteint 4,7 % en 2004. Or la BoM avait reçu cette information du CSO dès le 10 janvier.
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La BoM parle d??adjustments in the prices of petroleum products?. Or les prix pétroliers ont amorcé leur tendance à la baisse depuis plusieurs semaines et ne constituent donc pas un risque à l?inflation future.
La décision de la BoM d?appliquer une deuxième hausse du taux d?intérêt n?a rien de ?pre-emptive?. Bien au contraire, elle a attendu que l?inflation glisse insidieusement dans l?économie, avant d?agir. Libre à la BoM de faire parler les chiffres à sa façon. Mais le fait est que l?inflation annuelle grimpera à 5,5 % en juin 2005, comme annoncé par le CSO dès le 24 janvier dernier. Si la BoM avait relevé le loyer de l?argent tôt l?année dernière, quand les prix pétroliers prenaient l?ascenseur, notre économie ne serait peut-être pas affectée par un taux d?inflation aussi élevé.
Pour éviter de fausses perceptions, il est utile que la BoM fixe et publie un calendrier des réunions où elle décide de sa politique du taux d?intérêt. C?est ce que font les banques centrales des Etats-Unis, de l?Europe et de l?Angleterre. Ainsi, quelle que soit la tournure politique, les décisions monétaires de la BoM seront moins ambiguës et plus prévisibles aux yeux des acteurs du marché.
Mais encore faut-il que les actions de la BoM sur le marché monétaire ne soient pas en contradiction avec sa politique du taux d?intérêt. On ne comprend pas pourquoi la BoM a mis aux enchères un faible volume de bons du Trésor lors des deux dernières séances. Une insuffisance de l?offre face à un excès de liquidités pousse naturellement le taux d?intérêt à la baisse. Faute de pouvoir acheter des bons du Trésor, les banques ne prendront pas des dépôts, soit elle n?accorderont pas des taux plus rémunérateurs soit elles vendront les devises plus cher. Tout cela revient à alimenter l?inflation.
Quand des signaux aussi confus accompagnent la hausse du taux Lombard, le résultat ne peut qu?être mitigé.
<I>(www.pluriconseil.com)
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