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Michel Vuillermet : « Les cinéastes mauriciens sont lisibles et visibles »
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Michel Vuillermet : « Les cinéastes mauriciens sont lisibles et visibles »
<B>Vous animerez l?atelier de scénarisation et d?analyse de films dans le cadre du 2ème fond d?aide à la production audiovisuelle de la MFDC. Comment se présente cet atelier ? </B>
C?est une véritable intervention pédagogique qui s?étendra sur deux semaines et qui s?inscrit dans un plan général très intéressant de stage à suivre. C?est assez motivant pour moi et pour la formation. Ces stages vont être soutenus. Les stagiaires ne viennent pas à la MFDC pour y faire du tourisme. Il y a un objectif qui permet de mettre l?accent tonique sur le travail d?écriture en insistant sur le fait que le documentaire est un film d?auteur qui suppose un travail de lecture, d?enquête et d?investigation. Le film, c?est la fleur qui éclot.
En l?absence d?un vrai concours de sélection, faute de participants, les projets des dix bénéficiaires du fond d?aide ont été sélectionnés d?office. Pensez-vous qu?ils soient suffisamment motivés pour les ateliers de travail dans le cadre de ce fond d?aide ?
Le groupe est composé de différents individus. Certains ont un pied dans le spectacle ou la production. Judex est régisseur de théâtre. Axelle a été à plusieurs reprises assistante à la production, Rahim a déjà écrit de nombreux scénarios, Satish a écrit quelques pilotes pour la télévision avec Ti Zan comme personnage central. Ce sont des gens qui ont des choses en eux, même si leur destination n?est pas forcément professionnel. C?est pour moi, bien plus que de la cinéphilie. Il y a chez eux des interrogations et un réel désir d?écrire, de savoir comment on bâti un scénario et comment on met en place un commentaire de documentaire. Comme j?anime le premier stage, je dirais que les objectifs pédagogiques se sont affirmés de manière à mieux répondre à la demande pour un soutien à la production audiovisuelle. Tout a été orchestré de manière rigoureuse.
<B>Comment procédez-vous pour leur faire acquérir une certaine connaissance en matière de production audiovisuelle ? </B>
J?insiste sur le fait qu?ils lisent. Je cherche à casser l?illusion que la caméra est un stylo qui les permettrait de passer outre le vrai stylo. Pour faire un film, un documentaire ou une fiction, il faut une écriture, une imagination, des outils stylistiques, une syntaxe cinématographique qui doit être maîtrisé pour être au service d?une expression très loin du stéréotype. J?évite qu?ils se contentent du service minimum.
<B>Vous disiez lors de votre allocution pour le lancement de ce fond d?aide, que le cinéma mauricien était « néant » il y a dix ans et qu?aujourd?hui, il « monte en puissance ». Comment l?expliquez-vous ? </B>
Je suis à la fois témoin et acteur de la naissance du cinéma mauricien depuis dix ans. Les choses ont beaucoup évolué sur ces dix ans. Par contre, il y a malheureusement trop de clivages entre la production et les réalisations de la MBC et les réalisations indépendantes qui ont beaucoup de difficultés à faire leurs films alors que les moyens techniques existent largement. L?enjeu c?est de consolider et de mettre dans un pont commun, les moyens existants disparates.
<B> Quel regard portez-vous sur nos «cinéastes» ? </B>
Ces jeunes gens qui peuvent prétendre au titre de cinéaste, ont la trentaine. L?île Maurice par sa population, peut aspirer à avoir trois ou quatre cinéastes qui émergent déjà pas mal pour être vulgairement commercial. Le rapport qualité-prix est significatif. Ils ont eu l?occasion de se montrer dans des festivals internationaux. Le dernier en date remonte à septembre 2003, au Festival International du film des îles qui s?est tenu en Bretagne en France.
Il y avait cette année-là une soirée mauricienne avec un public nombreux qui a pu découvrir avec une curiosité et un enthousiasme incroyable, un autre visage de l?île Maurice. Les spectateurs ont été agréablement surpris de découvrir Le rêve de Rico de Selven Naidu, Tanga de Wassim Sookia, Diégo L?Interdite de David Constantin et Zafer Kaya que j?ai réalisé.
