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Mini-sondage de Brigitte Masson sur l?avortement
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Mini-sondage de Brigitte Masson sur l?avortement
Mi-août 1982, Brigitte Masson se livre à un mini-sondage sur la question de savoir s?il faut ou non légaliser l?avortement. Pour certains c?est une question cruciale alors que pour d?autres il y a des questions autrement plus urgentes. Elle espère seulement que le ministère des Droits de la femme, désormais chapeauté par Shirin Aumeeruddy-Cziffra, se penchera sans tarder sur ce problème. Elle parle d?un dialogue de sourds, à ce sujet, entre partisans et opposants de la légalisation de l?avortement. Ils expriment leurs convictions et n?en démordent pas. Elle sait donc que chacun restera dans son champ car il en va de la conception que chacun d?entre nous se fait ou ne se fait pas de la vie humaine, de toute vie humaine. Elle espère que ces lecteurs et lectrices oseront se situer par rapport aux différentes prises de position.
Pour sa part, elle refuse d?être le scorpion qui mord sa queue. Elle invite ses lecteurs à ouvrir l??il et à voir les femmes, qui, de toutes les façons, avorteront (et de ce fait assassineront l?enfant qu?elles portent en elle). Elles passeront outre aux lois et aux interdits religieux.
Pour Brigitte Masson il est ?simplement inhumain de demander à une femme de porter au monde un enfant quand l?idée même de cette maternité la révulse?. Il ne s?agit pas pour elle du choix à faire entre une vie humaine, pleine de promesses, et une idée révulsante mais de celui entre un ?f?tus informe et inconscient? et une ?femme existante et angoissée?. S?opposer donc à la légalisation de l?assassinat qu?est tout avortement est donc criminel à ses yeux et rend les opposants complices de ceux auxquels s?adressent les femmes voulant assassiner l?enfant qu?elles portent en elle. Le reste n?est que verbiage, bien sûr.
Le Muvman Liberasion Fam (MLF), qu?elle interroge, rappelle que le MMM d?Anerood Jugnauth et le PSM d?Harish Boodhoo se sont engagés à faire un référendum sur l?avortement, engagement heureusement avorté grâce à une fausse couche au bout de seulement neuf mois de cohabitation politique et donc tumultueuse. La MLF exige que seuls les Mauriciennes aient le droit de voter car les hommes ne sont pas informés ni ne connaissent les souffrances maternelles. Mais après douze semaines de grossesse, une raison médicale, psychologique, économique ou sociale est requise jusqu?à ce que l?enfant devienne viable, c?est-à-dire à six mois. La légalisation ne concerne que la société civile et pas la religion. (Quid de la loi naturelle ?). Le f?tus n?est pas un être humain car en cas de fausse couche il n?y a ni acte de décès ni funérailles religieuses. Le respect de la vie (de l?avis) de la femme l?emporte sur celle de l?enfant qu?elle porte en elle.
Mme K. a des ennuis avec la pilule. Elle cesse de la prendre, se retrouve mère d?un enfant et elle veut avorter. Son médecin refuse d?assassiner son enfant. Elle s?en va à la Réunion où tout se passe bien sauf pour le portefeuille. Assassinat sans conséquences psychologiques, assure-t-elle.
La MFPA déclare ne pas pouvoir donner son opinion. Elle prône toutefois l?éducation des masses pour encourager la contraception. Elle recommande, par exemple, la stérilisation des hommes et des femmes ayant déjà trois enfants.
L?Ayer Babe, prêtre tamoul, rappelle qu?avorter c?est détruire la vie. Il s?agit donc d?un crime contre nature. La surpopulation (nullement le cas au sein d?une population en voie de vieillissement) engendre la misère. Elle pourrait donc être une circonstance atténuante, pouvant permettre (temporairement ?) la légalisation de ce crime.
L?imam Beeharry, de la mosquée Noor e-Islam, est contre l?avortement car la vie est sacrée. Nul ne doit l?ôter sans raison valable. Pas même la pauvreté que vainc l?entraide mutuelle obligatoire pour tout croyant.
Le père Henri Souchon parle du contexte plus global de la vie et de la mort, de l?amour et de la haine. Il se réclame de Saint-Exupéry : ?Je n?aime pas qu?on abîme un homme.? Ce que fait tout avortement légal ou non. Les guerres et les génocides ne sont toutefois pas moins criminels que l?avortement. Accepter l?avortement c?est aussi prôner l?euthanasie. Certains vieillards sont autant informes et inconscients que le f?tus dans le ventre d?une femme. La vie n?a plus de valeur dans notre monde car il bannit l?amour.
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