<B>C?est de bon augure pour nous ... </B>
Ils ont vu autre chose de Maurice que ce qui est couché sur les panneaux publicitaires. Les cinéastes mauriciens sont lisibles et visibles. Ils ont un visage et ils ont pu se mesurer à un public de cinéphiles avertis, avec un esprit critique, qui les a jugé sans complaisance. Le cinéma est un moyen d?expression et de spectacle, et quand le spectacle présente le pays dans sa réalité complexe et que les gens découvrent la richesse de la culture mauricienne, le tour est joué.
<B>Il semblerait que les cinéastes mauriciens soient davantage connus et respectés à l?étranger plutôt qu?à Maurice. Qu?en pensez-vous ? </B>
Le cinéma fait partie de la culture et se doit d?être soutenu. Il faut une vitrine pour que le meilleur de la production audiovisuelle soit montrée. Je ne sais pas si le changement de tutelle du ministère de la Culture à celui de l?Industrie ne pose pas a priori problème.
<B>Les deux domaines ne seraient-ils pas compatibles? </B>
Le cinéma c?est un art, mais c?est aussi une industrie. Je retiendrai cette alliance entre l?art et les métiers. C?est la raison pour laquelle en France, on dit « arts et les métiers de l?art ». Pour moi, c?est le côté artisanal que je retiendrai. Si le cinéma peut créer de l?emploi, je dis bravo. L?Etat n?est pas obligé de subventionner une activité créatrice, il y a aussi les sponsors, les partenaires, entre autres. Le problème des télévisions qui sont dirigées non pas par des créateurs mais par des technocrates, font que les auteurs/ réalisateurs n?y trouvent pas leur compte.
<B>Vous vous êtes pris d?amitié pour Kaya et vous avez réalisé Zafer Kaya. Votre venue coïncide avec la commémoration du sixième anniversaire de sa mort. Le hasard fait bien les choses ? </B>
Ma venue est une coïncidence. Je ne suis pas un fanatique des commémorations. Je suis touché d?être là dans un moment où les gens se souviennent, ou des articles de presse continuent à entretenir la flamme de ce grand artiste. Kaya est l?un des plus beaux fleurons de la culture mauricienne. Je porte d?ailleurs une des chemises qu?il m?a offerte, une chemise magique et inoxydable, elle ne s?use pas. Je l?ai reçue chez moi à Paris.
Un jour, lorsque j?ai rencontré Alpha Blondi, j?ai voulu lui faire cadeau d?une copie de Zafer Kaya, il m?a dit alors qu?il avait vu le documentaire sur Canal France International. Le film a circulé en Guyane, là-bas, la diaspora rasta considère Kaya comme un artiste de premier plan. Son interprétation de Marley est considérée comme partant du chef-d??uvre. Il ne l?imite pas, il en restitue l?essence.
<B>Pourquoi cet intérêt pour le documentaire ? </B>
Faire du documentaire n?est pas un travail de justicier ou d?engagement idéologique ou politique. Si j?ai voulu faire ce métier, c?est aussi pour voyager. Les affaires du monde m?interpellent et me passionnent où qu?elles soient.
Je m?empare d?un problème géopolitique ou historique parce que je pense qu?un film peut davantage élargir la compréhension d?un problème que peut en faire un livre. Les sujets que je choisis sont des sujets de turbulence et de pays en crise parce qu?il me paraît nécessaire par exemple de montrer comment Saddam Hussein est arrivé à prendre le pouvoir avec un parti progressiste et laïc et comment il est passé du satut du dirigeant respecté à celui de tyran. Je me suis également intéressé à aller voir comment la Côte d?Ivoire jadis prospère, a basculé dans une guerre civile. Mais cela m?a aussi m?intéresser de faire un documentaire à base d?archives sur Edward VIII qui a régné onze moins en Angleterre en 1936 et dont on a retenu l?abdication pour une love story.
Mais c?est aussi un plaisir d?être à Maurice pour partager mon expérience. C?est pour moi indispensable de partager, d?enseigner, j?apprends beaucoup sur moi-même, pendant que je suis en rupture avec mes activités quotidiennes.
<I>«Je suis à la fois témoin et acteur de la naissance du cinéma mauricien depuis dix ans. Les choses ont beaucoup évolué.»
<B> Interview réalisée par
Martine LUCHMUN</B>
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